Droits de douane US de 10% contre des dizaines de pays pour "travail forcé" pour suppléer une précédente taxe
information fournie par Reuters 24/07/2026 à 12:32

(Actualisé paragraphes 10-19 réactions internationales)

L'administration du président américain Donald Trump a imposé vendredi des droits de douane de 10% et 12,5% contre une soixantaine de partenaires commerciaux, dont l'Union européenne, leur reprochant de ne pas lutter efficacement contre le commerce de biens réalisés grâce au "travail forcé".

De hauts représentants de l'administration américaine ont effectué cette annonce jeudi soir, alors que devaient expirer des taxes douanières temporaires de 10% sur tous les produits importés aux Etats-Unis.

Cette démarche s'inscrit dans le cadre d'efforts de la Maison blanche pour préserver la politique de droits de douanes voulue par Donald Trump, après que la Cour suprême des Etats-Unis a retoqué en février dernier les vastes taxes dites "réciproques" annoncées l'an dernier par le président américain contre des dizaines de partenaires commerciaux.

Une enquête pour des pratiques jugées "déloyales" avait été annoncée par le département américain du Commerce, qui a proposé en juin ces droits de douane supplémentaires en reprochant à des dizaines de pays de nuire aux échanges commerciaux des Etats-Unis par leur laxisme à l'égard du travail forcé.

Un haut représentant de l'administration américaine a nié l'idée que la mesure liée au travail forcé venait directement remplacer les droits de douane sur le point d'expirer, en dépit des similarités de calendrier, de taux et de pays concernés.

Les Etats-Unis ont des restrictions plus sévères concernant les biens réalisés grâce au travail forcé et les appliquent avec une plus grande fermeté que n'importe quel autre pays, a dit ce représentant, ajoutant que cela conférait aux concurrents commerciaux de Washington un avantage déloyal.

Il a indiqué également que de nombreux produits ne seront pas visés par les nouvelles taxes, citant notamment le pétrole, le gaz et l'engrais.

Dans un communiqué publié le mois dernier, le bureau du représentant américain au Commerce (USTR) a dit prévoir des droits de douane de 10% sur les importations de Grande-Bretagne, Canada, Union européenne, Indonésie, Mexique, Pakistan, Argentine, Bangladesh, Cambodge, Equateur, Salvador, Guatemala, Malaisie et Taïwan.

Il a précisé qu'il imposerait des droits de douane de 12,5% sur les importations en provenance de 45 autres pays concernés par cette enquête sur le travail forcé.

DES RÉACTIONS INTERNATIONALES MITIGÉES

Une partie des partenaires commerciaux ont contesté les droits de douane, dans un contexte déjà préoccupant pour les marchés financiers en raison du conflit au Moyen-Orient.

Les pays qui ont conclu antérieurement des accords commerciaux avec Washington plafonnant les taux de droits de douane américains, sont moins impactés par cette mesure.

"L’Union européenne (UE) se félicite que ce résultat soit conforme aux engagements tarifaires pris par les États-Unis dans le cadre de la déclaration conjointe UE-États-Unis", a déclaré un porte-parole de la Commission européenne.

Le ministre français du Commerce, Nicolas Forissier, a déclaré à propos de cette décision que, même "si sa base juridique peut légitimement susciter des interrogations, elle apporte néanmoins davantage de visibilité à nos entreprises, qui ont besoin de stabilité pour investir, exporter et se développer".

La Suisse s'aligne sur les déclarations de l'UE, et souligne le respect des États-Unis pour leur engagement en matière de plafond tarifaire, s'élevant à 12,5%.

Un porte-parole du gouvernement britannique a également déclaré: "Cette annonce n’entraîne aucun changement négatif du taux de droits de douane applicable aux entreprises britanniques. Notre accord avec les États-Unis reste en vigueur, et nous constatons aujourd’hui une amélioration de nos conditions commerciales avec des droits de douane nuls sur le whisky et les technologies médicales".

Alors que la Norvège a estimé que ces droits de douane étaient "sans fondement", l'Australie et le Brésil ont demandé leur retrait.

La Chine s'y est complètement opposée et a affirmé que les guerres commerciales n'étaient favorables à aucune partie.

A l'opposé, Dominic LeBlanc, ministre canadien chargé du Commerce avec les États-Unis, a privilégié la voie de la modération.

"Nous continuerons à dialoguer de manière constructive avec les États-Unis sur cette question, ainsi que sur d’autres dossiers en suspens, au cours des prochaines semaines, dans l’intérêt mutuel de nos citoyens" a-t-il déclaré.

(David Lawder; Avec la contribution d'Andrea Shalal, de Philip Blenkinsop et Leigh Thomas; Version française Jean Terzian et Rihab Latrache, édité par Zhifan Liu)