Espagne-Au moins 68 morts dans une collision ferroviaire, une erreur humaine évoquée information fournie par Reuters 28/10/2026 à 16:42
(Actualisé avec nouveau bilan, cause de l'accident, ministre des Transports, Sanchez)
Une collision survenue mercredi matin entre deux trains à grande vitesse près d'Urda, dans le centre de l'Espagne, sur la ligne reliant Madrid à l'Andalousie, dans le sud du pays, a fait au moins 68 morts, ont rapporté les autorités locales.
Il s'agit de la deuxième catastrophe ferroviaire sur cette ligne cette année, après la collision survenue le 18 janvier à hauteur d'Adamuz, dans la province andalouse de Cordoue, qui avait fait 46 morts et plus de 150 blessés.
Le drame avait eu un fort retentissement dans le pays, la population dénonçant une gestion défaillante et au rabais du réseau ferré, et le gouvernement avait alors annoncé un plan à grande échelle pour l'entretien des voies.
L'accident de mercredi s'est produit près d'Urda, au sud de Tolède, dans la communauté autonome de Castille-La Manche.
Un train AVE, exploité par la Renfe, la compagnie ferroviaire espagnole, et un train Iryo, du nom de l'opérateur privé détenu à plus de 50% par Trenitalia, sont entrés en collision peu avant 09h00 (08h00 GMT), ce qui a entraîné le déraillement de plusieurs wagons de l'Iryo, a précisé Esther Padilla, porte-parole du gouvernement de Castille-La Manche.
Les trains effectuaient tous les deux la même liaison, entre Madrid et Séville.
Des images aériennes diffusées par la Garde civile montrent au moins deux voitures de l'Iryo, reconnaissables à leur couleur rouge, couchées sur le remblai, des amas de tôle fracassée et des passagers blessés, pour certains en sang, assis dans des champs adjacents au milieu de dizaines de véhicules de secours.
Au total, outre les personnels d'équipage, 147 passagers se trouvaient à bord de l'Iryo et 397 à bord de l'AVE.
Selon le ministre espagnol des Transports, Oscar Puente, qui s'exprimait à Madrid, à la gare d'Atocha, une erreur humaine, "un ordre erroné", serait à l'origine de cette collision "par rattrapage".
L'express de la Renfe a de fait percuté par l'arrière le TGV Iryo, qui était à l'arrêt sur les voies à la suite d'une panne informatique du système de sécurité de la LGV, survenue vers 08h30, qui a conduit à la suspension du trafic sur un tronçon de 63 kilomètres. Plusieurs trains - six, selon le ministre - interrompent alors leur marche.
Le centre de contrôle de l'Adif, l'établissement public chargé de la gestion du réseau ferroviaire espagnol, prend la main. Il est situé dans la gare madrilène d'Atocha.
"INVRAISEMBLABLE"
A 08h36, le centre autorise le train AVE à reprendre sa marche normale alors que la signalisation est au rouge en raison de la présence de l'Iryo sur la même voie. Les autres trains à l'arrêt dans cette zone ont reçu l'ordre de circuler "à vue", c'est-à-dire à la vitesse maximale de 40 km/h, mais pas le TGV AVE qui a parcouru quelque 25 kilomètres à vitesse normale avant de heurter l'Iryo.
"On a entendu un bruit énorme, vraiment énorme, qui a duré une dizaine de secondes, comme si le train allait dérailler. Par la fenêtre, à droite, on a vu un train accidenté", a témoigné un passager sur la radio COPE.
Le ministre des Transports a assuré de la fiabilité du réseau ferré espagnol en dépit de cet accident "invraisemblable", le plus meurtrier en Europe depuis 2013, date du déraillement d'un train avant la gare de Saint-Jacques-de-Compostelle, en Galice (nord-ouest), qui avait fait 79 morts et quelque 140 blessés.
L'autorité nationale de sécurité ferroviaire (AESF) a recensé 69 accidents sur le réseau ferré espagnol - environ 4.000 kilomètres de voie - en 2025, contre 57 en 2024 et 45 en 2016.
La ministre de la Santé, Mónica García, a lancé un appel urgent aux dons de sang sur le réseau X.
Le président du gouvernement espagnol, Pedro Sanchez, s'est rendu à Urda pour manifester sa solidarité et dénoncer l'"inacceptable". Il s'était dit auparavant "consterné" dans un message sur X et avait exprimé son "affection, sa solidarité et son soutien aux victimes et à leurs familles".
"Toute l'Espagne est en deuil", a-t-il déclaré à Urda.
Le roi Felipe VI a exprimé son chagrin face à une "tragédie". "Aujourd'hui, l'Europe pleure avec vous", a écrit sur X la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. Le président Emmanuel Macron a exprimé "la solidarité de la France".
Un porte-parole du Parti populaire (droite, opposition) a fait savoir que la formation suspendait sa campagne pour les élections législatives anticipées du 29 novembre. La Fédération espagnole de football a annoncé dans un communiqué le report des 24 matches du premier tour de la Coupe du Roi qui étaient prévus ce mercredi.
(Reportage David Latona, Emma Pinedo, Mireia Merino, Corina Pons, Victoria Waldersee, Benjamin Mejias et Joan Faus, version française Sophie Louet, édité par Tangi Salaün)