Éthiopie : Abiy reconduit Premier ministre, des frappes au Tigré tuent des déplacés
information fournie par AFP 05/10/2026 à 17:38

Le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed arrive pour accueillir le président français Emmanuel Macron à l’aéroport international de Bole, à Addis-Abeba, le 13 mai 2026 ( AFP / Ludovic MARIN )

Le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a été reconduit à l'unanimité lundi à la tête du gouvernement fédéral d'Éthiopie par la chambre basse du Parlement issue des législatives de juin, contrôlée à 90% par le Parti de la Prospérité (PP) qu'il a fondé et dirige.

Sa reconduction intervient alors qu'une source humanitaire et un témoin ont fait état de frappes sur un camp de déplacés ayant fait au moins huit morts au Tigré.

Après des mois de tensions, des combats ont repris fin septembre dans le nord de l'Éthiopie, opposant l'armée fédérale aux forces du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), qui dirigeait de fait cet État régional et défiait à nouveau son autorité. Les affrontements se déroulent dans un contexte de tensions extrêmes avec l'Érythrée voisine, accusée par Addis Abeba de soutenir le TPLF.

Samedi, l'armée fédérale éthiopienne s'est emparée sans combats de Mekele, capitale régionale du Tigré, désertée par les dirigeants et combattants du TPLF.

Des membres de la Force de paix du Tigré (TPF), pro-gouvernementale, après que les forces fédérales éthiopiennes et leurs alliés sont entrées dans la capitale du Tigré, Mekelle, le 4 octobre 2026 ( AFP / - )

Deux jours plus tard la candidature de M. Abiy, présentée par le PP, a été approuvée à l'unanimité par les applaudissements des députés. Abiy Ahmed, Premier ministre depuis 2018, était le seul candidat.

Dans une Ethiopie fracturée par une multitude de conflits d'intensités variables, aux dynamiques diverses mais souvent liées à des revendications politico-identitaires, le Premier ministre reconduit a appelé à la tribune les groupes armés à sortir "des forêts" pour "participer à des mécanismes de paix".

Mais il a également réitéré la nécessité pour son pays de 130 millions d'habitants, d'un accès à la mer Rouge, dont l'a privé l'indépendance, en 1993, de l'Érythrée, ancienne colonie italienne progressivement annexée par l'Éthiopie dans les années 1950.

"Actes d'hostilité"

Cette revendication réitérée par M. Abiy exacerbe les tensions avec l'Érythrée qui l'accuse de lorgner son port d'Assab sur la mer Rouge.

Vendredi, Addis Abeba a dénoncé des "actes d'hostilité et de belligérance d'Asmara" entraînant la rupture de relations diplomatiques rétablies seulement en 2018 après deux ans de guerre frontalière meurtrière et suivie de 18 ans de rapports glaciaux.

"La modernisation de l'Éthiopie ne peut réussir totalement sans accès à la mer", a martelé M. Abiy aux députés, tout en répétant "être déterminé à l'obtenir par des moyens pacifiques".

Il a également accusé sans les nommer "les traîtres de l'intérieur et les ennemis de l'extérieur de travailler ensemble (...) à entraver le progrès" de l'Éthiopie.

Un membre de la Force de paix du Tigré (TPF), pro-gouvernementale, inspecte un commissariat de police du Tigré vide, abandonné par ses agents alors que les forces fédérales éthiopiennes et leurs alliés entrent dans la capitale du Tigré, Mekelle, le 4 octobre 2026 ( AFP / - )

Lundi, les banques, fermées depuis la reprise des hostilités, ont rouvert à Mekele, mais l'argent liquide n'était pas disponible aux guichets. Les transports publics fonctionnent, mais continuent de dépendre du carburant de contrebande, les stations services restant fermées faute d'approvisionnement, coupé depuis plusieurs mois par le gouvernement fédéral.

Quelques boutiques ont rouvert mais la majorité sont restées fermées lundi.

Le conflit dans le Nord éthiopien est toutefois loin d'être terminé. Les forces fédérales ne contrôlent qu'une partie du Tigré et le TPLF a fait vœu de basculer vers la guérilla.

Peu d'informations

Des drones ont frappé durant le week-end au Tigré un camp de déplacés - tuant au moins huit personnes, selon une source humanitaire - et une localité.

Dimanche matin, "huit personnes, dont un enfant, ont été tuées lors d'une frappe (...) contre un centre pour déplacés" à Adi Abay, proche de la frontière érythréenne, à plus de 150 kilomètres au nord-ouest de Mekele, a déclaré à l'AFP une source humanitaire, ajoutant que six personnes avaient également été grièvement blessées.

Un témoin a confirmé ce tir, faisant état de neuf morts, dont six membres d'une même famille.

Des frappes éthiopiennes ont également touché durant le weekend la localité d'Adwa, à environ 100 km à vol d'oiseau au nord-ouest de Mekele, ont indiqué à l'AFP deux sources sécuritaires, sans fournir de bilan.

Peu d'informations filtrent du Tigré et les récentes perturbations des réseaux de télécommunications et l'accès difficile à la région rendent leur vérification difficile.

Un membre de la Force de paix du Tigré (TPF), pro-gouvernementale, une milice pro-gouvernementale éthiopienne, surveille l'activité dans une rue, tandis que les forces fédérales éthiopiennes et leurs alliés entrent dans la capitale du Tigré, Mekelle, le 4 octobre 2026 ( AFP / - )

Les observateurs craignent désormais une extension du conflit hors de l'Éthiopie, particulièrement en Érythrée, qui partage une longue frontière avec le Tigré au nord.

Le gouvernement fédéral et le TPLF se sont déjà affrontés entre 2020 et 2022 lors d'un conflit à grande échelle, extrêmement destructeur au Tigré. Il fut aussi l'un des plus meurtriers récemment dans le monde, faisant au moins 600.000 morts, selon l'Union africaine, estimation jugée basse par plusieurs observateurs.

Un accord avait fait taire les armes fin 2022, mais plusieurs dispositions-clés n'ont jamais été mises en œuvre, alimentant les tensions.