Feu vert des Vingt-Sept pour signer l'accord commercial avec le Mercosur
information fournie par Reuters 09/01/2026 à 18:38

Manifestation contre l'accord de libre-échange UE-Mercosur, à Paris

par Philip Blenkinsop

Les États membres de l'Union européenne (UE) ont approuvé vendredi la signature de l'accord de libre-échange avec le bloc sud-américain Mercosur, après plus de 25 ans de négociations et malgré l'opposition de plusieurs pays, dont la France.

Les ambassadeurs des Vingt-Sept réunis à Bruxelles ont donné ‍leur feu vert à cette signature, décision confirmée par la suite par les pays de l'UE.

Le Mercosur, Marché commun du Sud qui regroupe l'Argentine, la Bolivie, le Brésil et le Paraguay, signera le 17 janvier l'accord de libre-échange avec l'UE, a annoncé peu après le ministre argentin des Affaires étrangères.

La Commission européenne, qui a conclu les négociations il y a un an, ‌et des pays tels que l'Allemagne et l'Espagne soutiennent que cet accord constitue un élément clé de la stratégie de l'UE visant à ouvrir de nouveaux marchés afin d'atténuer l'impact des droits de douane américains et de réduire la dépendance à l'égard de la Chine, particulièrement pour les minerais comme le lithium pour batteries.

Les détracteurs de ​l'accord commercial, au premier rang desquels la France - premier producteur agricole de l'UE -, s'inquiètent pour leur part d'une hausse des importations de produits alimentaires bon marché, notamment de ⁠bœuf, de volaille et de sucre, au détriment de l'agriculture locale.

En colère, les agriculteurs ont lancé des manifestations dans toute l'Europe. En France, ils ont notamment mené jeudi des opérations de blocage dans et autour de Paris. Vendredi, une opération "escargot" a perturbé le trafic sur le périphérique parisien à l'initiative ⁠de la Confédération paysanne.

Paris a voté contre l'accord mais au moins ‍15 pays représentant 65% de la population totale du bloc européen ont voté pour, assez pour approuver le traité controversé, ont ⁠indiqué les sources et diplomates européens.

Selon un diplomate et le ministre polonais de l'Agriculture, 21 pays ont voté en faveur de l'accord. La France, l'Autriche, la Hongrie, l'Irlande et la Pologne s'y sont opposés et la Belgique s'est abstenue.

LE PARLEMENT EUROPÉEN DEVRA AUSSI SE PRONONCER

Dans un communiqué, le chancelier allemand Friedrich Merz a salué une "étape importante".

"Mais 25 ans de négociations, c'est beaucoup trop ​long. Il est essentiel que les prochains accords de libre-échange soient conclus rapidement", a-t-il ajouté.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, va désormais pouvoir signer l'accord avec les pays du Mercosur. Le Parlement européen devra également l'approuver avant qu'il n'entre en vigueur.

L'accord avec le Mercosur s'annonce comme le plus important signé par l'UE en termes d'allègement douanier puisqu'il supprimerait ⁠quatre milliards d'euros de surtaxes sur les exportations.

Les pays du Mercosur appliquent des droits de douane élevés, tels que 35% sur les pièces détachées automobiles, 28% sur ​les produits laitiers et 27% sur les vins.

Les exportations de l'UE sont dominées par les machines, les produits chimiques et les ​équipements de transport, tandis que celles du ​Mercosur sont axées sur les produits agricoles, les minéraux, la pâte à papier et le papier.

Le commerce de marchandises entre l'UE et le Mercosur a représenté 111 milliards d'euros en 2024.

Pour ​convaincre les sceptiques, la Commission européenne a mis en place des mesures de sauvegarde permettant de suspendre ⁠les importations de produits agricoles sensibles.

Elle a aussi renforcé les contrôles des importations et proposé le déblocage anticipé de certains fonds alloués à l'agriculture dans le prochain budget pluriannuel de l'UE.

"PAS LA FIN DE L'HISTOIRE", DIT MACRON

Ces concessions, insuffisantes pour la Pologne ou la France, ont convaincu l'Italie, longtemps réticente et dont le soutien à l'accord commercial a été décisif.

"Il me semble que l'équilibre trouvé est durable", a déclaré vendredi la présidente du Conseil italien Giorgia Meloni lors d'une conférence de presse.

Jeudi, le président français Emmanuel Macron avait confirmé que la France voterait contre le traité avec ‌le Mercosur et affirmé que "l'étape de la signature de l'accord ne constitue pas la fin de l'histoire", s'engageant à continuer de protéger les agriculteurs.

L'accord UE-Mercosur pourrait ouvrir un nouveau front politique en France, où le gouvernement est déjà engagé depuis plusieurs mois dans de difficiles négociations budgétaires.

Le Rassemblement national (RN) et La France insoumise (LFI) ont annoncé le dépôt d'une motion de censure contre le gouvernement du Premier ministre Sébastien Lecornu à l'Assemblée nationale, les deux partis dénonçant "l'hypocrisie" de la position française sur l'accord UE-Mercosur.

Sur X, le locataire de Matignon a défendu vendredi une "position claire" de Paris sur l'accord commercial et dénoncé des motions de censure qui conduisent à "affaiblir la voix de la France" et retardent encore les discussions sur le budget.

(Rédigé par Philip Blenkinsop, version ‌française Blandine Hénault et Benjamin Mallet, édité par Kate Entringer)