EDF condamné pour le licenciement d'un cadre de la centrale nucléaire de Chooz
information fournie par Boursorama avec AFP 17/02/2026 à 08:25

( AFP / MIGUEL MEDINA )

Le conseil de prud'hommes de Paris a condamné EDF à verser 250.000 euros d'indemnités à un ancien cadre des centrales nucléaires de Chooz et Paluel, qui avait été mis à la retraite d'office après avoir dénoncé des faits de harcèlement moral, selon un jugement du 30 janvier consulté par l'AFP.

Le conseil de prud'hommes a ainsi jugé que "la mise à la retraite d'office de M. Begin", équivalente à "une faute grave", est "infondée et la requalifie en licenciement nul".

Dans sa décision, il condamne le groupe électricien à lui verser 250.000 d'euros "à titre d'indemnités pour licenciement nul", ainsi que plus de 68.000 euros en indemnités diverses de congés payés et de fin de contrat.

L'ancien cadre, embauché en 1998 à EDF, estimait "avoir été harcelé, mis à l'écart et finalement à la retraite d'office parce qu'il +lui avait été demandé par sa hiérarchie en avril 2017 et à l'été 2018, de minimiser des écarts+" de sûreté nucléaire, rapporte le jugement.

L'ancien salarié avait invoqué une série de pressions et de changements de poste caractérisant ce harcèlement qui ont perduré selon lui jusqu'à sa mise à la retraite d'office, en mars 2024.

De son côté, EDF avait fait valoir "les fautes et insuffisances" de son salarié, en soulignant qu'elle ne se laisserait "pas impressionner par de faux arguments", rapporte le jugement.

Dans le cadre de ce conflit, la cour d'appel de Reims avait condamné EDF en novembre 2024 pour harcèlement moral à l'encontre de son ancien salarié, et avait fait droit à sa demande de dommages et intérêts de 10.000 euros.

En conséquence, le conseil de prud'hommes a estimé que les faits de harcèlement envers M. Begin étaient établis "à ce stade du litige", malgré un pourvoi en cassation.

"Ce qu'il faut noter c'est que la juridiction a prononcé une condamnation financière à hauteur de ce nous demandions alors que dans la majorité des cas, cela est revu largement à la baisse" a déclaré M. Begin à l'AFP lundi soir. "Il y a eu la violation d'une liberté fondamentale, la liberté d'expression" a-t-il fait valoir.

Arnaud Begin, ancien inspecteur de la sûreté nucléaire de l'entreprise, estime que le harcèlement dont il a été victime est la conséquence de rapports de sûreté de sa part concernant les centrales de Dampierre (Loiret) en 2017 et du Tricastin (Drôme) en 2015 et 2018.

"EDF s'en est pris à moi car j'étais un lanceur d'alerte ayant révélé des écarts de sûreté dans plusieurs centrales nucléaires. Tous mes soucis viennent de là" a ajouté l'ancien cadre d'EDF.

Contactée, la direction d'EDF n'a pas répondu aux sollicitations de l'AFP.

Selon M. Begin, "EDF fait dans l'acharnement et la chasse à l'homme" a-t-il affirmé.

M. Begin se dit "détruit" par cette affaire. "Je suis blacklisté de partout. Je suis en invalidité" a-t-il ajouté en précisant qu'une "information judiciaire est toujours en cours à Marseille" sur le sujet.