Evan Gershkovich et Paul Whelan de retour aux Etats-Unis après l'échange de prisonniers
information fournie par Reuters 02/08/2024 à 10:47

(Actualisé avec tout du long avec accueil de Biden et Harris, précisions, contexte)

Le journaliste américain Evan Gershkovich et l'ancien soldat américain Paul Whelan sont arrivés dans la nuit de jeudi à vendredi aux Etats-Unis, quelques heures après leur libération dans le cadre du plus important échange de prisonniers entre Washington et Moscou depuis la fin de la Guerre froide.

L'accord, négocié dans le secret depuis plus d'un an, a permis la libération de 24 prisonniers - 16 personnes ont été transférées de la Russie vers d'autres pays tandis que huit autres ont été envoyées en Russie.

Parmi les détenus russes libérés figure notamment Vadim Krasikov, un Russe condamné à la prison à perpétuité en Allemagne pour le meurtre d'un opposant tchétchène commis en 2019 pour le compte du FSB, les services de sécurité russes.

Le président américain Joe Biden et la vice-présidente Kamala Harris ont accueilli Evan Gershkovich, Paul Whelan ainsi que la journaliste russo-américaine Alsu Kurmasheva à leur descente de l'avion sur la base d'Andrews, dans le Maryland, peu avant minuit (04h00 GMT).

Cet échange de prisonniers constitue un succès pour l'administration Biden-Harris en pleine campagne pour l'élection présidentielle du 5 novembre, alors que Kamala Harris s'apprête à être investie comme candidate du Parti démocrate face au républicain Donald Trump.

En Russie, l'accord scelle également une demande de longue date de Vladimir Poutine sur la libération de Vadim Krasikov.

Le président russe a rencontré les prisonniers libérés à leur arrivée à Moscou. Votre pays "ne vous a pas oubliés un seul instant", leur a-t-il dit.

L'accord d'échanges de prisonniers a été coordonné par la Turquie et inclut aussi l'Allemagne, la Pologne, la Slovénie, la Norvège et la Biélorussie.

Il est peu probable qu'il remette à plat les relations entre les Etats-Unis et la Russie qui se sont nettement détériorées depuis l'invasion lancée par Moscou en février 2022 sur l'Ukraine.

Selon le conseiller adjoint américain à la sécurité nationale des Etats-Unis, Jon Finer, les relations entre les deux pays restent "très difficiles" malgré l'échange.

"Il n'y a pas eu de confiance dans cette relation ou dans cette négociation", a-t-il dit à CNN.

"MESSAGE DANGEREUX"

Plusieurs opposants à Vladimir Poutine ont été libérés dans le cadre de l'échange de prisonniers.

C'est le cas de Vladimir Kara-Mourza, de double nationalité russe et britannique, qui purgeait une peine de 25 ans de prison pour trahison. Le militant pour les droits de l'homme Oleg Orlov et le dissident russe Ilia Iachine ont aussi retrouvé la liberté.

Beaucoup d'entre eux avaient travaillé avec Alexeï Navalny, figure de l'opposition russe décédée en février dans des circonstances troubles dans la colonie pénitentiaire de l'arctique russe où il avait été transféré.

Avant sa mort, Alexeï Navalny était supposé faire partie de l'accord d'échanges de prisonniers.

L'Allemand Rico Krieger, qui avait été condamné à mort en Biélorussie sur des accusations de terrorisme, a été gracié par le président biélorusse Alexandre Loukachenko avant d'être libéré.

Du côté des prisonniers russes, Roman Seleznev et Vladislav Klyouchin, tous deux condamnés pour cybercriminalité, ont été libérés ainsi que Vadim Konochtchenok, qui était accusé d'espionnage pour le compte de Moscou.

Aux Etats-Unis, l'accord d'échanges de prisonniers n'a pas fait l'unanimité.

"Je reste préoccupé par le fait que continuer à échanger des Américains innocents contre de véritables criminels russes détenus aux États-Unis et ailleurs envoie un message dangereux à Poutine, qui ne fait qu'encourager son régime à poursuivre ses prises d'otages", a déclaré Michael McCaul, président républicain de la commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants.

L'ancien président Donald Trump, qui a dit ne pas connaître les détails de l'échange, a demandé si "des assassins, des tueurs ou des voyous" avaient été libérés.

"Je suis juste curieux parce que nous ne faisons jamais de bonnes affaires, pour quoi que ce soit, mais surtout pour les échanges d'otages", a déclaré le candidat républicain à l'élection présidentielle sur les réseaux sociaux.

(Reportage Andrew Osborn à Moscou, Filipp Lebedev et Lucy Papachristou à Londres, Ece Toksabay à Istanbul, Mert Ozkan à Ankara, Trevor Hunicutt, Andrea Shalal et Kanishka Singh à Washington; rédigé par Andrew Osborn, Kevin Liffey, Patricia Zengerle, Cynthia Osterman et Stephen Coates; version française Jean Terzian et Blandine Hénault)