Euronaval : la guerre en mer et les drones dominent l'édition 2026 information fournie par AFP 03/11/2026 à 02:20
Euronaval, le plus grand salon mondial de défense navale, ouvre mardi près de Paris dans un marché en plein essor, où drones et intelligence artificielle s'imposent progressivement aux côtés des navires de guerre traditionnels.
La 30 édition de ce salon biennal qui durera jusqu'à vendredi à Villepinte, au nord de Paris, a pour thème "Vers la haute intensité", un euphémisme militaire pour désigner la perspective d'une guerre en mer.
"Les conflits récents ont replacé la mer au centre de la sécurité collective" alors que 80 % du volume du commerce international passe par les routes maritimes et les câbles sous-marins acheminent 99 % des communications téléphoniques et internet, souligne Pierre Eric Pommellet, président du salon.
"Armes peu coûteuses"
"Dans le combat naval, il faut voir en premier et agir en premier", souligne M. Pommellet, également président du Gican, groupement des industries navales françaises et PDG de Naval group.
Cela suppose de multiplier les moyens de détection, des satellites aux drones et aux capteurs sous-marins, ainsi que de recourir davantage à l'intelligence artificielle pour exploiter plus rapidement les informations recueillies.
Sur plus de 700 exposants attendus pour cette édition, il y aura une soixantaine d'entreprises spécialisées dans les drones contre 17 il y a deux ans.
"Le spectre des menaces s'élargit et le développement des drones permet de déployer à grande échelle des armes relativement peu coûteuses, aux côtés de systèmes toujours plus sophistiqués", résume Guillaume Merveilleux du Vignaux, commissaire général d'Euronaval.
Leçons d'Ormuz et de l'Ukraine
Pour les marines, la menace ne vient plus seulement des flottes de guerre adverses mais aussi d'acteurs plus difficiles à identifier comme des groupes armés ou flottes fantômes.
Le détroit d'Ormuz en offre une illustration. Malgré la faiblesse relative de sa marine face aux grandes puissances occidentales, l'Iran reste en mesure de perturber le trafic maritime grâce à des drones, des missiles et des moyens de surveillance déployés depuis ses côtes, détaille Guillaume Merveilleux du Vignaux.
"Il n'y a pas forcément besoin de déployer une flotte au large. On peut frapper depuis la terre", selon lui.
"Ils utilisent des missiles balistiques, extrêmement difficiles à intercepter, mais aussi des drones", ajoute le commissaire.
"Les drones sont une démocratisation de la puissance de feu de précision sur terre, dans les airs et en mer", résume Vincent Tourret, chercheur au Centre des études de sécurité de l'Ifri.
La guerre en Ukraine a accéléré cette révolution. Depuis 2024, les drones de surface ukrainiens Magura ont envoyé par le fond plusieurs navires russes en mer Noire, démontrant qu'un engin relativement bon marché pouvait menacer des bâtiments valant des centaines de millions d'euros.
Ces engins sont appelés à prendre une place croissante dans les futures "flottes hybrides" aux côtés des frégates et sous-marins qui restent indispensables pour un combat naval moderne.
Cette transformation des forces navales s'accompagne d'une forte hausse des investissements dans le naval de défense.
Selon l'étude pré-Euronaval, le marché mondial de la construction navale militaire devrait atteindre 122 milliards de dollars en 2024-2025, contre 82 milliards lors de la précédente période étudiée il y a deux ans.
Les programmes de sous-marins nucléaires d'attaque représentent à eux seuls plus de 27 milliards de dollars d'investissements, avec 17 unités lancées ou en construction sur la période 2024-2025, contre six auparavant. Les commandes de sous-marins conventionnels sont passées de 11 à 18 unités.
Cadre "restrictif" pour Israël
La participation israélienne sera placée sous haute surveillance dans un "cadre très défini et restrictif" établi par le gouvernement français n'autorisant les exposants non gouvernementaux à présenter que des équipements de défense antiaérienne, antimissile et antibalistique.
Depuis le début de la guerre à Gaza, la participation d'Israël aux salons de défense en France provoque des tensions.
Au salon aéronautique du Bourget, en juin 2025, des bâches noires avaient masqué des armes offensives israéliennes, provoquant la colère d'Israël, qui dénonçait une discrimination. En juin 2026, à Eurosatory, les restrictions aux équipements antiaériens et antimissiles avaient entraîné la fermeture de douze stands israéliens et de nouvelles protestations de l'Etat hébreu.
Une demi-douzaine d'entreprises israéliennes se sont inscrites à Euronaval, selon les organisateurs.