Épargne : le Livret A va financer la relance du nucléaire, mais le gouvernement veut rassurer sur le logement social
information fournie par Boursorama avec Media Services 13/03/2026 à 15:41

Après l'annonce par l'Élysée de la mobilisation des fonds épargnés sur les Livret A pour financer à hauteur de 60% la construction de six nouveaux réacteurs nucléaires EPR2, le gouvernement promet que cela se fera sans menacer le financement du logement social.

( AFP / DENIS CHARLET )

À quoi sert l'argent du Livret A ?

Aujourd'hui, la Caisse des Dépôts (CDC) centralise et gère près de 60% des fonds des livrets d'épargne des Français, le reste étant sous la houlette des banques elles-mêmes, qui les gèrent selon des contraintes légales.

Les sommes en jeu sont colossales : fin janvier 2026, les épargnants détenaient 447,8 milliards d'euros sur leurs Livrets A, 165,2 milliards sur les Livrets de développement durable et solidaire (LDDS) et 83,8 milliards sur les Livrets d'épargne populaire (LEP).

La CDC divise cette manne financière en deux poches de taille à peu près égale, a expliqué à l' AFP l'institution publique : une moitié pour des prêts à taux préférentiels, une autre moitié en investissements sur les marchés, principalement des emprunts d'Etat, mais aussi des actions. Les prêts, qui peuvent s'étaler jusqu'à 80 ans, servent avant tout à financer des projets d'intérêt général. En 2024, le premier bénéficiaire a été le logement social (20,9 milliards d'euros), suivi par le secteur public local (7,6 milliards).

• Comment le nucléaire sera financé ?

L'Élysée a annoncé jeudi soir que le fonds d'épargne financera à hauteur de 60% la construction de six nouveaux réacteurs nucléaires EPR2, dont le coût est estimé à 72,8 milliards d'euros. Jusqu'à présent, le fonds d'épargne "pouvait éventuellement financer les PME , mais pas des entreprises de la taille d'EDF", souligne auprès de l' AFP Philippe Crevel, directeur du Cercle de l'Epargne.

Pour prêter des milliards d'euros au géant de l'électricité sans pénaliser les bénéficiaires historiques de ses prêts, la CDC pourrait modifier ses équilibres. La Caisse indique qu'elle pourrait éventuellement réduire à la marge ses placements financiers mais assure qu'à l'échelle des sommes gérées, l'impact de ce nouveau prêt restera minime.

Ce financement prendra la forme d' un prêt de très long terme accordé à EDF , assorti d'un prix de l'électricité plafonné à 100 euros le mégawattheure et d'une garantie de l'État, qui devra préalablement être validée lors du vote d'une loi de finances.

Il reste soumis au feu vert de la Commission européenne, qui pourrait "tiquer" face à ces taux préférentiels accordés à une entreprise en vertu de la législation anticoncurrentielle, glisse Philippe Crevel.

• Faut-il s'inquiéter pour le financement du logement social ?

L'introduction du nucléaire dans les financements des livrets était attendue de longue date, selon une source gouvernementale. Va-t-on manquer d'argent pour construire des HLM ? L'exécutif se veut rassurant. Le Fonds d'épargne participera au nucléaire "tout en assurant sa mission prioritaire confiée par la loi de financement du logement social", a promis jeudi le ministre de l'Économie, Roland Lescure.

Du côté des bailleurs sociaux, l'Union sociale de l'habitat (USH) a indiqué à l' AFP ne "pas avoir d'inquiétude particulière s'agissant de l'accès à la ressource".

Pour les épargnants, cette nouveauté sera indolore. "Le rendement est indépendant de la rentabilité des investissements", le taux du Livret A dépendant d'une stricte formule de calcul basée sur l'inflation et l'évolution globale des taux d'intérêt, rappelle Philippe Crevel. L'UFC-Que Choisir a dit auprès de l' AFP craindre "un effet d'éviction, même indirect" sur la "mission" principale du livret A, "financer le logement social". Pour Philippe Crevel, le nucléaire est toutefois plus "consensuel" que le secteur de la défense, que certains députés voulaient par le passé voir financé par les livrets d'épargne.

Ce nouveau fléchage intervient à un moment de creux pour la collecte. Avec la baisse du taux du Livret A, tombé à 1,5% au 1er février en raison du ralentissement de l'inflation, les épargnants ont retiré 1,87 milliard d'euros de plus qu'ils n'en ont déposé en janvier, un record à la baisse depuis 2009. Toutefois, la donne pourrait vite changer, avec "la guerre en Iran" qui "rebat les cartes", analyse Philippe Crevel.

Un léger retour de l'inflation provoqué par le contexte géopolitique pourrait faire grimper la rémunération du livret dès le mois d'août, et inciter les ménages à remettre de l'argent sur leur livret.