Espoir de la gauche en France, Glucksmann prône une "digue" anti-extrême droite en Europe information fournie par Reuters 31/05/2024 à 17:31
par Elizabeth Pineau
Espoir de la gauche française aux élections européennes, le candidat Parti socialiste/Place publique Raphaël Glucksmann entend bâtir une "digue" face à une extrême droite en passe de gagner du terrain au Parlement européen.
A dix jours du scrutin, l'eurodéputé de 44 ans souligne dans un entretien à Reuters l'importance d'installer un rapport de force avec ceux des conservateurs qui sont "en train de tergiverser sur une alliance avec l'extrême droite."
"Nous serons cette digue, la force de résistance qui fait face à la vague d'extrême droite qui s'abat sur les démocraties européennes", dit-il. "Si on a Vladimir Poutine qui fait la guerre à l'Europe, Donald Trump qui est élu président des Etats-Unis et s'il y a en Europe des coalitions avec l'extrême droite, à un moment les démocraties ne sont pas éternelles".
Son message aux conservateurs et aux libéraux : "Soit vous nous rejoignez sur une position de digue, soit vous embrassez cette vague et vous porterez une responsabilité historique. Et nous, on vous combattra pied à pied".
En lice pour un second mandat après une carrière d'essayiste et de réalisateur, Raphaël Glucksmann entend "refonder le logiciel de la social-démocratie, qui épouse l'écologie politique, avec un sérieux sur la sécurité et la défense".
"C'est la nouvelle offre politique qui va dominer dans les décennies à venir", veut-il croire, escomptant de bons scores de son camp en Espagne, en Italie, aux Pays-Bas et en Allemagne.
Le poids de la gauche au Parlement dépendra aussi du score des écologistes, donnés en perte de vitesse dans toute l'Europe.
A l'heure de désigner la présidence de la Commission européenne, pour laquelle Ursula von der Leyen brigue un deuxième mandat, Raphaël Glucksmann votera pour le Luxembourgeois Nicolas Schmit, actuel commissaire à l'Emploi et aux Affaires sociales.
"Il faut mettre fin à la domination du PPE [Parti populaire européen] sur les institutions européennes", dit-il.
"UNE SORTE DE TERRE FERME"
Attendu autour de 14% selon les derniers sondages, à un point de la candidate Renaissance Valérie Hayer, Raphaël Glucksmann semble en mesure d'inquiéter le camp d'Emmanuel Macron, loin derrière le candidat du Rassemblement national Jordan Bardella donné à plus de 30%.
Sans faire de pronostic, Raphaël Glucksmann dit voir un "enthousiasme" dans cette campagne nourrie par quelque 250 réunions publiques où il dit avoir croisé des déçus d'Emmanuel Macron et de l'Insoumis Jean-Luc Mélenchon.
"Emmanuel Macron et (le Premier ministre) Gabriel Attal sont de bons communicants mais à un moment, le vide transparaît", dit l'eurodéputé, pour qui la "brutalité" de la réforme des retraites et loi immigration adoptée en décembre ont détourné nombre d'électeurs du président réélu en 2022.
Fils du philosophe André Glucksmann et disciple revendiqué de Pierre Mendès-France, Raphaël Glucksmann entend se démarquer de La France insoumise, adepte des outrances et qui a fondé sa campagne sur la défense de la cause palestinienne.
"Chez les Insoumis, il y a un rapport à la violence qui ne va pas : la violence terroriste et la violence en général, à la brutalisation du débat public", dit-il.
"Dans un moment où nos démocraties sont transformées en arènes TikTok, il faut représenter une sorte de terre ferme, retourner à la raison démocratique", insiste celui qui a quitté le réseau social chinois où nombre d'élus sont très actifs.
Sur son avenir politique en France et en Europe, Raphaël Glucksmann affiche sa détermination, sans en dire davantage : "Je ne vais pas disparaître. Je serai le garant de ce cap que j'ai fixé".
(Reportage Elizabeth Pineau, édité par Sophie Louet)