Du G7 à Versailles, la relation en (plaqué) or entre Macron et Trump
information fournie par AFP 17/06/2026 à 08:47

Donald Trump (g) et Emmanuel Macron, au sommet du G7 à Evian, le 16 juin 2026 ( AFP / Mandel NGAN )

Jusqu'ici tout va bien. Emmanuel Macron, en quête du juste dosage entre égards et fermeté avec Donald Trump, va retenir son souffle jusqu'à leur dîner de mercredi à Versailles après un G7 où le président américain s'est pour l'instant montré plutôt accommodant.

Les subtilités du protocole et le langage corporel des acteurs de ces mises en scène internationales peuvent parfois laisser la place aux interprétations.

C'est ainsi que lundi, lorsque le chef de l'Etat français n'est pas sorti sur le tapis rouge de l'hôtel Royal d'Evian pour accueillir le milliardaire républicain contrairement au programme, l'impression d'un froid a plané entre les deux hommes, qui se jaugent depuis près de 10 ans.

Une poignée de mains moins ferme que d'habitude, et un Donald Trump visiblement fatigué après avoir fêté la veille au soir son 80e anniversaire lors d'un megashow de MMA à la Maison Blanche, ont pu renforcer ce sentiment.

Le contraste était saisissant mardi quand Emmanuel Macron a réservé un accueil VIP au président ukrainien Volodymyr Zelensky, cheminant avec lui à travers les jardins du complexe hôtelier bordant le lac Léman.

En réalité, le dirigeant français avait bien salué son homologue américain par une accolade dès son entrée dans l'hôtel, selon une vidéo publiée sur Instagram.

Et Donald Trump n'a pas semblé lui tenir rigueur de l'entorse au programme.

Alors qu'il avait menacé, juste avant son arrivée, d'assommer le vin français de droits de douane de 100% si la France ne retire pas une taxe sur les géants de la tech, il n'a pas remis la question sur le tapis devant les journalistes aux côtés d'Emmanuel Macron.

"Winner"

Gonflé à bloc par son accord conclu la veille avec l'Iran, le milliardaire républicain a aussi eu une attitude nuancée sur la proposition franco-britannique de mission pour sécuriser la réouverture du détroit d'Ormuz.

S'il l'a d'abord minimisée en lançant, devant son hôte, ne pas avoir "besoin de beaucoup d'aide", il a aussi ajouté qu'avoir "un bateau ou deux" des pays volontaires n'était pas "une mauvaise idée".

Et selon une source diplomatique, il a manifesté pendant le sommet un intérêt pour les capacités de déminage offertes par cette coalition.

Surtout, les Européens semblent satisfaits sur l'Ukraine. Leur objectif était de ramener Donald Trump, accaparé par le Moyen-Orient, à de meilleures dispositions à l'égard de Volodymyr Zelensky, qu'ils ont tenté de lui dépeindre en "winner" alors qu'il le percevait jusqu'à récemment en "loser".

L'Américain a rejoint les présidents français et ukrainien mardi au terme de leur tête-à-tête, puis les trois hommes sont arrivés ensemble à une réunion du G7 sur l'Ukraine. Emmanuel Macron a semblé jouer son rôle privilégié d'entremetteur du duo souvent houleux Trump-Zelensky.

Résultat, le locataire de la Maison Blanche s'est dit prêt à rétablir des sanctions sur le pétrole russe.

Sur le plan personnel, la relation franco-américaine s'était sérieusement refroidie ces derniers mois. Les coups de griffe à l'égard du Français, moqué en président en fin de mandat, avaient connu leur apogée quand le républicain était allé jusqu'à s'amuser de la vie conjugale d'Emmanuel et Brigitte Macron.

A Evian, il a salué chaleureusement l'épouse du dirigeant français, et a qualifié ce dernier d'"ami spécial" et d'"homme très gentil".

Il s'est particulièrement réjoui d'être invité mercredi soir au château du Roi Soleil, près de Paris.

"Versailles, c'est pas du plaqué or, c'est du lourd", a dit avec gourmandise le 47e président des Etats-Unis, connu pour son goût le faste et les dorures, dont il n'est pas avare dans la décoration de la Maison Blanche.

En France, les opposants à Emmanuel Macron lui reprochent d'avoir organisé ce dîner "en grande pompe" pour complaire à Donald Trump.

"Il faut définitivement apprendre à vivre sans Trump", a protesté sur X le candidat de la gauche radicale à la présidentielle française de 2027, Jean-Luc Mélenchon.

"Ce n'est pas un dîner de gala", a répondu lundi le chef de l'Etat. "C'est un dîner pour célébrer les 250 ans de l'indépendance américaine, parce que la France y a joué un rôle", a-t-il ajouté.

Sans cacher l'intention sous-jacente: faire en sorte que Donald Trump, parti prématurément l'an dernier du G7 au Canada, "reste jusqu'au bout".