Favori à Perpignan, Aliot risque de devoir démissionner peu après l'élection information fournie par AFP 11/02/2026 à 12:44
Le maire RN de Perpignan, Louis Aliot, part favori dans la course à sa succession, face à une gauche divisée et un candidat de droite minoritaire, mais la justice pourrait le contraindre à démissionner quelques mois après les municipales.
"S'il gagne, il sera en CDD de six mois", ironise Agnès Langevine, tête de liste PS-Place publique à ces élections des 15 et 22 mars, alors que le procès des assistants parlementaires du FN (devenu RN) doit se clore jeudi devant la cour d'appel de Paris.
Si la cour suit les avocats généraux, elle déclarera le maire de Perpignan inéligible vers le début de l'été. Celui-ci pourra cependant rester à son poste en se pourvoyant en cassation, ce qu'il compte faire. Ensuite, si la cour de cassation confirme son inéligibilité début 2027, il devra quitter son poste.
La cour d'appel pourrait aussi ne pas suivre les réquisitions et le déclarer inéligible avec exécution provisoire, l'obligeant à quitter son poste immédiatement, ou ne pas le déclarer inéligible, ce qui lui permettrait d'achever son mandat.
Pour Mme Langevine, "il faut qu'il nous dise qui serait le maire de Perpignan", le cas échéant.
"Le conseil municipal décidera avec conscience quelle est celle ou celui qui sera le plus apte" le moment venu, "mais je ne peux pas me placer dans cette perspective-là, parce que sinon ce serait déjà partir perdant", répond à l'AFP M. Aliot.
En attendant, il travaille à sa réélection et n'exclut pas de devenir ensuite président de la communauté de communes, un poste qui lui a échappé en 2020, au profit de Robert Vila, l'un des 36 autres maires de l'agglomération.
Un sondage Ifop réalisé entre fin novembre et début décembre auprès de 501 personnes place M. Aliot largement en tête, avec près de 44% d'intentions de vote, quelque huit points de plus qu'au premier tour de 2020.
Outre Mme Langevine, il aura face à lui Bruno Nougayrède, soutenu par la droite et les macronistes, Mickaël Idrac (LFI), allié aux Ecologistes, et le socialiste Mathias Blanc, soutenu par le PCF et les militants locaux du PS, même si les instances nationales lui ont préféré la candidate Place publique.
- "Remettre de l'ordre" -
Attaqué par ses adversaires, M. Aliot juge son bilan "plutôt positif".
"On a été élu pour (...) remettre de l'ordre, non seulement dans les affaires de la ville, mais aussi dans l'administration. Et c'est ce qu'on a fait", assure-t-il.
Sur la sécurité, un sujet emblématique pour le RN, "je suis allé à l'extrême limite de ce que le maire peut faire (...). On a 205 policiers armés, une police sept jours sur sept, 24 heures sur 24, on a remis des postes de police de proximité dans les quartiers", ajoute-t-il, tout en reconnaissant que "les chiffres sont peut-être moins bons que ce qu'on attendait".
La ville catalane a connu en 2025 une hausse de près de 16% des atteintes à l'intégrité physique, de 17% des cambriolages et de plus de 21% des atteintes aux biens, une augmentation "fortement liée toutefois à la création de la plainte en ligne", a précisé le 22 janvier le procureur de Perpignan, Jérôme Bourrier.
"M. Aliot n'a objectivement rien fait" pendant son mandat, assure M. Nougayrède, selon lequel "les chiffres de l'insécurité sont plus mauvais qu'avant" et "les finances publiques se sont dégradées". Un constat que semble partager M. Blanc, de l'autre côté de l'échiquier politique.
"L'investissement frénétique dans les armes et dans les caméras de surveillance n'a aucun impact puisque les crimes et délits augmentent", explique de son côté M. Idrac, préconisant "le retour d'une vraie police de proximité avec des agents municipaux qui seraient pour partie réaffectés à des missions sans armes".
Dénonçant ceux qui "veulent désarmer la police municipale", le maire sortant promet d'embaucher 50 policiers municipaux supplémentaires et de "généraliser la vidéoprotection dans les quartiers périphériques", tout en soulignant que la sécurité est "une responsabilité de l'Etat".
Attaqué aussi sur la pauvreté, M. Aliot souligne encore la responsabilité de l'Etat, mais défend son bilan: augmentation "de plus de 1,5 million d'euros" du budget du Centre communal d'action sociale (CCAS) et réouverture "des maisons de quartier et des centres sociaux qui avaient été fermés".
Selon une étude de l'Insee de novembre dernier, l'agglomération de Perpignan dépassait en 2020 les trois autres principales villes d'Occitanie (Nîmes, Montpellier et Toulouse) en pourcentage d'habitants (25%) vivant dans des quartiers pauvres, des quartiers concentrés dans la commune de Perpignan, dirigée par le maire RN.