E-cigarette: vapoter, c'est aussi prendre des risques pour sa santé, avertit l'agence de sécurité sanitaire information fournie par AFP 04/02/2026 à 13:20
Si vapoter est moins nocif que fumer du tabac, c'est prendre des risques pour sa santé en inhalant des substances toxiques: l'usage de la cigarette électronique doit être réservé au sevrage tabagique et être le plus court possible, dit l'agence de sécurité sanitaire.
En 15 ans, la cigarette électronique s'est imposée dans la vie de plus de trois millions de Français, d'où la nécessité de s'interroger sur les éventuels risques sanitaires liés au vapotage. L'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a donc mobilisé 14 experts qui ont passé au crible 2.864 études scientifiques et plusieurs rapports internationaux, pour rendre leur avis mercredi.
Il ressort des travaux que vapoter "présente des risques pour la santé" car "c'est inhaler des substances nocives", résume pour l'AFP Benoît Labarbe, chef de l'unité évaluation des produits du tabac de l'agence. "C'est pourquoi il faut absolument écarter tout vapotage pour les non-fumeurs et les jeunes qui sont attirés par les saveurs fruitées et sucrées de ces produits".
En revanche, pour les fumeurs de cigarettes classiques, "cela peut être, à côté des autres produits de substitution nicotinique, un outil de sevrage dont il faudra ensuite arrêter l'usage", ajoute-t-il.
Les effets nocifs recensés sont liés à l'inhalation répétée de substances toxiques: celles-ci sont libérées à l'usage du matériel (la cigarette électronique peut émettre des métaux), déjà présentes dans le liquide - propylène glycol, glycérol, arômes - et se forment lorsque le liquide est chauffé.
Parmi celles qui se forment au chauffage, les aldéhydes "se fixent sur les tissus des voies respiratoires et les dégradent", explique le pharmacien Thibault Mansuy, coordinateur de l'expertise. "Si ces dégradations se répètent dans le temps, les tissus auront du mal à se réparer correctement."
Il a été constaté une altération de cellules (lésions de l'ADN), pouvant favoriser un terrain cancéreux.
- "106 substances préoccupantes" -
Autres risques attestés par les études scientifiques: des effets nocifs au plan cardiovasculaire, jugés "probables" lorsqu'on vapote un e-liquide contenant de la nicotine, et "possibles" même sans nicotine - modifications de la fréquence cardiaque, de la pression artérielle... pouvant mener à des pathologies cardiaques à long terme.
Au plan respiratoire, certaines études suggèrent une augmentation de la survenue d'une maladie pulmonaire chronique, la BPCO.
Enfin, pour l'enfant exposé in utero, le vapotage de la mère a de "possibles" effets, tant sur le développement cardiovasculaire qu'au plan respiratoire, altérations du rythme cardiaque et des tissus du poumon, phénomènes inflammatoires...
C'est pourquoi l'Anses recommande aux femmes fumeuses enceintes ou ayant un projet de grossesse, un arrêt complet du tabac fumé, accompagné par un professionnel de santé, "évitant si possible, la cigarette électronique".
Autre effet néfaste: lorsqu'on vapote un e-liquide contenant de la nicotine, "l'aérosol généré par la cigarette électronique a le même pouvoir addictif que la fumée de cigarette", rappelle l'agence sanitaire.
Jean Moiroud, président de la Fivape, le syndicat interprofessionnel de la vape, a estimé, ironique, auprès de l'AFP que "le risque le plus important lié au vapotage c'est celui d'arrêter efficacement et durablement de fumer", tout en se défendant de "nier les risques liés au vapotage".
Toutefois, selon une enquête réalisée pour le rapport, 70% des vapoteurs actuels vapotent depuis plus de quatre ans.
Au total, sur 1.775 substances présentes dans les aérosols (la vapeur inhalée par le vapoteur), l'Anses en a identifié 106 qu'elle juge "particulièrement préoccupantes", bien que présentes avec des "concentrations significativement plus faibles" que celles de la fumée de cigarette classique.
En l'état des connaissances actuelles, aucun des effets du vapotage sur la santé constatés "ne dépasse, en gravité ni en niveau de preuve", ceux du tabac fumé qui fait 75.000 morts par an en France - grâce à l'absence de combustion.
Enfin, l'Anses alerte sur les nombreux dangers de composer soi-même son e-liquide, comme le fait un vapoteur sur deux, par économie: risque de surdosage, de l'emploi d'ingrédients inadaptés à l'inhalation (huiles essentielles, arômes alimentaires...) ou d'une ingestion accidentelle par les enfants.
"La prochaine étape sera de (...) savoir si le vapotage passif est lui aussi dangereux pour la santé", objet de travaux ultérieurs, a affirmé la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, sur franceinfo.