Espagne-L'ancien ministre José Luis Abalos condamné à 24 ans de prison pour corruption
information fournie par Reuters 22/06/2026 à 18:24

(Actualisé avec la réaction du gouvernement au §7 et la peine de De Aldama au §13)

par Emma Pinedo et David Latona

L'ancien ministre espagnol des Transports José Luis Abalos a été condamné lundi à 24 ans de prison pour corruption, détournement de fonds publics et trafic d'influence, une peine d'une rare sévérité qui constitue le premier jugement dans les dossiers judiciaires visant le Parti socialiste au pouvoir.

Selon le jugement du Tribunal suprême, cette peine reflète la gravité des infractions commises, notamment l'obtention de pots-de-vin liés à l’achat de masques pendant la pandémie de COVID-19, ainsi que l’atteinte à la confiance publique.

"Une société percevant que ceux qui occupent des postes de pouvoir agissent en fonction d’intérêts privés, ou d’intérêts sans rapport avec le service public… subit une perte de légitimité institutionnelle, ce qui compromet la stabilité du système lui-même", peut-on lire.

José Luis Abalos, considéré comme un proche du président du gouvernement Pedro Sánchez, a occupé les fonctions de ministre des Transports et des Mobilités de juin 2018 à juillet 2021.

Elu des Cortes, il avait démissionné en janvier de son poste de député après avoir été placé en détention provisoire à l'automne dernier.

Cette condamnation intervient alors que plus d’une douzaine de proches du président du gouvernement socialiste Pedro Sánchez font l’objet d’enquêtes ou de procès pour corruption, parmi lesquels son épouse, son frère et l'ancien président du gouvernement José Luis Rodriguez Zapatero (2004-2011).

Interrogé sur la sentence, un représentant du gouvernement a déclaré que ce dernier croyait en "la transparence, le mérite et l'intégrité" et "regrettait et condamnait sans équivoque tout comportement qui avait clairement violé ces principes".

Pedro Sánchez, arrivé au pouvoir en 2018 à la suite d'un vaste scandale de corruption qui avait emporté le gouvernement de centre-droit de Mariano Rajoy, n'est à ce stade pas mis en cause directement dans ces affaires. Il avait été élu sur la promesse d’assainir la vie politique.

La décision rendue lundi a ravivé les appels de l’opposition à la démission de Pedro Sánchez et à la convocation d'élections législatives anticipées, une option que le chef du gouvernement exclut d’envisager avant la fin de son mandat en août 2027.

L'opposition ne dispose pas actuellement du quorum nécessaire pour déposer une motion de censure.

"Le Premier ministre est responsable des actes de ses ministres", souligne Alberto Feijoo, chef du Parti populaire (PP) conservateur, dans un communiqué.

Le Tribunal suprême a mis au jour des preuves de corruption dans l’attribution d’un marché portant sur 13 millions de masques à une entreprise liée à l’homme d’affaires Víctor de Aldama. En échange, José Luis Abalos a reçu des versements mensuels de 10.000 euros au titre de "frais fixes", ainsi que l’embauche de deux de ses collaborateurs dans des entreprises publiques, dont l’un bénéficiait d’une prise en charge de ses frais de logement.

Víctor de Aldama a plaidé coupable d'avoir perçu et transféré des commissions illicites et a été condamné à une peine de quatre ans et demi avec sursis.

(Reportage de Emma Pinedo et David Latona, avec la contribution de Victoria Waldersee, Version française Matthieu Huchet, édité par Sophie Louet)