Ebola-Un mort lors d'une nouvelle manifestation au Kenya contre le site de quarantaine US information fournie par Reuters 09/06/2026 à 19:01
(Actualisé avec décès)
La police kényane a abattu mardi un manifestant lors d'un nouveau rassemblement réunissant des centaines de personnes protestant contre l'installation à Nanyuki, ville du centre du pays, d'un centre de quarantaine destiné aux Américains exposés au virus Ebola, ont dit à Reuters plusieurs témoins.
Patrick Wahome, qui a participé à l'organisation de la manifestation, ainsi que plusieurs témoins oculaires présents sur les lieux, ont dit que l'homme était décédé des suites d'une blessure par balle à la tête.
Deux journalistes de Reuters, qui n'ont pas assisté directement à la fusillade, ont vu un corps gisant, immobile et présentant une large blessure à la tête, à l'arrière d'un fourgon de police.
Un porte-parole de la police a déclaré ne pas disposer d'informations concernant cet incident.
"Des policiers cagoulés (...) ont tiré à balles réelles et arrêté arbitrairement 19 manifestants", a dit la Commission kenyane des droits de l'homme dans un communiqué sur le réseau social X.
Elle ajoute que les policiers ont attaqué aussi bien des manifestants que des journalistes. Reuters n'a pas été en mesure de vérifier de manière indépendante les allégations formulées par cette ONG.
Plus tôt dans la journée, la police avait déjà fait usage de canons à eau et de gaz lacrymogène contre les manifestants, dont les esprits sont d'autant plus échauffés que les États-Unis vont de l'avant avec ce projet alors que la justice kényane a ordonné sa suspension.
Deux personnes ont été tuées lors de manifestations la semaine dernière à Nanyuki.
UN PROJET SUSCEPTIBLE DE FAIRE FUIR LES TOURISTES
Le projet de centre de quarantaine de 50 lits sur la base aérienne de Laikipia, à Nanyuki, suscite la colère de nombreux Kenyans, qui accusent les États-Unis de se décharger ainsi du risque lié à la prise en charge des personnes exposées à l'épidémie d'Ebola dans l'est de la République démocratique du Congo et en Ouganda.
Selon Priscilla Imani, une manifestante, la présence d'un centre de quarantaine va faire fuir les touristes, qui viennent normalement dans la région pour gravir le mont Kenya ou observer des rhinocéros dans une réserve naturelle voisine.
"Mon message est le suivant: Laikipia n'est pas une décharge et nos voix doivent être entendues", a-t-elle déclaré à Reuters.
LES ÉTATS-UNIS REFUSENT L’ENTRÉE DE CAS D’EBOLA
L'administration du président américain Donald Trump a déclaré qu'elle "ne peut pas et ne permettra pas" l'entrée de cas d'Ebola sur le territoire américain, contrairement à ce qui s'était produit lors de l'épidémie d'Ebola de 2014-2016 en Afrique de l'Ouest, lorsque plusieurs ressortissants américains infectés avaient été soignés aux États-Unis.
Plusieurs citoyens américains ont été exposés au virus Ebola dans l'est du Congo et en Ouganda, où plus de 500 cas ont été confirmés et 100 décès imputés à l'épidémie qui s'est déclarée le mois dernier.
Six d’entre eux, dont un qui a été testé positif à la maladie, ont été transférés vers un établissement médical en Allemagne en mai, tandis qu’un autre a été conduit en République tchèque.
Le centre de Nanyuki doit accueillir des Américains exposés au virus mais ne présentant pas encore de symptômes. Les patients symptomatiques seraient transférés vers d’autres pays, selon des responsables américains.
La Haute Cour du Kenya a ordonné à deux reprises la suspension du projet et exigé la divulgation des accords et protocoles relatifs au site. La dernière ordonnance accordait au gouvernement un délai d’une semaine pour rendre publics les documents.
Joshua Malidzo, un avocat contestant le projet américain, a déclaré que le délai fixé par la cour avait expiré lundi sans que le gouvernement ne s'y soit conformé.
Un porte-parole du gouvernement n’a pas répondu à une demande de commentaire.
LA COLÈRE DES KÉNYANS CONTRE LE PRÉSIDENT
De nombreux manifestants ont dirigé leur colère contre le président William Ruto, certains scandant "Ruto must go!" ("Ruto doit partir!"). Le président William Ruto a déclaré la semaine dernière que son administration faisait "ce qu'il fallait" en mettant en place cette installation.
"Pourquoi un gouvernement mettrait-il en place un centre pour lutter contre une maladie dont nous ne souffrons pas alors qu'il n'est pas capable de s’occuper de celles dont nous souffrons?", a déclaré à Reuters Bethwel Onyango, un manifestant de 24 ans.
Des images satellites consultées par Reuters montrent une multiplication de tentes blanches au milieu d’un terrain d’environ 0,046 km² défriché au sein de la base aérienne de Laikipia depuis le 27 mai.
Des avions militaires américains continuent d’acheminer du personnel et du matériel sur le site, selon des sources diplomatiques et des données de suivi aérien.
Les États-Unis ont déclaré être au courant de la contestation judiciaire et "travailler avec le gouvernement kényan pour résoudre toute objection".
Peu après l'accord avec Nairobi, les États-Unis ont annoncé une aide de 13,5 millions de dollars (11,68 millions d'euros) destinée à renforcer la préparation du Kenya face à Ebola.
Les autorités kényanes ont indiqué que l'établissement pourrait également accueillir des Kényans et d'autres ressortissants étrangers, mais les responsables américains ne l'ont pas confirmé.
(Reportage Edwin Okoth et Vincent Mumo Nzilani, version française Elena Smirnova, édité par Sophie Louet et Benoit Van Overstraeten)