Election présidentielle dans un climat incertain et tendu en Colombie
information fournie par Reuters 26/05/2026 à 12:41

par Luis Jaime Acosta

Le premier tour de l'élection présidentielle organisé dimanche en Colombie se déroule dans un climat incertain et de forte polarisation entre un candidat de gauche, Ivan Cepeda, successeur désigné du président sortant Gustavo Petro, et deux principaux concurrents à droite.

Agé de 63 ans, Ivan Cepeda était encore placé en tête des intentions de vote du premier tour avec une légère avance dans le dernier sondage publié avant le scrutin du 31 mai. Ce sondage le donne toutefois vaincu au second tour prévu le 21 juin face à l'un ou l'autre de ses rivaux de droite alors que de précédentes études lui prédisaient la victoire.

Ivan Cepeda, qui s'est engagé à poursuivre les réformes sociales engagées sous Gustavo Petro, doit notamment assumer l'héritage de la politique de "paix totale" menée par le président sortant avec les divers groupes armés clandestins toujours actifs dans le pays, qui, selon ses détracteurs, s'est soldée par un échec complet.

Ses opposants accusent même le candidat de gauche d'entretenir des liens avec des dirigeants des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc), mouvement rebelle aujourd'hui dissous mais dont des factions dissidentes continuent d'oeuvrer après six décennies d'insurrection mêlant aussi du trafic de drogue, qui ont fait plus de 450.000 morts.

Son principal adversaire semble être Abelardo De La Espriella, placé juste derrière lui dans les intentions de vote.

Cet homme d'affaires et avocat de 47 ans promet des baisses d'impôts, des investissements dans les secteurs minier et énergétique et une répression militaire contre les mouvements armés clandestins et le narcotrafic.

Abelardo De La Espriella est lui-même critiqué pour avoir défendu des clients aux profils controversés, tel l'homme d'affaires Alex Saab, accusé d'être un homme de paille et un intermédiaire financier du président vénézuélien déchu Nicolas Maduro. Alex Saab a été extradé vers les Etats-Unis la semaine dernière pour y être jugé.

En troisième position mais distancée dans les sondages, Paloma Valencia, âgée de 48 ans, souhaite renforcer l'armée, réduire le poids de l'administration et baisser les impôts. Elle est soutenue par l'ancien président Alvaro Uribe.

"Nous pouvons nous attendre à une campagne de dénigrement axée sur les pires défauts de chaque candidat", prédit Sergio Guzman, directeur du cabinet de conseil Colombia Risk Analysis, au sujet de l'entre-deux tours.

Le débat risque d'être dominé par les insultes entre candidats qui se traiteront au choix de "corrompus, personnes immorales, guérilleros, trafiquants de drogue et sympathisants des paramilitaires", ajoute Sergio Guzman.

Le prochain président aura à relever divers défis allant du renforcement de la sécurité au redressement des finances publiques en passant par la lutte contre le travail clandestin, la pauvreté et les inégalités.

La campagne pour le premier tour s'est achevée dimanche par de grands meetings des différents candidats dans les principales villes du pays.

(Reportage Luis Jaime Acosta, rédigé par Sarah Morland, version française Bertrand Boucey, édité par Benoit Van Overstraeten)