Engrais: aides d'urgence et stratégie pour "sortir de la dépendance" information fournie par AFP 09/07/2026 à 18:03
Sortir la France de sa "dépendance": le gouvernement a annoncé jeudi des aides d'urgence d'un montant de 145 millions d'euros pour alléger la facture d'engrais des agriculteurs, ainsi qu'une "stratégie durable de souveraineté", notamment pour "produire davantage d'engrais décarbonés".
Attendu depuis des semaines par les cultivateurs, ce "plan d'urgence", salué par le syndicat dominant FNSEA, est toutefois jugé insuffisant pour son allié des Jeunes agriculteurs, et critiqué par la Confédération paysanne, troisième syndicat agricole, pour ses "effets d'annonces sans financements en conséquence".
Ce plan répond à une crise aiguë, essentiellement liée au coût des fertilisants depuis le début de la guerre au Moyen-Orient fin février et au blocage du détroit d'Ormuz, par lequel transitaient 30% des engrais mondiaux.
Alors que les cultivateurs de la première puissance céréalière d'Europe cumulent "trois années dans le rouge", la ministre de l'Agriculture Annie Genevard a souligné l'"urgence" de "sortir de la dépendance" aux engrais importés, lors d'une conférence de presse, aux côtés de son collègue de l'Industrie Sébastien Martin.
"Sécuriser les semis"
Les aides d'urgence annoncées sont constituées de 107 millions d'euros issus de la réserve de crise européenne auxquels s'ajouteront des crédits nationaux, pour un soutien se montant au total "à 145 millions d'euros", a expliqué la ministre.
Dans le même temps, le gouvernement engage une stratégie de long terme "pour réduire la dépendance de la France aux engrais importés", avec trois priorités: mieux utiliser les engrais, développer les alternatives organiques et produire davantage d'engrais décarbonés.
Dans l'urgence et alors que la canicule menace les rendements de la récolte en cours, la ministre a appelé les agriculteurs à acheter dès maintenant leurs fertilisants "pour sécuriser les semis" des cultures d'hiver et la récolte 2027.
Le dispositif apportera "une aide de 50 euros par tonne d'engrais azotés simples à tous les agriculteurs", plafonnée à hauteur de la moitié de leur consommation de 2025, a-t-elle précisé. Cette aide "sera portée à 70 euros/t" pour les agriculteurs dont les engrais pèsent plus de 10% de leurs charges.
"Bas carbone"
Cette aide - déclenchée à partir d'un plancher de 750 euros - s'appliquera aux achats d'engrais azotés "effectués entre le 1er juin 2026 et le 1er octobre 2026".
Le syndicat agricole dominant FNSEA a salué une "bouffée d'air pour la trésorerie des exploitations". Mais il a aussi demandé plus tard dans la journée un "plan de soutien exceptionnel", au vu de remontées de terrain catastrophiques en raison de la canicule, avec des pertes allant de 20 à 30% des céréales aux légumes ou à la production porcine.
"Face à une crise de cette ampleur, les réponses ordinaires ne suffisent pas. J'appelle le Premier ministre à déployer des moyens exceptionnels", a déclaré le patron de la FNSEA Arnaud Rousseau, dans un communiqué.
Le président des Jeunes Agriculteurs Jocelyn Dubost a salué les aides mais regretté un seuil de déclenchement qui, selon lui, "exclut une grande partie des Jeunes Agriculteurs".
"Il y a eu beaucoup d'effets d'annonces, avec peu d'engagements de financement pour développer l'élevage en zones intermédiaires (...), pour aider au développement d'une filière légumineuse", a déploré Thomas Gibert, un des porte-parole de la Confédération paysanne.
Alors que la France importe 70% de ses engrais azotés, Sébastien Martin a souligné la "nécessité de pouvoir produire des engrais bas carbone".
Rappelant le soutien de l'Etat aux entreprises dans le cadre du plan "électrification" de la France, le ministre a annoncé un "programme d'investissements" de deux milliards d'euros sur dix ans "avec un soutien public de 620 millions d'euros" visant à "augmenter de 20% la production nationale d'engrais azotés d'ici 2032".
Le ministre a cité trois projets "prêts à démarrer": deux en Normandie - à Grand-Quevilly, dans la zone portuaire de Rouen, et au Havre - et un dans la Somme.
Les industriels comme Yara ou LAT Nitrogen travaillent depuis des années à la production d'engrais à base d'hydrogène bas carbone, notamment fabriqué par électrolyse de l'eau, mais les procédés, très coûteux et énergivores, peinent à trouver un modèle économique viable.
Au niveau mondial, les émissions de gaz à effet de serre liées aux engrais représentent environ 5% des émissions annuelles, selon le cabinet de conseil Carbone 4. Ce taux est près de deux fois celui du secteur aérien, dont l'impact est cependant comparable si l'on tient compte d'autres facteurs réchauffants tels que les traînées de condensation et les oxydes d'azote.