Elon Musk contre Sam Altman : retour sur les quatre moments les plus marquants du grand procès de l'IA information fournie par Boursorama avec Media Services 18/05/2026 à 12:42
"J'ai donné 38 millions de dollars essentiellement sans gain, qu'ils ont utilisés pour créer une entreprise valorisée à 800 milliards de dollars. J'ai été littéralement un idiot", a notamment déclaré le multimilliardaire Elon Musk.
C'est le premier grand procès de l'IA dans la Silicon Valley. Ce lundi 18 mai, neuf jurés californiens entament leurs délibérations au procès des créateurs de ChatGPT, accusés par Elon Musk d'avoir détourné ses dons et trahi la promesse philanthropique d'OpenAI, afin de bâtir un mastodonte commercial de l'intelligence artificielle. Leur verdict n'est que consultatif mais il a de grandes chances d'être suivi par la juge fédérale Yvonne Gonzalez Rogers, qui s'est réservé la décision finale.
Quatre moments forts ont marqué ce procès.
Elon Musk se dépeint en sauveur... naïf
Un bienfaiteur désintéressé, un bon samaritain soucieux de protéger l'humanité contre une IA qui "nous tuerait tous", si laissée entre de mauvaises mains. Tel est l'autoportrait surprenant de 2015, lors de la création d'OpenAI, que le multimilliardaire Elon Musk a livré à l'ouverture du procès, le 28 avril. La veille, son virage politique à droite, très décrié, avait animé la sélection du jury. "J'ai eu l'idée, trouvé le nom, recruté les personnes clés (...) et assuré l'intégralité du financement initial", a revendiqué le patron de SpaceX, ne se reprochant rien, sauf sa naïveté : "j'ai donné 38 millions de dollars essentiellement sans gain, qu'ils ont utilisés pour créer une entreprise valorisée à 800 milliards de dollars. J'ai été littéralement un idiot."
L'homme le plus riche du monde manque de s'énerver, dénonce des questions "pièges" de l'avocat d'OpenAI. "Monsieur Musk, vous êtes un homme brillant", le cajole William Savitt, redoublant ses attaques enveloppées dans un luxe de courtoisie. Sous les yeux du patron d'OpenAI, Sam Altman, qui n'en perd pas une miette.
Epinglé sur sa réputation, Sam Altman contre-attaque
Délaissant son habituel combo t-shirt-jean-sneakers pour un costume sombre et une cravate bleue, Sam Altman a assisté à l'essentiel des débats à Oakland, impassible au premier rang, à côté de son fidèle compagnon de route Greg Brockman. Le 12 mai, c'est enfin son tour. L'avocat de Musk, Steven Molo, l'attendait : "Êtes-vous totalement digne de confiance ?" Il attaque d'emblée la réputation du jeune quadragénaire : son licenciement puis sa réintégration éclair en novembre 2023 pour "manque de transparence", les accusations de "culture toxique", l'image de manipulateur, alimentée par un long portrait-enquête paru début avril dans le New Yorker. "Dites-vous toujours la vérité ?" Sam Altman marque une pause. La salle se fige. "Je suis sûr qu'il m'est arrivé, à un moment de ma vie, de ne pas le faire."
Sans émotion au visage, les yeux écarquillés, il contre-attaque. En 2017, Elon Musk réclamait "90% des parts" et "refusait de s'engager par écrit" à partager le pouvoir. Il n'avait pas le choix : "Nous ne pensions pas que l'IA générale (un niveau hypothétique où l'IA dépasserait les capacités humaines) devait être sous le contrôle d'une seule personne".
Les carnets compromettants d'un ambitieux habité de scrupules
Chaque matin, le président d'OpenAI, Greg Brockman, a noirci de notes un bloc-notes jaune. Le 4 mai, ce fut son vieux journal qui occupa le cœur de son interrogatoire. L'avocat d'Elon Musk en extrait le plus embarrassant : Greg Brockman voulait "gagner de l'argent", envisageait de "basculer en société commerciale sans" Musk. Le carnet raconte aussi ses scrupules : "dérober la fondation" à Elon Musk, ce serait "une sacrée banqueroute morale". "Il n'y a rien là-dedans dont j'ai honte", a-t-il assumé. Ce qui n'était pas dans le carnet, c'est une colère d'Elon Musk à l'été 2017 : "j'ai cru qu'il allait me frapper". Elon Musk ne le touche pas, mais décroche du mur un tableau représentant une Tesla offert par l'un des cofondateurs d'OpenAI, et quitte la pièce.
Véritable cheville-ouvrière d'OpenAI, Greg Brockman lui a donné sans compter, mais n'a pas investi un centime. Ses parts valent aujourd'hui quelque 30 milliards de dollars.
L'intermédiaire secrète, entre un ami et... un amant?
C'est la femme de l'ombre. Tout le monde en parle - n'est-elle pas la mère de quatre enfants d'Elon Musk - mais elle apparait rarement. Le 6 mai, Shivon Zilis a dû se justifier en personne sur sa position, la plus inconfortable : collaboratrice d'Elon Musk chez Neuralink, sa société spécialiste des implants cérébraux, et amie de Sam Altman, elle devient leur intermédiaire après leur rupture. OpenAI lui confie même, de 2020 à 2023, un siège d'administratrice. A l'époque, sa relation mystérieuse avec Elon Musk est secrète et leurs enfants sont conçus in vitro. OpenAI l'accuse d'avoir été une taupe au service du père de ses enfants. Elle répond laconiquement, voire sarcastique, aux questions, conteste le terme de "relation" avec Elon Musk, concède qu'il y a eu des "moments romantiques".
Sur le fond, son interrogatoire compte moins que l'interprétation de ses messages au dossier. Amèneront-ils le jury à considérer qu'Elon Musk, assez informé par elle, ne peut prétendre avoir découvert une trahison d'OpenAI envers lui en 2023, et que sa plainte est donc prescrite ? Son passage au tribunal, en mettant en lumière les détails sur sa vie personnelle avec Elon Musk, aura a minima nourri la dimension spectacle de ce procès inédit.