Espagne-Le bilan de la catastrophe ferroviaire s'alourdit à 69 morts, le gouvernement critiqué
information fournie par Reuters 29/10/2026 à 13:44

(Actualisé avec nouveau bilan, ressortissants étrangers, déclarations, détails)

Les secouristes poursuivaient jeudi les recherches à Urda, dans le centre de l'Espagne, avec l'espoir ténu de retrouver des survivants de la collision entre deux trains dont le bilan s'est alourdi à 69 morts, a annoncé le président de Castille-La Manche, Emiliano Garcia-Page.

Sur les dizaines de blessés recensés, 57 restaient hospitalisés jeudi au lendemain de l'accident, ont déclaré les autorités

Le ministère espagnol des Affaires étrangères a précisé que 42 ressortissants étrangers, originaires de sept pays, avaient été impliqués dans l'accident. L'un d'eux est décédé et au moins sept autres sont blessés. La France a fait savoir qu'elle était sans nouvelles de "plusieurs" de ses ressortissants.

La collision, la deuxième catastrophe ferroviaire de l'année à frapper le pays, a rouvert le débat sur les dépenses de l'Etat en matière d'infrastructures et ravivé les critiques à l'encontre du gouvernement Sanchez à l'approche des élections législatives anticipées.

Un train AVE, exploité par la Renfe, la compagnie ferroviaire espagnole, a percuté mercredi matin par l'arrière un train Iryo - du nom de l'opérateur privé détenu à plus de 50% par la compagnie nationale italienne Trenitalia - qui était à l'arrêt sur la ligne à grande vitesse Madrid-Séville à la suite d'un problème informatique sur le système de sécurité de la LGV.

Le ministre espagnol des Transports, Oscar Puente, a évoqué une erreur humaine, "un ordre erroné" du centre de contrôle de l'Adif, l'établissement public chargé de la gestion du réseau ferroviaire espagnol, basé à Madrid, pour expliquer cet accident "invraisemblable".

Une collision sur cette même ligne avait fait 46 morts et plus de 150 blessés le 18 janvier dernier, à hauteur d'Adamuz, dans la province andalouse de Cordoue.

"L'ESPAGNE N'EN PEUT PLUS"

Le drame avait eu un fort retentissement dans le pays, la population dénonçant une gestion défaillante et au rabais du réseau ferré, et le gouvernement socialiste avait alors annoncé un plan d'urgence à grande échelle pour l'entretien des voies.

A un mois des élections, une partie de la presse espagnole, mais aussi l'opposition de droite, chargent jeudi le président du gouvernement Pedro Sanchez et son équipe, qui a assuré de la fiabilité du réseau à grande vitesse du pays - quelque 4.000 kilomètres de voies, loin devant la France (2.800 km) - ouvert à la concurrence en 2021, en l'occurrence Ouigo España, filiale de la SNCF, et Iryo.

"Deux accidents en un an, deux fois responsables", assène le quotidien conservateur ABC, qui dénonce une gestion "incompétente" du réseau ferroviaire. El Mundo, classé au centre-droit, fustige, au-delà de l'erreur humaine invoquée, une "dégradation" des infrastructures et un gouvernement "négligent".

Les conducteurs de train espagnols étaient appelés à la grève jeudi pour dénoncer le manque de moyens dans leur secteur, un appel qui date du 16 octobre.

Faute de majorité aux Cortès, le Parlement bicaméral du royaume, Pedro Sanchez, déjà en difficulté en raison de la crise du logement, a convoqué le 5 octobre des législatives anticipées pour le 29 novembre dans l'espoir de reprendre la main. Sa formation, le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), est à la peine dans les sondages et le drame d'Urda devait accentuer la tendance.

Plusieurs centaines de manifestants, en majorité des sympathisants du parti d'extrême droite Vox, se sont rassemblés mercredi soir devant le ministère des Transports pour réclamer la démission de Pedro Sanchez. L'un d'eux brandissait une banderole sur laquelle était écrit : "L'Espagne n'en peut plus".

UN DISPOSITIF DE RECHERCHES HORS NORME

"Ce gouvernement a absolument tout détruit, les infrastructures incluses", a déclaré le dirigeant de Vox, Santiago Abascal.

Pedro Sanchez s'est rendu jeudi matin à Tolède, où une morgue a été mise en place, pour participer à une réunion de coordination des secours. Il a martelé que les autorités travaillaient "nuit et jour" pour venir en aide aux victimes et à leurs proches et pour "élucider cette tragédie dans les moindres détails".

Alberto Nuñez Feijoo, dirigeant du Parti populaire (PP, centre-droit), a prévu pour sa part de se rendre à Urda, localité proche du site de la collision. "La douleur ne nous oblige pas à rester silencieux. (...) Les Espagnols posent des questions urgentes qui appellent des réponses", a dit ce dernier.

L'Espagne observe officiellement trois jours de deuil national, mais la campagne électorale reste à l'ordre du jour.

Dans la province de Tolède, le macabre travail de déblaiement se poursuivait. Des grues ont fonctionné toute la nuit pour délicatement lever les carcasses des wagons qui ont déraillé sous le choc.

"Les équipes de secours continuent de travailler avec beaucoup de précaution car nous ne pouvons dire avec certitude qu'il n'y a plus de victimes", a déclaré sur TVE Esther Padilla, porte-parole du gouvernement de Castille-La Manche.

Quelque 800 policiers et militaires sont mobilisés, ainsi que plus de 200 véhicules, trois hélicoptères, des drones, des brigades montées et des équipes cynophiles, selon le ministère de l'Intérieur.

Un juge de Tolède a été saisi d'une enquête qui l'a amené à ordonner l'interdiction d'un tronçon de deux kilomètres sur la LGV à toute personne étrangère aux investigations.

(Reportage Charlie Devereux, Corina Pons et Mireia Merino; version française Sophie Louet, édité par Tangi Salaün)