EXCLUSIF-L'Iran a crée des cellules secrètes en Irak pour attaquer les pays du Golfe-sources
information fournie par Reuters 19/06/2026 à 17:22

Le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) iranien a mis en place de nouvelles cellules secrètes en Irak afin de mener des attaques contre les pays du Golfe accueillant des forces américaines, en contournant les réseaux de milices existants pour éviter d'être repérées, ont déclaré huit sources irakiennes à Reuters.

Trois ou quatre de ces cellules, composées chacune d'une dizaine de combattants chiites irakiens d'élite, ont lancé au moins sept attaques de drones depuis des sites situés près des villes de Bassorah et de Samawa, dans le sud de l'Irak, contre des cibles au Koweït, en Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis entre le 20 avril et le 17 mai, ont précisé trois de ces sources.

Un certain nombre de leurs membres provenaient de la "Résistance islamique" en Irak, un groupe fédérateur de factions chiites radicales. Cependant, ils opèrent en dehors de sa structure de commandement et rendent directement compte au CGRI, selon ces sources, parmi lesquelles figurent deux responsables militaires irakiens, un autre responsable de la sécurité et cinq commandants de milices locales.

La création de ces nouvelles cellules irakiennes reflète un changement de tactique de l'organisation visant à permettre à l'Iran d'étendre sa force dans toute la région, à un moment où ses groupes armés alliés sont considérablement affaiblis et où ses ressources militaires et économiques sont épuisées, ont déclaré les cinq commandants de milices.

Certains groupes ont revendiqué des dizaines d’attaques de drones et de roquettes contre des cibles américaines en Irak, provoquant des frappes aériennes de représailles meurtrières, depuis que les États-Unis et Israël ont attaqué l’Iran le 28 février.

Plusieurs factions chiites puissantes présentes en Irak laissent entendre depuis l'année dernière qu'elles sont prêtes à déposer les armes afin d'éviter une escalade du conflit avec l'administration du président américain Donald Trump.

Cette évolution pourrait avoir incité le CGRI à mettre en place des groupes sous son contrôle direct, selon Jasim al-Bahadli, un général à la retraite de l’armée irakienne, et deux députés de l'alliance chiite au pouvoir.

UN PREMIER TEST POUR LE NOUVEAU PREMIER MINISTRE IRAKIEN

Des responsables irakiens ont déclaré que le CGRI s'était tourné vers ces nouvelles cellules afin de pouvoir démentir de manière plausible toute responsabilité d'actions violentes.

Mais le but est aussi de détourner les soupçons des principaux groupes irakiens soutenus par l'Iran et de réduire la pression exercée par les États-Unis sur Bagdad pour qu'elle les désarme.

Plutôt que de maintenir un vaste réseau de groupes bien financés en Irak, l'Iran semble désormais s'appuyer sur un nombre limité de "cadres plus radicalisés, voulant opérer avec un soutien financier réduit, priorisant la loyauté, la possibilité de nier toute implication et l'impact opérationnel plutôt que le recrutement de masse", a déclaré Jasim al-Bahadli, expert en milices.

Ces nouveaux groupes constituent un premier test pour le Premier ministre irakien, Ali al-Zaidi, qui a pris ses fonctions le mois dernier à la suite des pressions américaines exercées sur l'alliance dominante des blocs politiques chiites afin d'empêcher le retour de l'ancien Premier ministre Nouri al-Maliki, qui entretient des liens étroits avec l'Iran.

Lors d'une réunion lundi, Ali al-Zaidi et l'envoyé américain Tom Barrack ont discuté des plans irakiens visant à garantir "le désarmement complet et la dissolution de tous les groupes armés" opérant hors du contrôle de l'État irakien et à veiller à ce que "le territoire irakien ne puisse être utilisé par aucune partie pour menacer la paix régionale", selon un communiqué conjoint.

Le porte-parole militaire d'Ali al-Zaidi, Sabah al-Numan, le ministère de l'Information du Koweït, le bureau de communication du gouvernement saoudien ainsi que le ministère des Affaires étrangères des Émirats arabes unis n’ont pas répondu aux demandes de commentaires.

Les attaques émanant d'Irak risquent également de réduire à néant les efforts minutieux déployés par Bagdad pour renouer des liens avec ses riches voisins du Golfe, relations qui s'étaient tendues avec l'invasion du Koweït par Saddam Hussein en 1990, mais qui avaient commencé à se détendre ces dernières années.

Le Koweït, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis ont convoqué les ambassadeurs irakiens en avril pour protester contre ces frappes.

(Reportage de Reuters; Rédigé par Yousef Saba; Version française Rihab Latrache, édité par Benoit Van Overstraeten)