Emploi : une étude préconise de privilégier les jeunes et les seniors sur les allègements de cotisations pour les patrons
information fournie par Boursorama avec Media Services 16/06/2026 à 15:04

"La politique de réduction des cotisations sociales, qui a constitué depuis les années 1990 un levier central de la politique de l'emploi, atteint progressivement ses limites", selon les économistes du CAE.

( AFP / MYCHELE DANIAU )

Les allègements de cotisations sociales dont bénéficient les patrons doivent cibler plus spécifiquement les groupes pour lesquels l'accès à l'emploi est plus difficile, en particulier les jeunes et les plus de 60 ans, estime un rapport du Conseil d'analyse économique (CAE) publié mardi 16 juin.

"La politique de réduction des cotisations sociales, qui a constitué depuis les années 1990 un levier central de la politique de l'emploi, atteint progressivement ses limites ", indique la note rédigée par les économistes Antoine Bozio et Étienne Wasmer.

Pour les économistes du CAE, cette stratégie, visant à inciter les entreprises à embaucher, a certes eu un effet sur l'emploi, mais a aussi "favorisé l'emploi à bas salaire" et freiné la progression des rémunérations. "L es allègements de cotisations, initialement très concentrés autour du Smic, ont été progressivement étendus à des niveaux de salaire plus élevés, jusqu'à 2,5 puis 3,5 Smic pour certains dispositifs. La politique de soutien à l'emploi s'est ainsi progressivement transformée en une politique générale de baisse du coût du travail", rappelle l'étude.

"Mais ce dispositif a une contrepartie : à mesure que les salaires augmentent, les prestations diminuent, les prélèvements s'accroissent et les allègements de cotisations s'estompent. Une hausse de salaire peut ainsi coûter cher à l’employeur pour un gain limité pour le salarié", analyse le CAE/

C'est pourquoi ils conseillent au gouvernement "un meilleur ciblage des politiques de soutien à l'emploi" en direction des jeunes et des plus de 60 ans.

Désindexer du Smic les allègements

En octobre 2024, Antoine Bozio et Étienne Wasmer avaient déjà préconisé de moins concentrer les allègements de cotisations au niveau du Smic, pour pouvoir augmenter plus facilement ces salariés les moins bien payés. Ils vont cette fois-ci plus loin en proposant de couper "le lien automatique entre le niveau des allègements au niveau du Smic et les évolutions du Smic", a expliqué Antoine Bozio, lors d'une conférence de presse.

"Tout en gardant les allègements renforcés pour des publics particuliers, les plus sensibles à l'insertion sur le marché du travail, notamment les jeunes", a-t-il ajouté.

Lors de la dernière réévaluation du Smic, intervenue début juin en raison de l'accélération de l'inflation, le gouvernement a décidé, dans un contexte de restrictions budgétaires, de geler les allègements de cotisations, au grand dam du patronat.

Selon Étienne Wasmer, la fin d'une indexation systématique des allègements sur le Smic permettrait "de remettre du dialogue social" . Mais, cela devrait s'accompagner "de politiques plus structurelles", en terme de formation, notamment dès l'école primaire, de logement ou de mobilité, notamment pour réduire les coûts de logement et de transport vers les agglomérations où se concentrent les emplois.

"Une politique d'emploi est aussi une politique qui essaie de régler les questions afférentes au logement", a souligné Étienne Wasmer.