Soupçons de "campagne coordonnée" après une vague d'alertes à la bombe en Europe information fournie par AFP 06/11/2026 à 17:12
Le gouvernement irlandais a dénoncé vendredi une "probable campagne coordonnée" de fausses alertes à la bombe visant des vols commerciaux et des médias, après des dizaines d'alertes similaires dans le transport aérien en Europe cette semaine.
Des médias irlandais, britanniques comme Sky News, ou français comme TF1 ont reçu des alertes à la bombe, et un peu partout en Europe, des avions ont dû être déroutés, escortés par des chasseurs, évacués ou fouillés. A chaque fois sans découvrir de bombes.
Aucune revendication n'a été émise, mais le gouvernement irlandais a estimé "probable qu'il s'agisse d'une campagne coordonnée visant à engendrer des perturbations", a-t-il déclaré dans un communiqué.
Onze vols au départ ou à destination de Prague et de Sofia ont fait l'objet d'une alerte à la bombe. Quatre alertes ont été émises vendredi sur des avions survolant le territoire français, qui ont atterri "sans encombre", et quatre autres vols à destination de Madrid ont aussi été visés, ainsi qu'un vol entre Lisbonne et Rome.
Au total, ce sont des dizaines de vols commerciaux européens, ainsi qu'un bateau de croisière, qui ont fait l'objet d'alertes à la bombe depuis le début de la semaine.
"opérations hybrides" ?
Cette série de fausses alertes, difficiles à attribuer, a pour conséquence de mobiliser les services de sécurité et de semer la peur à moindre coût, soulignent les experts.
Les responsables européens dénoncent depuis des mois l'accroissement des opérations de déstabilisation, conduites au profit de la Russie ou de l'Iran, qu'il s'agisse de campagne de désinformation, de sabotage, cyberattaques, attentats, etc.
Les services de renseignement anticipent depuis plusieurs semaines un durcissement de ces campagnes, notamment de la Russie, pour peser sur le soutien européen à l'Ukraine.
Sans préjuger de l'identité des auteurs, "ce type de mode opératoire, sous le seuil de la guerre ouverte, très facile à mettre en œuvre, et avec un impact très important, est en adéquation avec celui des opérations dites hybrides contre les Etats européens", a réagi auprès de l'AFP Jean-Marc Rickli, directeur des risques globaux et émergents au Centre de Politique de Genève.
"L'impact est double : direct sur les vols ciblés et le ciel européen, et psychologique en contribuant à créer un sentiment d'insécurité dans les sociétés européennes, sans compter que ces opérations sont très coûteuses à contrer par rapport au coût de quasi nul de la menace", selon lui.
La Hongrie a fait décoller des chasseurs Gripen, la Bulgarie des Mig, et jeudi la France un Rafale et un Mirage pour escorter les avions suspects, des opérations de police du ciel qui coûtent très cher en carburant.
"De telles menaces ne suffisent pas à déstabiliser tout le réseau continental du transport aérien. Mais huit ou douze avions concernés en même temps, ça commence à faire du bruit. On est obligé d'inspecter chacun d'entre eux", explique Sébastien Caron, expert indépendant en sécurité aérienne.
Le flou entourant les auteurs de ces alertes rend d'autant plus difficile de trouver une parade.
Des revendications envoyées jeudi aux aéroports de Rome et de Sofia émanaient des "combattants de l'État masculin", semblant renvoyer au nom d'un mouvement ultranationaliste russe, mais sans qu'il soit possible de vérifier le lien, et dont le chef a démenti toute implication.
"éviter de sur-réagir"
Selon le chef de la police londonienne, Mark Rowley, il va s'agir de garder la tête froide.
"Nous avons déjà connu cela par le passé. Quand nous faisions face aux menaces terroristes liées à l'IRA (groupe paramilitaire irlandais, ndr), il y a des décennies, nous parlions de +terrorisme à 10 pence+ : un faux appel annonçant une bombe pouvait perturber toute une ville. Nous avons dû apprendre à vivre en faisant la part entre ce qui était un canular et ce qui était réel", a-t-il déclaré vendredi sur la radio BBC 4.
"Dans ce nouvel environnement de menaces, avec des acteurs malveillants aux quatre coins du monde (...) nous allons devoir adapter cette même méthode, pour éviter de sur-réagir à chaque message que nous recevons en ligne".
Ces alertes à la bombe interviennent dans un contexte plus vaste d'attaques récentes contre des infrastructures civiles, comme les cyberattaques contre les frigos de supermarchés dans divers pays d'Europe, ou celle contre ceux de l'établissement français du sang (EFS) français.
"Nous ne sommes pas en mesure aujourd'hui de dire si l'attaque (contre l'EFS) français,les fausses alertes à la bombe dans les avions ou encore les agressions contre les magasins d'alimentation sont toutes liées. Mais elles nous indiquent sans aucun doute toutes la même chose : ce sont aujourd'hui les infrastructures civiles qui sont prises pour cible", a réagi la cheffe du gouvernement italien Georgia Meloni.