En terrain conquis chez les éleveurs, Marine Le Pen revient à sa campagne
information fournie par AFP 07/10/2026 à 18:57

Marine Le Pen, candidate du RN à la présidentielle, câline un veau lors de sa visite au Sommet de l'élevage à Cournon-d'Auvergne, le 7 octobre 2026 dans le Puy-de-Dôme ( AFP / JEFF PACHOUD )

Des selfies, des sourires et des vaches: Marine Le Pen a repris le fil de sa campagne présidentielle mercredi au Sommet de l'élevage en Auvergne. Loin des accusations d'antisémitisme visant son potentiel Premier ministre Jordan Bardella, qu'elle continue de soutenir "à 1.000%".

Soudain, une femme tend à bout de bras ses enfants en bas âge. "Voici les futurs agriculteurs! Sauvez nos enfants Marine!", implore-t-elle. Que ne ferait-on pour un selfie en famille avec la favorite des sondages?

Marine Le Pen, candidate du RN à la présidentielle, salue des sympathisants lors de sa visite au Sommet de l'élevage à Cournon-d'Auvergne, le 7 octobre 2026 dans le Puy-de-Dôme ( AFP / Jeff PACHOUD )

Les polémiques ont beau s'enchaîner autour d'elle depuis un mois, sa popularité se mesure encore à l'oeil nu au moindre déplacement. Surtout auprès d'éleveurs accablés au sortir d'un été caniculaire, et en attente de nouvelles annonces gouvernementales - la ministre Annie Genevard est attendue sur place jeudi.

Première arrivée à la Grande halle d'Auvergne, Marine Le Pen est d'emblée reçue avec déférence par les syndicats agricoles locaux. "Si vous êtes amenée à être aux affaires dans quelques mois, on espère continuer à travailler avec vous", lui lance un des participants de la petite table ronde organisée sur un stand d'exposition.

Dans les bagages de la candidate, la promesse d'ordonnances pour mettre fin à la "folie normative", une "fiscalité adaptée au caractère très aléatoire" de leur activité, des facilités pour la "transmission des exploitations familiales". Du miel pour les oreilles de ses interlocuteurs.

Marine Le Pen, candidate du RN à la présidentielle, fait un selfie avec des sympathisantes lors de sa visite au Sommet de l'élevage à Cournon-d'Auvergne, le 7 octobre 2026 dans le Puy-de-Dôme ( AFP / JEFF PACHOUD )

"Cela va plutôt avec ce que nous prônons", a reconnu auprès de l'AFP la présidente de la FDSEA, Sabine Tholoniat, saluant des propos "positifs" et même "rassurants".

Plus loin, elle s'attarde également sur le stand de la Coordination rurale - dont certains dirigeants se revendiquent d'extrême droite - mais son passage est jugé "plus prudent": se rapprochant du pouvoir, "elle ne peut plus tout promettre y compris aux agriculteurs", a déclaré son secrétaire général François Walraet.

Adoubée par le secteur, la patronne du RN pourrait être accusée de friser la contradiction quand elle jure de "lutter pour ne pas voir baisser la PAC", après avoir la veille menacé d'un bras de fer avec Bruxelles afin de baisser la contribution au budget de l'Union européenne.

"Mille pour cent"

Et quand vient la question des travailleurs saisonniers, elle assure que cela ne lui "pose aucun problème qu'il puisse y avoir des étrangers qui travaillent" à défaut de Français disponibles. Alors que son programme repose en grande partie sur la "priorité nationale" et la baisse drastique de l'immigration.

Marine Le Pen, candidate du RN à la présidentielle, parle avec des exposants lors de sa visite au Sommet de l'élevage à Cournon-d'Auvergne, le 7 octobre 2026 dans le Puy-de-Dôme ( AFP / JEFF PACHOUD )

Des paradoxes qui ne semblent pas troubler les nombreux sympathisants qui la croisent, et lui glissent parfois un mot d'encouragement au passage. "On croit en vous!", lui lance une visiteuse, la soixantaine, les larmes au yeux.

L'espoir se mêle souvent à la curiosité, comme chez Mathis, 16 ans, scolarisé dans un lycée agricole de Bretagne, qui patiente lui aussi avec son copain Maxence pour se prendre en photo avec la vedette et "l'encourager".

"Elle a des discours très concrets", pense l'adolescent, qui ne pourra pas voter l'an prochain. Et de délivrer aussi un satisfecit à Jordan Bardella, qui ne pâtit pas à ses yeux des écrits de jeunesse antisémites que Mediapart lui attribue - des propos selon lui "amplifiés, déformés".

Marine Le Pen non plus n'y croit pas. Devant la presse, elle "maintient à mille pour cent (sa) confiance" en son dauphin, forcément victime d'une "manoeuvre infâme". Mais ne s'étend guère plus sur ce sujet qui pollue sa campagne depuis bientôt dix jours.

Elle se montre bien plus diserte pour critiquer à distance l'exécutif qui suspend l'usage des grenades assourdissantes dans la répression du mouvement lycéen, et marquer sa rupture avec celui à qui elle prétend succéder: "Emmanuel Macron est toujours du côté qui consiste à taper sur la police", quand elle-même "considère que les forces de l'ordre font leur travail". La vie des bêtes ne connait pas de trêve.