Football/Coupe du monde-Argentine-Angleterre: une rivalité historique aux portes de la finale
information fournie par Reuters 13/07/2026 à 20:18

par Rosalba O'Brien

Antonio Rattin en 1966. Diego Maradona en 1986. David Beckham en 1998.

Ces matches appartiennent à la légende du football. Mercredi, l'Argentine et l'Angleterre se retrouvent en Coupe du monde, cette fois pour une première demi-finale entre les deux sélections, avec en jeu une place en finale dimanche.

La rencontre s'inscrit dans une rivalité à la fois sportive et historique, ravivée cette semaine par la mort de l'ancien international argentin Antonio Rattin.

En 1966, en quart de finale contre l'Angleterre lors du Mondial organisé par l'Angleterre, Antonio Rattin, capitaine de l'Argentine, avait été expulsé. Sa sortie du terrain avait alors provoqué de vifs incidents, exacerbant les tensions entre les joueurs.

L'Angleterre s'était imposée (1-0) avant de remporter le tournoi pour, à ce stade, l'unique fois de son histoire. Après la rencontre, le sélectionneur de l'Angleterre Alf Ramsey avait qualifié les joueurs argentins d'"animaux", une insulte restée vive dans la mémoire collective argentine.

Vingt ans plus tard, les deux équipes se sont à nouveau retrouvés en quart de finale de la compétition, à Mexico, quatre ans après la guerre des Malouines - perdue par l'Argentine - qui avait opposé les deux pays sur cette île de l'Atlantique Sud et fait plusieurs centaines de morts.

Dans ce contexte encore douloureux, Diego Maradona avait inscrit deux buts restés célèbres : la "Main de Dieu", marquée de la main, puis un but d'anthologie après avoir dribblé une grande partie de l'équipe anglaise.

Pour Diego Maradona et pour beaucoup d'Argentins, cette victoire dépassait le cadre du football. Dans son autobiographie El Diego, il écrivait : "Plus que battre une équipe de football, c'était battre un pays." Le match de 1986 est ainsi devenu, en Argentine, l'un des grands symboles d'une revanche sportive aux résonances politiques.

RANCOEUR HISTORIQUE

La rivalité s'est prolongée en 1998, avec l'expulsion de David Beckham lors d'un huitième de finale remporté par l'Argentine aux tirs au but. Puis, en 2002, David Beckham avait marqué le but de la victoire anglaise en phase de groupes. Depuis, les deux équipes ne s'étaient plus affrontées en Coupe du monde.

Cette histoire commune s'enracine aussi dans une relation ancienne et ambivalente. Des migrants britanniques ont introduit le football en Argentine au XIXème siècle, avant que le jeu argentin ne forge sa propre identité, plus attachée à la virtuosité, à l'improvisation et à la débrouillardise qu'au modèle britannique traditionnel.

Aujourd'hui, les joueurs des deux camps cherchent à minimiser la portée historique de cette affiche. "C'est un match de football. Point", a déclaré le sélectionneur argentin Lionel Scaloni après la qualification contre la Suisse.

Mais les chants anti-anglais repris par les joueurs et supporters argentins après la victoire rappellent que cette rivalité conserve une forte charge symbolique.

"Bien sûr, ce match ravive beaucoup de souvenirs, en raison de ce qu'a fait Diego et de ce qui s'est passé à l'époque", a reconnu le milieu de terrain argentin Rodrigo De Paul. "Mais il faut comprendre que cela reste un match de football. Avant tout, nous voulons gagner et atteindre la finale."

(Reportage de Rosalba O'Brien à New York, avec la contribution de Gabriel Araujo à Kansas City ; version française Olivier Cherfan, édité par Benoit Van Overstraeten)