FMI: L'Europe doit stimuler la croissance ou emprunter moins pour garantir la viabilité de sa dette
information fournie par Reuters 16/10/2026 à 15:20

Réunions annuelles du FMI et de la Banque mondiale 2026 au Centre national de congrès Reine Sirikit (QSNCC) à Bangkok

par Jan Strupczewski

L'Europe doit croître plus rapidement ou emprunter moins pour ‌maintenir sa dette sur une trajectoire viable, a déclaré vendredi le Fonds monétaire international (FMI), soulignant que les plans de redressement prévus pourraient ne pas être suffisants.

"Environ ​les trois quarts des pays européens auront besoin d'une combinaison de réformes structurelles, visant à stimuler la croissance et à alléger les pressions sur les dépenses, ainsi que de mesures d'assainissement budgétaire visant à réduire le déficit d'environ 3,5% du PIB en moyenne, à moyen terme, afin de maintenir la viabilité ​de la dette", a déclaré l'institution financière dans un rapport consacré à l'Europe.

Le redressement budgétaire prévu dans le cadre des plans à moyen terme de l'UE, sur lesquels chaque pays a dû s'accorder avec ​la Commission européenne, s'élève en moyenne à environ 2% du PIB, ce qui ⁠est inférieur à ce qui sera nécessaire pour certains pays, a également averti le FMI.

"Environ un quart des pays européens devraient procéder à ‌un assainissement budgétaire de plus de 5% du PIB pour maintenir la viabilité de la dette publique, ce qui dépasse ce qui s'est généralement avéré faisable par le passé, ne laissant d'autre choix que de repenser la portée de l'action ​publique et de renforcer le rôle du secteur privé pour ‌combler le déficit", a-t-il ajouté.

Le FMI prévoit une croissance économique de 1,1% cette année dans le bloc, une ⁠estimation révisée à la hausse par rapport à celle publiée en juillet (0,9%), mais inchangée par rapport à celle d'avril dernier, grâce à une hausse des investissements dans l'intelligence artificielle (IA) et à l'augmentation des dépenses de défense.

Il prévoit également que l'inflation dans les 21 pays de la zone euro s'élèvera à 3,1% cette ⁠année, à 2,8% en 2027 et ‌à 2,2% en 2028.

Les projections de la Commission européenne datant du mois de mai montrent un ratio dette/PIB de l'UE ⁠passant de 82,8% à la fin de 2025 à 84,2% en 2026, puis à 85,3% d'ici 2027.

Dans la zone euro, la dette devrait passer de ‌88,7% du PIB en 2025 à 90,2% en 2026, puis atteindre 91,2% en 2027.

"La dette publique pourrait augmenter considérablement, jusqu'à doubler son ⁠niveau actuel dans l'économie européenne moyenne si aucune mesure n'est prise", a déclaré à Reuters Mateusz Szczurek, ⁠chef du département européen du FMI.

Il cite ‌des facteurs tels que le vieillissement de la population, l'augmentation des besoins en matière de défense et la poursuite de la transition énergétique pour expliquer ​ces prévisions.

Les inquiétudes concernant la santé des finances publiques sont particulièrement pressantes en France, ‌deuxième économie de la zone euro, qui peine à réduire ses déficits et qui, ce même mois, a vu les rendements de sa dette souveraine atteindre un plus haut depuis ​2002.

Selon Mateusz Szczurek, cette hausse des coûts de financement de la France est gérable à court terme, mais si elle persiste, elle accentuera la pression sur le gouvernement pour qu'il présente un plan d'assainissement crédible à moyen terme, au-delà du budget 2027.

"Le marché est liquide, la structure des échéances est ⁠assez longue, la base d'investisseurs est diversifiée et la liquidité bancaire est élevée, ce qui est également un atout. Les risques liés à la dette à court terme sont donc tout à fait gérables", a-t-il déclaré.

"Mais si les taux d'intérêt devaient rester élevés plus longtemps, cela exercerait une pression accrue sur les finances publiques et la maîtrise des coûts", a-t-il ajouté.

Le FMI prévoit que le PIB français ne progressera que de 0,4% cette année et de 0,7% en 2027, revoyant ainsi nettement à la baisse ses prévisions d'avril, qui tablaient sur une croissance de 0,9% pour ces deux années.

(Reportage Jan Strupczewski ; version ​française Diana Mandia, édité par Benoit Van Overstraeten)