Face au "populisme" et aux tensions mémorielles, le musée du camp de Rivesaltes se réinvente
information fournie par AFP 29/05/2026 à 19:57

Porteur de mémoires douloureuses, le musée du camp de Rivesaltes (Pyrénées-Orientales) qui a accueilli, au fil du XXe siècle, réfugiés espagnols, juifs, tsiganes ou harkis, s'est dotée d'une nouvelle exposition permanente, inaugurée vendredi, pour défendre "la vérité historique" face au "populismes" qui la menacent.

"Le combat de la vérité est absolument essentiel parce que c'est le propre des populismes de manipuler les peuples en mentant sur l'Histoire", a affirmé Carole Delga, présidente (PS) de la région Occitanie et de ce musée-mémorial qui raconte l'histoire de ces "indésirables" dont la France ne voulait pas et qu'elle a décidé d'interner sur ces quelque 400 hectares de plaine aride, battue par les vents, à une quinzaine au nord de Perpignan.

Ouvert en 1939, le camp de Rivesaltes, d'abord enceinte militaire, est rapidement devenu un espace de relégation par lequel sont passés en quelques décennies plus de 60.000 personnes, femmes, hommes et enfants, "stockés" selon la terminologie utilisée par l'administration lors de sa mise en service.

Ce furent d'abord des exilés républicains espagnols, chassés par la victoire de Franco. Puis il y eut les populations juives et tsiganes, visées par les politiques raciales de Vichy, des prisonniers allemands et des collaborateurs à la Libération, et à partir de 1962, après l'indépendance de l'Algérie, près de 22.000 harkis, le nom donné aux Algériens ayant combattu dans l'armée française, et les membres de leurs familles.

- "Wokisme" -

Il s'agit de "porter haut la voix de toutes ces mémoires, je dis bien toutes ces mémoires", a insisté Hermeline Malherbe, présidente (PS) du département des Pyrénées-Orientales, institution à l'origine de la création du mémorial, qui a déploré qu'il "ait pu ou soit aujourd'hui la cible de tentatives de déstabilisation".

A l'automne, le député Rassemblement national (RN) Laurent Jacobelli avait, dans une vidéo, vivement critiqué le mémorial, l'accusant d'être devenu un "temple du wokisme", diffuseur d'une "pensée de gauche et pro-migrants", qui oubliait la mémoire des harkis.

Vendredi, des élus RN comme le nouveau maire de Rivesaltes, Julien Potel, ou l'une des quatre députées du parti d'extrême-droite dans les Pyrénées-Orientales, Michèle Martinez, étaient présents au début de l'inauguration mais ne sont pas restés jusqu'au bout.

Le vice-président du RN et maire de Perpignan, Louis Aliot, était lui absent, après avoir critiqué Alice Rufo, ministre déléguée auprès de la ministre des Armées et des Anciens combattants, présente vendredi à Riversaltes, pour son déplacement le 8 mai en Algérie à la commémoration des massacres commis lors d'une répression française de manifestations pro-indépendantistes à Sétif en 1945.

- "besoins de la connaissance" -

"Harkis et pieds-noirs méritent eux aussi les reconnaissances officielles", avait affirmé M. Aliot dans un communiqué.

La mémoire des harkis est bien mise en évidence dans le parcours muséal présenté vendredi, au sein d'un "ilot" identique à ceux des autres populations passées par le camp, qui jalonnent la salle principale du musée-mémorial.

"Avec cet ilot dédié, le mémorial grandit la France", s'est notamment félicité Charles Tamazount, président du comité "Harkis et vérité" alors que dans cet espace le visiteur peut écouter différents témoignages, comme celui de l'ancien rugbyman professionnel de Perpignan, Bernard Goutta, fils de harki, passé enfant par le camp.

"Nous avons renforcé l'accessibilité des contenus, donné davantage de place aux archives et aux témoignages", a souligné Mme Malherbe, le nouveau parcours ayant nécessité deux ans de travail pour un budget de 2,6 millions d'euros porté par région et département.

Ce mémorial est "une réponse au besoins de la connaissance", a souligné Mme Delga. "Oui, il y a des polémiques avec l'extrême droite, avec les populistes (...) mais à travers ce nouveau parcours scénographique, on parle vraiment au citoyen français pour rappeler ce que c'est que l'enfermement dans les certitudes, le racisme ou la xénophobie" et ce à quoi il peut conduire, a-t-elle insisté.