EXCLUSIF-Un courriel du Pentagone évoque la suspension de l'Espagne de l'Otan-source
information fournie par Reuters 24/04/2026 à 11:57

par Phil Stewart

Un courriel interne du Pentagone détaillant les possibles sanctions des Etats-Unis contre les alliés de l'Otan n'ayant pas, selon Washington, soutenu les opérations américaines contre l'Iran évoque la suspension de l'Espagne au sein de l'alliance transatlantique, a déclaré un responsable américain à Reuters.

Ces options politiques, détaillées dans une note, expriment la frustration ressentie par l'administration Trump face à la réticence, voire le refus de certains alliés d'accorder aux États-Unis des droits d'accès, de stationnement et de survol de leur pays pour les attaques américaines au Moyen-Orient, a déclaré le responsable sous couvert d'anonymat.

Précisant que ces options circulaient au plus haut niveau au Pentagone, il a déclaré que l'une des options évoquées dans le courriel envisage de suspendre les pays "difficiles" de leurs fonctions importantes ou prestigieuses au sein de l'Otan.

Le président américain Donald Trump a multiplié les critiques contre ses alliés de l'Otan, leur reprochant de ne pas avoir envoyé leurs forces navales afin d'aider à rouvrir le détroit d'Ormuz, fermé en raison de la guerre en Iran. Le locataire de la Maison blanche a également menacé de se retirer de l'alliance.

Cette dernière option ne figure pas dans le courriel interne du Pentagone, a déclaré le responsable. Il ne propose pas non plus la fermeture de bases américaines en Europe.

Le responsable a toutefois refusé de dire si les options incluaient un retrait de certaines forces américain d'Europe, mouvement pourtant largement anticipé.

Interrogé sur ce courriel, la porte-parole du Pentagone, Kingsley Wilson, a répondu : "Comme l'a dit le président Trump, malgré tout ce que les États-Unis ont fait pour nos alliés de l'OTAN, ceux-ci n’étaient pas là pour nous."

"Le département de la Défense veillera à ce que le président dispose d'options crédibles pour s'assurer que nos alliés ne soient plus des tigres de papier et qu'ils jouent leur rôle. Nous n'avons pas d'autres commentaires à faire sur les délibérations internes à cet égard", a-t-elle ajouté.

UN "SENTIMENT DE DROIT ACQUIS" CHEZ LES EUROPÉENS

La guerre américano-israélienne contre l'Iran a soulevé de sérieuses questions quant à l'avenir de l'Otan, et a suscité une inquiétude sans précédent quant à la possibilité que Washington ne vienne pas en aide à leurs alliés européens s'ils venaient à être attaqués.

La Grande-Bretagne, la France et d(autres pays affirment que se joindre au blocus naval américain dans le détroit d'Ormuz reviendrait à entrer en guerre. Certains pays se disent toutefois prêts à contribuer au maintien de l'ouverture du détroit une fois qu'un cessez-le-feu durable serait en place ou que le conflit aurait pris fin.

Mais les responsables de l'administration américaine ont souligné que l'Otan ne pouvait pas être une voie à sens unique.

Ils ont notamment exprimé leur frustration à l'égard de l'Espagne, qui s'est montrée la plus critique à l'égard de la guerre déclenchée par les Etats-Unis et Israël contre l'Iran, le pays interdisant que leurs bases ou leur espace aérien soient utilisés pour attaquer Téhéran.

Les options politiques décrites dans le courriel auraient ainsi pour but d'envoyer un signal fort aux alliés de l'Otan dans le but de "réduire le sentiment de droit acquis de la part des Européens", a déclaré le responsable.

L'option consistant à suspendre l'Espagne de l'alliance aurait un effet limité sur les opérations militaires américaines, mais un impact symbolique significatif, selon le courriel cité par le responsable.

Le responsable n'a pas précisé comment les États-Unis pourraient procéder pour suspendre l'Espagne de l'alliance, et Reuters n'a pas pu déterminer immédiatement s'il existait un mécanisme pour ce faire.

Figure également parmi les options la réévaluation de la position américaine concernant la revendication britannique sur les îles Malouines, un archipel administré par le Royaume-Uni mais revendiqué par l'Argentine, dont le président, Javier Milei, est un allié de Donald Trump.

(Rédigé par Phil Stewart ; avec Into Landauro et Victoria Waldersee ; version française Etienne Breban, édité par Benoit Van Overstraeten)