Etats-Unis et Iran s'adressent des menaces mutuelles à l'approche du terme du cessez-le-feu
information fournie par AFP 21/04/2026 à 04:27

Des membres des forces de sécurité montent la garde le long d'une route temporairement fermée en prévision des pourparlers de paix américano-iranien, le 20 avril 2026 à Islamabad, au Pakistan ( AFP / Aamir QURESHI )

Les Etats-Unis et l'Iran se sont adressé des menaces mutuelles lundi à deux jours du terme des deux semaines de cessez-le-feu, au moment où l'incertitude entoure une possible reprise des pourparlers entre les deux pays au Pakistan.

Une source proche du dossier a confirmé à l'AFP qu'une délégation américaine devait décoller "bientôt" vers Islamabad en vue de nouvelles discussions avec l'Iran, sans date ni horaire plus précis.

Aucune information supplémentaire n'avait filtré sur ce déplacement en début de soirée à Washington, quand se profile la fin du cessez-le-feu entré en vigueur le 8 avril entre les deux pays ennemis, après plus d'un mois d'une guerre qui a embrasé le Moyen-Orient et ébranlé l'économie mondiale.

Cet ultimatum expire "mercredi soir, heure de Washington", a déclaré Donald Trump à l'agence Bloomberg, jugeant "très improbable" l'extension de la trêve. Elle devait s'achever en théorie dans la nuit de mardi à mercredi, heure de Téhéran.

"Nous n'acceptons pas de négocier sous la menace et, au cours des deux dernières semaines, nous nous sommes préparés à abattre de nouvelles cartes sur le terrain", a affirmé sur X le président du Parlement de la République islamique, Mohammad Bagher Ghalibaf.

L'Iran n'a pas "à ce stade" de "projet pour le prochain cycle de négociations et aucune décision n'a été arrêtée à ce sujet", a fait savoir plus tôt le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï, mettant en doute le "sérieux" des Etats-Unis.

Un homme nourrit des chats errants dans un parc de Téhéran, le 20 avril 2026 ( AFP / - )

Si les revendications américaines ne sont pas satisfaites avant le terme du cessez-le-feu, "beaucoup de bombes exploseront", a averti Donald Trump, cette fois à la chaîne PBS, après avoir menacé plus tôt en avril d'anéantir "une civilisation entière" en Iran.

Le président américain a en outre réaffirmé qu'il comptait maintenir le blocus sur les ports iraniens "tant qu'il n'y aura pas de +DEAL+" avec Téhéran, affirmant qu'il fait perdre à l'Iran "500 millions de dollars par jour, un chiffre intenable pour eux, même à court terme".

"Au moins 26 navires de la flotte fantôme iranienne ont contourné le blocus américain" depuis son instauration la semaine dernière, a toutefois dénombré lundi la société de données maritime Lloyd's List Intelligence.

- "Pas de lumière" -

A Téhéran, où les principaux aéroports ont rouvert lundi pour la première fois depuis plusieurs semaines, la vie a largement repris son cours, entre cafés bondés, sportifs et promeneurs en nombre dans les parcs.

Mais le fatalisme et l'épuisement semblent l'emporter parmi les gens interrogés par une équipe de l'AFP basée à Paris. "Quoi qu'il arrive, les perdants sont le peuple iranien", soupire une biologiste de 30 ans qui ne donne pas son nom pour des raisons de sécurité.

Des passants marchent devant un grand panneau représentant le guide suprême iranien Mojtaba Khamenei, le 20 avril 2026 à Téhéran ( AFP / ATTA KENARE )

Saghar, une femme de 39 ans, dresse, elle, un tableau "terrible" du pays, qui recense plusieurs milliers de morts dans les frappes israélo-américaines.

"Il n'y a pas de lumière au bout du tunnel. La situation économique est horrible. Ils (le pouvoir, NDLR) arrêtent des gens pour rien. Les exécutions se multiplient. Que des mauvaises nouvelles", énumère-t-elle.

Les cours du pétrole se repliaient mardi, après avoir de nouveau grimpé la veille en raison du regain de tensions dans le détroit d'Ormuz, passage maritime stratégique pour l'approvisionnement mondial en hydrocarbures.

Il "doit rester ouvert", a insisté le président chinois, Xi Jinping, lors d'une conversation téléphonique avec le prince héritier saoudien, Mohammed ben Salmane.

- Nouvelles discussions Israël-Liban -

Image tirée d'une vidéo diffusée par le Commandement central américain sur son compte X, le 20 avril 2026, montrant des Marines américains abordant le cargo Touska, battant pavillon iranien en mer d'Arabie, le 19 avril 2026 ( Commandement central américain / - )

Face au maintien du blocus américain, l'Iran avait annoncé samedi reprendre "le strict contrôle" du détroit, revenant sur sa décision de le rouvrir.

Et Téhéran a promis de "riposter bientôt" à l'annonce de la saisie par Washington du cargo Touska, battant pavillon iranien, dans le golfe d'Oman dimanche.

Evolution du nombre de navires, notamment des tankers (pétroliers, méthaniers, etc.) passant par le détroit d'Ormuz chaque jour et ayant émis un signal via leur transpondeur, selon les données de Portwatch (FMI) ( AFP / Paz PIZARRO )

"On ne va probablement pas vers un accord. Chacun fait un blocus à des endroits différents, les Iraniens dans le coude du détroit, les Etats-Unis dans le golfe d'Oman à la sortie", résume pour l'AFP le chercheur Pierre Razoux.

La délégation américaine doit de nouveau être menée par le vice-président, JD Vance, déjà présent le 11 avril au Pakistan pour de premières négociations à un niveau inédit depuis des décennies.

Outre Ormuz, les divergences persistent notamment sur le volet nucléaire. Selon Donald Trump, l'Iran a accepté de remettre son uranium hautement enrichi, un enjeu crucial, ce qu'a de nouveau démenti Téhéran lundi.

Téhéran, qui nie vouloir se doter de la bombe atomique, défend son droit au nucléaire civil.

Sur le front libanais, de nouvelles discussions directes entre Israël et le Liban auront lieu jeudi à Washington, a annoncé la diplomatie américaine. Comme les premières du 14 avril, elles se tiendront au niveau des ambassadeurs.

Un fragile cessez-le-feu de dix jours est entré en vigueur vendredi entre Israël et le Hezbollah pro-iranien, que les deux parties se sont accusées de violer.

Les 15 membres du Conseil de sécurité de l'ONU ont condamné lundi l'attaque qui a tué samedi un Casque bleu français au Liban, appelant à ce que les responsables "soient traduits en justice sans délai". Le président français Emmanuel Macron a mis en cause le Hezbollah.

Un nouveau bilan officiel a fait état de 2.387 morts en six semaines de guerre avec Israël.