En Ouganda, le Quidditch d'Harry Potter fait des émules
information fournie par AFP 28/01/2026 à 10:38

Entraînement de "Quidditch", le sport de Harry Potter, renommé "quadball", à Katwadde, en Ouganda, le 8 janvier 2026 ( AFP / Luis TATO )

Une joueuse crie de joie en s'emparant du "vif d'or"; des balles sont lancées dans des anneaux en hauteur. La scène pourrait se dérouler dans la romanesque école de Poudlard, mais c'est dans un village ougandais que les joueurs s'affrontent, berceau africain inattendu du sport préféré d'Harry Potter.

La discipline, officiellement renommée quadball en 2022, a été introduite en 2013 à Katwadde (sud-ouest) par John Ssentamu, un instituteur aujourd'hui âgé de 47 ans, qui a découvert les aventures et la saga du célèbre sorcier en lorgnant sur le livre d'un voisin de bus.

"Je lui ai alors emprunté le livre (...). Le mot +Quidditch+ ne me disait rien, ni en anglais, ni dans aucune autre langue. Alors je suis allé sur Google", explique-t-il à l'AFP.

"Et là, je me suis dit: +Tiens, c'est un sport+", puis "+Waouh, c'est génial !+ Je pense que je pourrais le faire découvrir à ma communauté".

En 2023, son équipe a accueilli et remporté le premier tournoi national de quadball à l'école Good Shepherd (Bon berger), établie sur une zone agricole reculée, couverte de bananiers.

Entraînement de Quidditch, à Katwadde, en Ouganda, le 8 janvier 2026 ( AFP / Luis TATO )

Sur les terrains, sept joueuses et joueurs par équipe courent avec des bâtons entre les jambes, tentant d'envoyer un ballon de volley (le "souafle") à travers des anneaux et d'attraper le "vif d'or" - une petite balle attachée à un joueur neutre.

L'Ouganda compte aujourd'hui plus de 200 joueurs, dont certains dans le nord du pays, se réjouit le professeur, tout en pointant un manque de ressources.

Mais l'introduction du sport dans le village situé à 135 kilomètres de la capitale ougandaise Kampala, a changé en bien la vie de sa communauté, assure M. Ssentamu.

- "Spectaculaire" -

Le quadball "englobe tous les autres sports imaginables (...) on trouve le netball (sorte de basketball joué avec un plus petit ballon, NDLR), le football, le volley-ball et le rugby" assure-t-il, et la mixité est obligatoire dans les équipes, dont les membres ont appris à "apprécier le rôle de chacun sur le terrain".

Collation en marge d'un entraînement de Quidditch, à Katwadde, en Ouganda, le 6 janvier 2026 ( AFP / Luis TATO )

Le Quidditch a en outre attiré de nombreux enfants à l'école, dans une zone où les établissements sont pour beaucoup difficile d'accès et où l'éducation n'est pas toujours une priorité pour les familles, assure le professeur.

La fille de M. Ssentamu, Vicky Edith Nabbanja, est batteuse - en charge de défendre ses coéquipiers à l'aide de gros ballons.

La joueuse âgée de 25 ans raconte que le sport "spectaculaire" s'est popularisé rapidement dans le village et a "rassemblé la jeunesse".

En outre,"ça peut me permettre de rencontrer des gens du monde entier", souligne pour l'AFP celle qui rêve d'un jour participer à la Coupe du monde de quadball.

Ces dernières années, joueurs et instances dirigeantes de ce sport ont œuvré pour qu'il soit reconnu mondialement comme une discipline à part entière.

Le sport a également cherché à se démarquer des prises de position de J.K. Rowling, l'autrice d'Harry Potter, sur les droits des personnes transgenres et son opinion sur le sexe biologique comme immuable, une opinion par ailleurs largement partagée dans un Ouganda très conservateur.

M. Ssentamu souligne que l'équipe ougandaise a été invitée à plusieurs reprises au Mondial de quadball - organisé depuis 2012 - mais n'a jamais pu s'y rendre, principalement faute d'argent.

"Mais c'est mon rêve: voir un jour une équipe ougandaise se qualifier pour la Coupe du Monde, car ce serait une révélation pour le monde entier."