Espagne-Les recherches se poursuivent après la collision, les polémiques reprennent information fournie par Reuters 29/10/2026 à 10:58
Les secouristes poursuivaient les recherches jeudi à Urda, dans le centre de l'Espagne, avec l'espoir de retrouver des survivants de la collision entre deux trains qui a fait au moins 68 morts, la deuxième catastrophe ferroviaire de l'année à frapper le pays où la gestion du gouvernement Sanchez est mise en cause à l'approche des élections législatives anticipées.
Un train AVE, exploité par la Renfe, la compagnie ferroviaire espagnole, a percuté jeudi matin par l'arrière un train Iryo - du nom de l'opérateur privé détenu à plus de 50% par la compagnie nationale italienne Trenitalia - qui était à l'arrêt sur la ligne à grande vitesse Madrid-Séville à la suite d'un problème informatique sur le système de sécurité de la LGV.
Le ministre espagnol des Transports, Oscar Puente, a évoqué une erreur humaine, "un ordre erroné" du centre de contrôle de l'Adif, l'établissement public chargé de la gestion du réseau ferroviaire espagnol, basé à Madrid, pour expliquer cet accident "invraisemblable".
Une collision sur cette même ligne avait fait 46 morts et plus de 150 blessés le 18 janvier dernier, à hauteur d'Adamuz, dans la province andalouse de Cordoue.
Le drame avait eu un fort retentissement dans le pays, la population dénonçant une gestion défaillante et au rabais du réseau ferré, et le gouvernement socialiste avait alors annoncé un plan d'urgence à grande échelle pour l'entretien des voies.
A un mois des élections législatives anticipées, une partie de la presse espagnole, mais aussi l'opposition de droite, chargent jeudi le président du gouvernement Pedro Sanchez et son équipe, qui a assuré de la fiabilité du réseau à grande vitesse du pays - quelque 4.000 kilomètres de voies, loin devant la France (2.800 km) - qui s'est ouvert à la concurrence en 2021, en l'occurrence Ouigo España, filiale de la SNCF, et Iryo.
GRUES ET EQUIPE CYNOPHILE
"Deux accidents en un an, deux fois responsables", assène le quotidien conservateur ABC, qui dénonce une gestion "incompétente" du réseau ferroviaire. El Mundo, classé au centre-droit, fustige, au-delà de l'erreur humaine invoquée, une "dégradation" des infrastructures et un gouvernement "négligent".
Les conducteurs de train espagnols étaient appelés à la grève jeudi pour dénoncer le manque de moyens dans leur secteur, un appel qui date du 16 octobre.
Faute de majorité aux Cortès, le Parlement bicaméral du royaume, Pedo Sanchez, déjà en difficulté en raison de la crise du logement, a convoqué le 5 octobre des législatives anticipées pour le 29 novembre dans l'espoir de reprendre la main. Sa formation, le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), est à la peine dans les sondages et le drame d'Urda devait aggraver la tendance.
Dans la province de Tolède, le macabre travail de déblaiement se poursuit. Des grues ont fonctionné toute la nuit pour délicatement lever les carcasses des wagons qui ont déraillé sous le choc.
"Les équipes de secours continuent de travailler avec beaucoup de précaution car nous ne pouvons dire avec certitude qu'il n'y a plus de victimes", a déclaré sur TVE Esther Padilla, porte-parole du gouvernement de Castille-La Manche.
"Une unité cynophile a été déployée hier. Elle poursuit ses recherches aujourd'hui pour s'assurer qu'il ne reste personne", a-t-elle précisé.
Pedro Sanchez était attendu jeudi matin à Tolède, où une morgue a été mise en place, pour participer à une réunion de coordination des secours. Alberto Nuñez Feijoo, dirigeant du Parti populaire (PP, centre-droit), a prévu pour sa part de se rendre à Urda, localité proche du site de la collision.
L'Espagne observe officiellement trois jours de deuil national, mais la campagne électorale reste à l'ordre du jour.
(Reportage Charlie Devereux, Corina Pons et Mireia Merino; version française Sophie Louet)