Espoirs mesurés à l'ouverture de la Conférence de soutien au Liban
information fournie par Reuters 24/10/2024 à 04:00

par John Irish

La "Conférence internationale de soutien à la population et à la souveraineté du Liban" s'ouvre ce jeudi à Paris et ambitionne d'apporter un appui aux forces armées du pays et de plaider en faveur d'un cessez-le-feu, mais ses chances de succès paraissent bien minces.

En coulisse, beaucoup doutent en effet que ces espoirs se concrétisent, les efforts poursuivis de leur côté par les Etats-Unis dans le contexte de l'élection présidentielle américaine se heurtant à ceux que déploient ou entendent déployer d'autres pays, la France notamment.

Si Paris a travaillé avec Washington à l'élaboration d'un cessez-le-feu au Liban, son influence est amoindrie par l'offensive de grande ampleur conduite par Israël contre le Hezbollah depuis septembre et qui a fait plus de 2.000 morts et plus de 1,3 million de déplacés, selon les autorités libanaise.

Organisée à la hâte, la conférence de jeudi accueille 70 délégations et 15 organisations internationales, mais pas le secrétaire d'Etat américain, Antony Blinken, qui a préféré effectuer une dernière tournée diplomatique au Proche-Orient avant la présidentielle du 5 novembre.

Le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Faisal ben Farhan Al Saoud, qui s'efforce de rester à l'écart du dossier libanais, ne sera pas non plus présent.

La note de cadrage adressée aux différentes délégations indique que la conférence entend réaffirmer la nécessité d'une cessation des hostilités sur la base de la résolution 1701 adoptée en 2006 par le Conseil de sécurité des Nations unies.

Elle pose le cadre d'un cessez-le-feu permanent entre Israël et le Hezbollah avec la constitution, entre la Ligne bleue séparant Israël et le Liban au sud et le fleuve Litani au nord, d'une zone exempte de toute force armée à l'exception de l'armée libanaise, appuyée par la Finul.

La conférence espère également sensibiliser la communauté internationale au sort des centaines de milliers de déplacés qui ont quitté leur logement au gré des bombardements et des ordres d'évacuations israéliens. Le gouvernement libanais dit avoir besoin de 250 millions de dollars (232 millions d'euros) par mois pour surmonter cette crise.

Paris espère lever jeudi autour de 500 millions d'euros d'aide humanitaire.

"Cette conférence vise à aboutir à des initiatives concrètes pour le pays, notamment sur le volet humanitaire où la France s'est fixé un objectif ambitieux d'un soutien international à hauteur de 500 millions d'euros pour le Liban", dit une note adressé à la presse.

"Il est important que nous puissions avancer et apporter des réponses concrètes à ces problèmes, des réponses concrètes à la question des déplacés par la mobilisation humanitaire que nous attendons aujourd'hui et des réponses politiques sur le règlement de la crise" explique-t-on à l'Elysée.

Najib Mikati, le chef du gouvernement libanais, et plusieurs de ses ministres seront présents à Paris, mais Israël, qui dénonce l'initiative française, ne sera pas représenté, pas plus que l'Iran, soutien du Hezbollah, qui n'a pas été invité.

L'AXE PARIS-WASHINGTON EN QUESTION

Paris espère profiter de cette opportunité pour inciter le Liban à avancer sur sa présidence, vacante depuis deux ans, sans grande certitude, même si la France espère que les contacts dont elle dispose avec le Hezbollah et l'Iran lui offrent un avantage sur les Etats-Unis.

L'émissaire américain Amos Rothstein, présent lundi à Beyrouth, a défendu proposition des Etats-Unis sur un cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah, tout en appelant à aller plus loin que le respect de la précédente résolution de l'Onu sans évoquer la conférence de jeudi.

"La France veut un cessez-le-feu et pense que le Hezbollah ne sera pas éradiqué. Elle ne veut pas perdre ce qu'elle a investi dans cette relation", souligne une source diplomatique proche-orientale.

"Les Etats-Unis veulent la destruction du Hezbollah et ils encouragent les Israéliens à aller plus loin".

Plusieurs responsables européens ont critiqué le fait que Washington n'ait pas appelé à un cessez-le-feu immédiat et redoutent que la présidence actuelle ne change pas de position avant l'élection du 5 novembre.

(version française Nicolas Delame, édité par Camille Raynaud)