Face aux pressions chinoises, Tokyo et Séoul resserrent les liens
information fournie par AFP 13/01/2026 à 09:47

Le président sud-coréen Lee Jae Myung et la Première ministre japonaise Sanae Takaichi lors d'une rencontre à Nara, au Japon, le 13 janvier 2026 ( POOL / Issei Kato )

La Première ministre du Japon, Sanae Takaichi, a reçu mardi le président de la Corée du Sud, Lee Jae Myung, qui ont appelé à resserrer les liens entre les deux pays, en pleine crise diplomatique entre Tokyo et Pékin.

Les deux dirigeants se sont serré la main devant les caméras avant un entretien dans l'ex-capitale impériale de Nara, près de Kyoto (ouest du Japon), région natale de la dirigeante nationaliste, a constaté une journaliste de l'AFP sur place.

La rencontre intervient alors que les relations entre la Chine et le Japon enregistrent un coup de froid depuis que Mme Takaichi a laissé entendre en novembre que son pays pourrait intervenir militairement si la Chine attaquait Taïwan, considérée comme partie intégrante de la Chine par Pékin.

La semaine dernière, Pékin a annoncé des contrôles renforcés sur l'exportation vers le Japon de biens à double usage, civil et militaire, au risque d'affecter l'approvisionnement du Japon en terres rares.

"Dans cette situation de plus en plus complexe, au sein d'un ordre international en rapide évolution, nous devons continuer à progresser vers un avenir meilleur (...) la coopération entre nos deux pays est plus importante que jamais, et primordiale", a déclaré le président sud-coréen au début de la rencontre.

La Première ministre japonaise Sanae Takaichi (d au premier plan) et le président sud-coréen Lee Jae Myung (g) lors d'une rencontre à Nara, le 13 janvier 2026 au Japon ( POOL / Issei Kato )

M. Lee, qui ne souhaite pas se mêler du différend entre Pékin et Tokyo, est au Japon pour deux jours.

De son côté, Mme Takaichi a déclaré au président sud-coréen que, "tout en faisant progresser leurs relations bilatérales, les deux pays devaient coopérer pour assurer la stabilité régionale et remplir leurs rôles respectifs".

"Face à la détérioration de la situation dans le voisinage de nos deux pays, nos relations bilatérales, ainsi que la coopération entre Japon, Corée du Sud et Etats-Unis revêtent une importance croissante" et les liens entre Tokyo et Séoul sont "stratégiques", a-t-elle martelé à l'issue de l'entretien.

Selon la présidence sud-coréenne, les deux pays sont convenus de renforcer leur coopération sur la sécurité économique et l'intelligence artificielle, ainsi que sur les "questions régionales et mondiales".

- Restrictions chinoises -

Avant sa visite au Japon, M. Lee s'est rendu il y a une semaine en Chine, où il a rencontré son homologue Xi Jinping et mis en scène leur entente dans des selfies largement partagés en ligne.

Sa visite au Japon peu de temps après sert à "montrer que Séoul ne favorise pas un camp plutôt qu'un autre", analyse Benoît Hardy-Chartrand, expert de géopolitique au campus de l'Université Temple à Tokyo.

Pour lui, la Chine s'imposait au menu des discussions à huis clos, "car les mesures de rétorsion de Pékin, y compris les contrôles à l'exportation, auront également un impact sur la Corée". Les chaînes d'approvisionnement des trois pays sont imbriquées, notamment dans l'industrie électronique.

Carte montrant les zones autour de Taïwan où la Chine a annoncé des exercices militaires baptisés "Mission Justice 2025" ( AFP / Paz PIZARRO )

La rencontre au sommet se déroule aussi après d'importantes manœuvres militaires chinoises autour de Taïwan et des tirs de missiles balistiques par la Corée du Nord, dont Pékin est proche, en mer du Japon.

Dans un entretien avec la chaîne publique nippone NHK diffusé lundi, M. Lee a cependant déclaré qu'il n'avait pas à "intervenir ou s'impliquer" dans la dispute sino-japonaise.

Contrairement à son prédécesseur, tenant d'une ligne dure avec la Corée du Nord, il défend l'apaisement avec Pyongyang, alors que Tokyo s'inquiète des menaces nord-coréennes pour la sécurité régionale.

Tokyo et Séoul pourraient également évoquer les relations avec leur allié américain. L'imprévisibilité du président Donald Trump "a remis en question de vieilles certitudes et souligné l'importance de renforcer leurs liens", selon M. Hardy-Chartrand.

"Sanae Takaichi se méfiera de la stratégie de la Chine, conçue pour creuser des divisions entre la République de Corée et le Japon, et elle voudra réaffirmer le terrain d'entente partagé entre Séoul et Tokyo", a relevé auprès de l'AFP Yee Kuang Heng, professeur en sécurité internationale à l'Université de Tokyo.

Les relations entre les deux voisins ont longtemps été minées par les questions liées à l'occupation brutale de la péninsule coréenne par le Japon entre 1910 et 1945.

L'ancien président conservateur sud-coréen Yoon Suk Yeol avait travaillé à un réchauffement diplomatique avec Tokyo. M. Lee, son successeur, compare pour sa part la relation entre les deux pays à celle de "voisins partageant un jardin".

Sa visite au Japon est la deuxième depuis août lorsqu'il avait rencontré le prédécesseur de Mme Takaichi, Shigeru Ishiba.