Espagne-Un allié de Sanchez menace de faire capoter le décret sur le logement information fournie par Reuters 02/10/2026 à 15:32
Le gouvernement espagnol a dû faire face vendredi à une bataille acharnée au Parlement après qu’un parti allié s’est opposé à ses projets visant à lutter contre une crise du logement qui suscite des manifestations massives, notamment en raison de l’expulsion d’une femme de 87 ans.
Junts, un parti séparatiste catalan de centre-droit ayant sept députés, a fait valoir que ces mesures aggraveraient la situation en réduisant l'offre de logements.
Ces propositions comprennent l’interdiction des expulsions de locataires vulnérables jusqu’en 2030, la prolongation de deux ans du gel des loyers pour les baux existants et un durcissement des règles relatives aux locations de courte durée.
Le gouvernement de coalition de gauche minoritaire du président du gouvernement espagnol Pedro Sánchez dispose de 147 sièges sur les 350 que compte la Chambre et s'appuie sur des petits partis, dont Junts, pour faire adopter ses lois.
Les partis d’opposition s’opposent également à ce décret.
Un deuxième décret, qui permettrait le renouvellement automatique et indéfini des baux et constituait l’une des principales revendications des manifestants, ne devait de toute façon pas être adopté, car il n’avait pas obtenu le soutien minimum requis.
La porte-parole parlementaire de Junts, Miriam Nogueras, a déclaré que ces décrets auraient l’effet inverse de celui escompté. "Trouver un logement deviendra chaque jour plus difficile. Notre responsabilité est d’apporter de la certitude, pas de l’incertitude."
Elle a exhorté le gouvernement à élaborer de nouvelles mesures.
L’expulsion de la retraitée Maricarmen Abascal la semaine dernière a déclenché des manifestations dans toute l’Espagne ; de nombreux jeunes ont installé des tentes sur la place centrale de Madrid et dans d’autres villes pendant près d’une semaine, ravivant le souvenir des sit-in anti-austérité déclenchés par la crise financière mondiale de 2008-2012.
COLÈRE FACE AU COÛT DU LOGEMENT
L’expulsion de Maricarmen Abascal a déclenché une vague de colère face au coût du logement, de nombreux jeunes de plus de 30 ans vivant encore chez leurs parents.
Les loyers ont doublé au cours de la dernière décennie, les tarifs moyens atteignant 1.176€ par mois, soit 98,7% du salaire moyen d’un jeune, selon le Conseil de la jeunesse d’Espagne.
"Les gens ont dit 'ça suffit' ; cela ne peut pas continuer ainsi. Le problème du logement doit être résolu ; des mesures structurelles doivent être prises, et cette situation ne peut perdurer", a déclaré jeudi l’avocate d’Abascal, Beatriz Duro, lors d’un entretien avec Reuters.
Vendredi, des centaines de manifestants ont défilé de leur campement à Madrid jusqu’au Parlement.
"L’ambiance ici est à la déception. Nous espérions que le décret serait adopté dès la première tentative", a déclaré Emilio Anton, un manifestant.
"Je suis presque certain que nous allons continuer ainsi jusqu’à ce qu’un accord définitif soit trouvé ou jusqu’à ce qu’on nous expulse", a-t-il ajouté.
Alicia del Río, porte-parole du Syndicat des locataires, a déclaré que les responsables politiques "n’écoutaient pas la société".
Des élections sont prévues l’année prochaine, mais les médias espagnols ont indiqué que Pedro Sánchez pourrait convoquer des élections anticipées en novembre si le décret principal sur le logement n’était pas adopté lors de la séance de vendredi.
(Reportage de David Latona, Victoria Waldersee, Mireia Merino, Emma Pinedo et Jesus Aguado; Rédigé par Charlie Devereux, Version française Matthieu Huchet)