Ebola en RDC : l'épidémie est "loin d'être maîtrisée", alerte l'OMS information fournie par AFP 18/08/2026 à 23:30
L'épidémie d'Ebola en République démocratique du Congo est "loin d'être maîtrisée", a alerté mardi Tedros Adhanom Ghebreyesus, le chef de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), mettant en garde contre un risque "élevé" de propagation internationale.
La RDC a déclaré le 15 mai, avec plusieurs semaines de retard, sa 17e épidémie d'Ebola, dans des régions du nord et de l'est où la présence de l'Etat est fragile, les infrastructures de santé démunies et la riposte dépassée par l'explosion des cas.
"Depuis lors, l'épidémie s'est propagée rapidement et le risque d'une propagation nationale et internationale plus importante reste élevé", a déclaré le chef de l'OMS, à l'ouverture d'une réunion du comité d'urgence de l'organisation sur Ebola.
"Près de 5.000 personnes ont désormais été infectées et plus de 2.300 sont décédées, dans six provinces et 55 zones sanitaires. Il faut être franc : l'épidémie est loin d'être maîtrisée", a-t-il assuré.
C'est la deuxième fois que le comité d'urgence de l'OMS se réunissait depuis que l'organisation a déclaré, le 17 mai, une urgence de santé publique de portée internationale, son deuxième niveau d'alerte le plus élevé.
A l'issue de la réunion, le chef de l'OMS a annoncé sur X, sans surprise, que l'épidémie demeurait une urgence de santé publique de portée internationale, précisant que des recommandations à l'intention de la RDC et d'autres pays à risque seraient publiées "dans les prochains jours".
"Nous appelons tous les gouvernements et tous les partenaires à coopérer et à agir de concert pour intensifier encore davantage les efforts et mobiliser les ressources nécessaires à la protection des communautés au cours des prochains mois", a-t-il ajouté.
Niveaux d'alerte
L'épidémie de 2018-2020 dans l'est de la RDC, considérée jusqu'alors comme la plus meurtrière de l'histoire du pays, avait fait 2.299 morts sur 3.381 cas confirmés, selon les chiffres de l'OMS, basés sur les données des autorités congolaises.
En outre, en trois mois, sept fois plus de cas et cinq fois plus de morts ont été recensés en RDC que lors des trois premiers mois de la plus importante épidémie d'Ebola de l'histoire qui avait fait plus de 11.300 morts en l'Afrique de l'Ouest en 2014-2016, selon l'agence de santé de l'Union africaine (Africa CDC).
L'épidémie actuelle en RDC est désormais "la deuxième plus importante" d'Ebola "jamais enregistrée et elle progresse plus rapidement que toutes les précédentes", selon le chef de l'OMS.
"Elle a pris une longueur d'avance considérable, et nous sommes toujours en train de rattraper notre retard", a-t-il dit, expliquant que l'épidémie est "alimentée par l'insécurité, les déplacements de populations et d'intenses mouvements de personnes le long des routes, des cours d'eau et des voies d'accès aux sites miniers".
Ebola, qui se transmet par contact avec les fluides corporels et provoque une fièvre hémorragique, a tué plus de 15.000 personnes en Afrique au cours des 50 dernières années.
Il n'existe aucun vaccin ou traitement spécifique homologué contre le virus Bundibugyo mais des essais cliniques sont en cours.
Intégrer les communautés
Dans sa phase initiale, ce virus se manifeste souvent par des fièvres et des céphalées, des symptômes en apparence bénins qui retardent le diagnostic, a assuré mardi le ministre de la Santé de la RDC, Samuel Roger Kamba, lors d'une conférence de presse.
"Les malades ont le temps de rester dans la communauté et d'aller contaminer d'autres personnes" avant que leur état s'aggrave, a-t-il ajouté.
La riposte fait également l'objet de critiques pour sa lenteur et son manque d'organisation, et se heurte à la défiance d'une partie de la population.
Nombre de malades décèdent "sans avoir été identifiés dans les listes de contacts connus", s'est inquiété M. Tedros mardi.
Lundi, des ambulances ont été "vandalisées" et un infirmier "blessé" par un groupe de civils dans le nord de la province de l'Ituri, foyer de l'épidémie actuelle, a indiqué mardi le coordonnateur des Nations unies pour la riposte à Ebola, sur X.
"Nous devons avoir d'autres stratégies" et "innover" pour "arriver à travailler avec nos communautés", a estimé mardi auprès de l'AFP Dieudonné Mwamba, directeur de l'Institut national de santé publique (INSP) congolais.
L'Union européenne a annoncé mardi l'envoi de tests de dépistage, d'une valeur de 2,5 millions d'euros.
Lors d'un point presse, un expert de l'OMS, Thierno Baldé, a expliqué aux journalistes à Genève que la réponse sanitaire était intensifiée et décentralisée afin de se rapprocher des communautés, notamment des taxis-motos chargés de transporter les patients et que l'organisation espère intégrer au dispositif de surveillance.
"L'OMS et ses partenaires envisagent de constater l'impact de cette montée en puissance (de la réponse sanitaire) dans les prochains mois, mais ne peuvent fixer de calendrier pour savoir quand l’épidémie sera maîtrisée", a-t-il dit, depuis Bunia.