Éthiopie-Les forces pro-gouvernementales prennent le contrôle d'une ville stratégique au Tigré information fournie par Reuters 28/09/2026 à 18:42
L'armée fédérale éthiopienne et ses alliés ont pris le contrôle de la ville stratégique d'Alamata, dans le sud de la région septentrionale du Tigré, a déclaré lundi une milice pro-gouvernementale, une conquête qui renverse la situation après l'offensive de la rébellion la semaine dernière.
Une vidéo publiée par la "Tigray Peace Force" (TPF), une milice pro-gouvernementale, sur sa page Facebook montre des soldats défilant dans les rues en agitant des drapeaux éthiopiens. Reuters n'a pu vérifier l'authenticité de cette vidéo dans l'immédiat.
Deux sources diplomatiques ont également confirmé la prise de la ville, tandis qu'une troisième a indiqué que les forces pro-gouvernementales y avaient fait leur entrée, sans qu'il soit toutefois encore clair si elles en avaient pris le contrôle total.
Une source proche des forces pro-opposition du Tigré, qui contrôlent l'État fédéral, a déclaré à Reuters qu’elles se retiraient d’Alamata et s’attendaient à ce que la ville passe sous le contrôle de l’armée fédérale d’ici quelques heures.
Les porte-parole de l’armée éthiopienne et du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), au pouvoir au Tigré et qui mène la résistance armée contre le gouvernement fédéral, n’ont pas répondu aux demandes de commentaires dans l'immédiat.
La prise d’Alamata constituerait un atout majeur pour les forces fédérales alors qu’elles progressent vers la capitale régionale, Mekele, située à environ 120 km au nord.
Important centre de ravitaillement pour les troupes, la nourriture et le carburant, situé près de la frontière sud du Tigré avec la région voisine de l’Amhara, Alamata a changé de mains à plusieurs reprises au cours de la guerre civile au Tigré de 2020-2022.
L'ARMÉE ÉTHIOPIENNE ACCUSE SES VOISINS
Les combats qui font rage depuis mercredi dernier au Tigré et dans les régions voisines de l’Amhara et de l’Afar ont fait voler en éclats un accord de paix vieux de quatre ans, qui avait mis fin à des combats ayant coûté la vie à des centaines de milliers de personnes en Éthiopie.
La guerre civile de 2020-2022 a trouvé son origine dans la rupture des relations entre le TPLF, un mouvement de guérilla devenu parti politique qui a dominé la scène politique éthiopienne pendant près de trois décennies, et Abiy Ahmed, dont la nomination au poste de Premier ministre en 2018 a mis fin à la domination du TPLF.
Ces derniers mois, le TPLF et le gouvernement fédéral se sont mutuellement accusés d’avoir violé l’accord de novembre 2022, dit "de Pretoria".
Trois jours avant de lancer son offensive, le TPLF a annoncé une nouvelle alliance avec six autres groupes armés à travers l’Éthiopie, visant à renverser le gouvernement d’Abiy Ahmed.
La reprise du conflit aggrave l'instabilité dans la Corne de l'Afrique, déjà ébranlée par la guerre civile au Soudan, les tensions concernant l'accès à la mer Rouge et les répercussions des conflits au Moyen-Orient.
Dans des déclarations diffusées dimanche par les médias d’État, le commandant en chef de l’armée éthiopienne, Berhanu Jula, a réitéré ses accusations selon lesquelles l’Érythrée, voisine et rivale historique de l’Éthiopie, soutenait les forces d’opposition, aux côtés des forces armées soudanaises et de l’Égypte.
L’Érythrée et l’armée soudanaise ont démenti ces allégations. Les autorités égyptiennes n’ont pas répondu à une demande de commentaire dans l'immédiat.
RÉSEAUX DE TÉLÉCOMMUNICATIONS HORS SERVICE
Cette escalade fait craindre une nouvelle crise humanitaire, alors que la situation s'était aggravée lors de la guerre de 2020-2022, lorsque le gouvernement fédéral avait coupé les communications avec le Tigré et que l’accès à la nourriture, à l’argent et aux médicaments avait été sévèrement restreint.
Le Comité international de la Croix-Rouge en Éthiopie a déclaré lundi avoir évacué 161 personnes de Mekele vers la capitale de l'État voisin d'Afar, parmi lesquelles figuraient des observateurs de l'Union africaine, des agents de la police fédérale, des employés d'Ethiopian Airlines et du personnel de la Croix-Rouge.
Au Tigré, les réseaux internet et téléphoniques sont restés hors service lundi pour le quatrième jour consécutif. Vendredi, quatre sources ont indiqué à Reuters que le TPLF avait ordonné la coupure de ces réseaux. Le TPLF n’a pas répondu aux demandes de commentaires à ce sujet.
Le Tigré ne s’est pas encore remis des conséquences humanitaires dévastatrices de la guerre de 2020-2022, qui a plongé des centaines de milliers de personnes dans des conditions de famine.
Selon l’Agence des Nations unies pour les réfugiés, environ 750.000 Tigréens étaient toujours déplacés à l’intérieur du pays en février, alors que la région est confrontée à une sécheresse liée à El Niño.
(Rédigé par Aaron Ross et d'Ammu Kannampilly à Nairobi et David Lewis à Londres ; avec Nafisa Eltahir au Caire ; version française Etienne Breban, édité par)