Essoufflement attendu de l'économie chinoise au 2e trimestre (panel d'experts)
information fournie par Boursorama avec AFP 10/07/2026 à 08:27

( AFP / JADE GAO )

La Chine a probablement vu sa croissance économique ralentir au deuxième trimestre, selon la prévision de onze analystes interrogés par l'AFP, même si de solides exportations ont un peu compensé les effets de la flambée des prix de l'énergie.

Alors que Pékin doit dévoiler mercredi son Produit intérieur brut (PIB) pour la période avril-juin, le panel d'experts sondés par l'AFP anticipe une croissance de 4,5% sur un an de la deuxième économie mondiale.

Cela représenterait un net ralentissement par rapport aux 5% enregistrés au premier trimestre, mais maintiendrait le pays sur la trajectoire pour atteindre son objectif d'une croissance annuelle de 4,5 à 5,0%.

La Chine, qui a fait des exportations un pilier de son modèle économique, dépend de plus en plus du commerce extérieur, à l'heure où un marasme prolongé de son secteur immobilier et une faible consommation continuent de peser.

La guerre au Moyen-Orient qui a débuté fin février a contribué à assombrir la conjoncture, en faisant s'envoler les cours du pétrole au risque d'enrayer la croissance mondiale et d'affaiblir ainsi la demande pour les exportations chinoises.

Certes, l'économie chinoise a résisté au choc énergétique et aux perturbations des chaînes d'approvisionnement, mais "l'affaiblissement de la demande mondiale a un impact négatif visible sur les ventes de biens de consommation d'entrée de gamme et les petits exportateurs", observe Dan Wang, du cabinet Eurasia Group.

A contrario, les secteurs de haute technologie prospèrent, les industries liées à l'intelligence artificielle (IA) et aux énergies renouvelables affichant une "performance exceptionnelle", indique Mme Wang.

Boom de l'IA —

En dépit de la guerre douanière engagée par le président américain Donald Trump, la Chine avait dégagé un excédent commercial vertigineux de 1.200 milliards de dollars en 2025, un record.

Les exportations ont encore bondi au premier semestre 2026, portées par la demande de technologies liées à l'IA et l'automobile: pour le seul mois de mai, elles se sont envolées de 20% sur un an.

"La demande extérieure a continué de briller malgré les taxes douanières (américaines) et les incertitudes géopolitiques", déclare Sheana Yue, d'Oxford Economics.

Une performance reflétant "une compétitivité accrue de la Chine, des gains de parts de marché, et sa capacité à accroître rapidement la production dans les secteurs manufacturiers à plus forte valeur ajoutée", conclut-elle.

L'envolée des exportations permet de compenser une demande intérieure atone et le moral maussade des entreprises comme des ménages, "plombé encore davantage par les incertitudes liées à la guerre en Iran", tempère Mme Yue.

Même si le gouvernement a déployé depuis 2024 des milliards de yuans pour soutenir des programmes de reprise d'appareils électroménagers et des subventions censées stimuler la consommation, les ventes au détail ont diminué pour la première fois en trois ans en mai.

La crise d'endettement qui plombe depuis 2020 l'immense secteur immobilier n'est pas terminée: autrefois valeur-refuge, les prix des logements stagnent après avoir dégringolé, dissuadant les acheteurs potentiels d'investir.

"Sans aucun signe indiquant que la crise de l'immobilier approche de son terme, difficile d'imaginer une reprise de la consommation", tranche Teeuwe Mevissen, de Rabobank.

— Frictions —

De nouvelles mesures pourraient s'avérer nécessaires pour soutenir la croissance au second semestre, particulièrement si la vague d'exportations liées à l'IA s'essouffle.

Après s'être concentré ces derniers mois sur la dette et les réformes, Pékin devrait probablement "réaccorder la priorité à la croissance, avec des politiques pour intensifier l'investissement, soutenir les services et l'emploi", selon Guo Shan, de Hutong Research.

Par ailleurs, la trêve douanière conclue fin 2025 avec Washington doit expirer en novembre, tandis que l'Union européenne (UE) envisage des mesures pour protéger ses industries contre ce qu'elle considère comme une concurrence déloyale des entreprises chinoises.

La persistance des frictions commerciales avec les Etats-Unis et l'UE, deuxième partenaire commercial de la Chine, pourrait saper les exportations et exiger de nouveaux efforts pour doper les moteurs économiques intérieurs.

"La capacité de la Chine à maintenir sa croissance dépendra d'une reprise significative de la consommation des ménages et d'un retour de la confiance du secteur privé", insiste Sarah Tan, de Moody's Analytics.

Pour autant, les industriels chinois, dont les fabricants de voitures électriques, misent toujours sur une expansion à l'international, hors d'un marché national devenu ultra-concurrentiel.