Elections législatives le 12 avril en Hongrie, les enjeux d'un scrutin qui menace Orban information fournie par Reuters 09/04/2026 à 10:00
par Krisztina Than
Au pouvoir depuis 16 ans en Hongrie, le Premier ministre sortant, le nationaliste Viktor Orban, est menacé par le pro-européen Peter Magyar, favori des élections législatives du 12 avril, selon les sondages.
Le parti Tisza est donné en tête des intentions de vote face à l'ultra-conservateur Fidesz dans un duel annoncé dont les enjeux dépassent largement les frontières hongroises.
QUEL HÉRITAGE POUR ORBAN ?
Viktor Orban, 62 ans, a fait de la Hongrie, membre de l'Union européenne depuis 2004, un terrain d'expérimentation pour ce qu'il appelle la "démocratie chrétienne illibérale".
Rejetant le multiculturalisme et l'immigration, le Premier ministre se présente comme le défenseur des valeurs familiales traditionnelles contre le libéralisme occidental.
Les quatre gouvernements successifs qu'il a dirigés ont restreint la liberté des médias indépendants et se sont opposés à Bruxelles sur toute une série de politiques, notamment en matière de droits des personnes LGBTQ+ et d'aide financière à l’Ukraine.
Également hostile à la politique européenne en matière d'immigration, Viktor Orban a fait ériger en 2015, lors de la crise migratoire européenne, une barrière frontalière pour empêcher les réfugiés d'entrer illégalement en Hongrie, ce qui a renforcé sa popularité auprès des électeurs.
Il présente les élections de 2026 comme un choix radical entre "la guerre et la paix", affirmant que son adversaire de centre-droit Peter Magyar entraînerait la Hongrie dans la guerre en Ukraine.
QUELLE OPPOSITION?
Viktor Orban a remporté les quatre dernières élections législatives depuis 2010 avec une large majorité, profitant de la fragmentation de l'opposition, déjà affaiblie.
Mais Peter Magyar, ancien membre du parti de Viktor Orban, le Fidesz, a bouleversé ce statu quo en 2024 avec son parti de centre-droit, Tisza, dont l'influence s'est accentuée ces dernières années.
Rejetant toute alliance avec d'autres forces politiques, le Tisza arrive en tête de la plupart des sondages avec une large avance.
Particulièrement populaire auprès des moins de 40 ans et des électeurs urbains, Peter Magyar, 45 ans, espère tirer parti du mécontentement des électeurs face au bilan de Viktor Orban, à la stagnation de l'économie et au choc inflationniste.
Cette situation, conjuguée à l'enrichissement et aux excès des oligarques proches du gouvernement de Viktor Orban, a détérioré le sentiment de l'opinion publique à l'égard de ce dernier.
Selon les sondeurs, un taux de participation record de plus de 80% pourrait être enregistré lors des élections.
QU'EST-CE QUI POURRAIT CHANGER ?
Viktor Orban, qui a maintenu des liens étroits avec le Kremlin malgré l'invasion à grande échelle de l'Ukraine par la Russie, a été un moteur pour les populistes de droite en Europe.
Il est par ailleurs devenu une figure profondément clivante à Bruxelles, notamment en bloquant récemment un prêt de 90 milliards d'euros à Kyiv.
S'il venait à remporter les élections, Peter Magyar devrait se montrer plus constructif dans ses relations avec l'UE et l'Otan. Il ne s'écartera toutefois pas de la position de Viktor Orban sur certaines questions clés telles que le pacte migratoire de l'UE, selon les analystes.
Le candidat s'est également engagé à prendre des mesures énergiques pour lutter contre la corruption, et a déclaré que la Hongrie rejoindrait le Parquet européen.
Interrogé sur son approche vis-à-vis de la Russie, Peter Magyar a déclaré à Reuters qu'il agirait de manière "pragmatique".
Il a ajouté que Tisza renforcerait l'indépendance des médias publics et du pouvoir judiciaire et améliorerait la transparence dans les marchés publics.
Son parti souhaiterait également à limiter le mandat des Premiers ministres à deux, réduire l'intervention de l'État dans l'économie et améliorer les soins de santé publique et l'éducation.
"Peter Magyar s'est engagé à lutter contre la corruption, à garantir l'égalité des chances dans les appels d'offres publics et à débloquer les fonds européens, entre autres priorités.
"Un gouvernement dirigé par Tisza renforcerait probablement la confiance des investisseurs et permettrait à la Hongrie de sortir de sa position de mouton noir de l'UE", observe Mujtaba Rahman, du groupe de réflexion Eurasia Group.
(Rédigé par Krisztina Than; version française Etienne Breban, édité par Sophie Louet)