Échange de prisonniers-Les opposants à Poutine promettent de retourner en Russie
information fournie par Reuters 02/08/2024 à 21:50

Deux des opposants russes libérés dans le cadre du plus grand échange de prisonniers depuis la guerre froide et déportés en Allemagne ont déclaré vendredi qu'ils étaient certains de retourner un jour dans leur pays d'origine.

L'échange, négocié dans le secret depuis plus d'un an, a permis la libération de 24 prisonniers - 16 personnes ont été transférées de la Russie vers d'autres pays tandis que huit autres ont été envoyées en Russie.

Trois des 16 prisonniers qui étaient incarcérés en Russie ont participé à une conférence de presse à Bonn, en Allemagne, et exprimé leur gratitude aux gouvernements occidentaux qui ont rendu cet échange possible.

Deux d'entre eux, l'opposant russo-britannique Vladimir Kara-Mourza, qui purgeait une peine de 25 ans de prison, et Ilia Iachine, incarcéré depuis 2022 pour avoir critiqué l'invasion de l'Ukraine, ont cependant raconté n'avoir jamais accepté de quitter la Russie, leur pays d'origine.

"Ce qui s'est passé le 1er août, je ne le considère pas comme un échange de prisonniers, je considère cette opération comme une expulsion illégale de Russie contre ma volonté, et je dis sincèrement que plus que tout, je veux maintenant rentrer chez moi", a déclaré Ilia Iachine aux journalistes à Bonn.

Sa mission désormais, a-t-il ajouté, sera de poursuivre la lutte pour la liberté et la démocratie dans son pays, malgré les mises en garde selon lesquelles il subirait le même sort qu'Alexeï Navalny, mort en février dans une colonie pénitentiaire russe, s'il rentrait en Russie.

L'échange, négocié par les États-Unis et l'Allemagne au cours de mois de discussions tenues secrètes avec la Russie, a sûrement sauvé la vie de plusieurs des 16 prisonniers politiques libérés, a-t-il ajouté.

"D'autres prisonniers qui ont des problèmes de santé auraient dû être échangés avant moi", a déclaré Ilia Iachine, visiblement ému.

Vladimir Kara-Mourza, lui, était persuadé qu'il ne reverrait plus jamais sa femme et mourrait dans une prison russe. On lui avait conseillé d'écrire au président russe Vladimir Poutine pour lui demander de le gracier.

"J'ai dit que je le considérais comme un président non légitime, comme un dictateur, un usurpateur et un meurtrier. Et que je ne signerais aucune demande de grâce, car je ne suis coupable de rien."

Malgré cela, il a été libéré quelques jours plus tard. "Personne n'a demandé notre consentement (...) et pourtant nous sommes là", a ajouté Vladimir Kara-Mourza.

Lorsque l'avion qui le transportait avec les autres personnes libérées à Ankara, la capitale turque, a décollé, raconte-t-il, l'agent qui l'escortait lui a dit de bien regarder (par le hublot) car il ne reverrait plus jamais sa patrie.

"Et j'ai ri", a-t-il dit. "Je lui ai dit : écoutez, je suis historien (...) Je ne me contente pas de ressentir, je ne me contente pas de croire, je sais que je reviendrai dans mon pays. Et ce sera beaucoup plus rapide que vous ne le pensez."

(Reportage Andrey Sychev, Anton Zverev, Christian Lowe, Sarah Marsh, Riham Alkousaa, rédigé par Thomas Escritt ; version française Kate Entringer)