Duel Espriella-Cepeda pour la présidence colombienne information fournie par Reuters 01/06/2026 à 18:07
(Actualisé avec réaction des marchés, déclarations des candidats)
Le second tour de l'élection présidentielle en Colombie opposera le 21 juin l'homme d'affaires de droite Abelardo de la Espriella, arrivé en tête du premier tour avec 43,7% des voix, et le sénateur de gauche Ivan Cepeda (près de 40,9%), selon les résultats publiés lundi après dépouillement de 94% des bulletins.
L'issue du premier tour de dimanche a suscité l'émoi et la surprise dans le pays où les sondages donnaient favori Ivan Cepeda, successeur désigné du président sortant Gustavo Petro.
Les 670.000 voix d'écart à ce stade entre les deux candidats augurent d'un second tour serré.
Paloma Valencia, sénatrice de 48 ans soutenue par l'ancien président Alvaro Uribe et longtemps considérée comme la principale candidate de droite, est créditée de moins de 7% des voix. Elle a apporté son soutien à Abelardo de la Espriella pour le deuxième tour du scrutin.
Novice en politique, Abelardo de la Espriella, avocat de 47 ans aux idées radicales, admirateur de Donald Trump, a fait campagne en mettant en avant son statut d'électron libre et en promettant une répression militaire contre les mouvements armés clandestins et le narcotrafic.
Il a dit vouloir bâtir dix "mégaprisons" et lutter contre la pauvreté avec des programmes ciblés d'éducation, de soins de santé et de logement.
"Je suis prêt à mener la bataille finale. Je suis prêt pour un second tour lors duquel cette patrie miraculeuse et ses soutiens l'emporteront", a déclaré le candidat de droite dimanche soir, depuis une estrade installée sur un bateau sur le fleuve Magdalena à Barranquilla, où il possède une maison.
Les marchés ont réagi favorablement aux résultats, le peso colombien a progressé de 3,75% pour s'établir à 3.551 pour un dollar américain, tandis que l'indice boursier du pays a gagné 6,3%.
"Cela finira par avoir un effet positif sur les marchés. On peut s'attendre à une certaine remontée de la dette publique, à une appréciation du taux de change et, bien sûr, à une progression des cours boursiers", estime David Cubides, économiste en chef de la Banco de Occidente.
Une victoire du candidat de droite serait une bonne nouvelle pour les marchés financiers avec une politique fiscale avantageuse et des relations améliorées avec les Etats-Unis.
IVAN CEPEDA APPELLE A L'UNION
Mais les problèmes fiscaux rencontrés par le pays et la fragmentation du Parlement colombien - seuls cinq députés sont directement issus du parti du candidat de droite - compliqueront la tâche du futur exécutif pour mener à bien une cure d'austérité nécessaire à la réduction de la dette publique, selon une note de Capital Economics.
Abelardo de la Espriella est critiqué pour avoir défendu des clients aux profils controversés, tel l'homme d'affaires Alex Saab, accusé d'être un homme de paille et un intermédiaire financier du président vénézuélien déchu Nicolas Maduro. Alex Saab a été extradé vers les Etats-Unis la semaine dernière pour y être jugé.
Abelardo de la Espriella assure être indépendant et avoir financé lui-même sa campagne politique, sans recevoir de dons de partis ni d'entreprises. Reuters n'a pas été en mesure de vérifier ces affirmations.
Lors de la campagne électorale, Abelardo de la Espriella a accusé Ivan Cepeda de vouloir maintenir l'héritage de l'ancien président Gustavo Petro à travers notamment l'interdiction de nouveaux projets pétroliers, une décision critiquée par la classe politique et les marchés.
Ivan Cepeda, 63 ans, s'est engagé à poursuivre les réformes sociales engagées sous Gustavo Petro, avec par ailleurs la contrainte d'assumer l'héritage de la politique de "paix totale" menée par le président sortant avec les divers groupes armés clandestins toujours actifs en Colombie - une politique que ses détracteurs qualifient d'échec complet.
Ses opposants accusent le candidat de gauche et philosophe d'entretenir des liens avec des dirigeants des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc), mouvement rebelle aujourd'hui dissous mais dont des factions dissidentes continuent d'oeuvrer après six décennies d'insurrection mêlant aussi du trafic de drogue, qui ont fait plus de 450.000 morts.
"Dès ce soir, nous allons redoubler d’efforts pour rassembler et unir les forces nécessaires afin de battre Abelardo de la Espriella grâce à une vérification électorale rigoureuse", a déclaré Ivan Cepeda devant ses partisans.
Le premier tour du scrutin a été marqué par une faible participation: à peine plus de la moitié des 41 millions d'électeurs ont voté dimanche, selon des données officielles.
Ce taux d'abstention rend d'autant plus incertain le second tour du 21 juin.
(Reportage Carlos Vargas, Luis Jaime Acosta, Nelson Bocanegra et Julia Symmes Cobb; version française Bertrand Boucey, Jean Terzian et Zhifan Liu, édité par Sophie Louet)