Douze pays, dont la France et le Royaume-Uni, sanctionnent les colonies israéliennes de Cisjordanie occupée information fournie par Reuters 08/09/2026 à 16:17
par Sarah Young et Alexander Cornwell
Douze pays, dont la France et le Royaume-Uni, vont imposer des restrictions de commerce sur les biens issus des colonies israéliennes de Cisjordanie occupée, ont annoncé mardi les chancelleries occidentales en question, réagissant à la violence croissante des colons dans leurs rapports aux Palestiniens.
Le secrétaire d'Etat britannique aux Affaires étrangères Ed Miliband a déclaré que Londres ne pouvait plus simplement "critiquer" l'injustice et les souffrances observées en Cisjordanie occupée, annonçant devant la Chambre des communes que le Royaume-Uni devait "agir" pour s'opposer à l'expansion des colonies.
"Aujourd'hui, nous refusons d'être observateurs de davantage de souffrance et de la destruction de la solution à deux Etats", a déclaré Ed Miliband, en référence à l'idée soutenue par le Royaume-Uni mais à laquelle Israël s'oppose.
Douze pays - la France, le Royaume-Uni, le Canada, le Danemark, l'Espagne, la Finlande, l'Irlande, l'Islande, la Norvège, la Pologne, le Portugal et la Suède - ont décidé d'imposer des restrictions au commerce de biens avec des colonies israéliennes en Cisjordanie occupée, selon un communiqué commun.
"La France va mettre fin au commerce avec les colonies israéliennes situées dans les Territoires palestiniens occupés, avec onze autres pays qui ont pris des engagements du même ordre", a écrit sur X le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot.
"La Cisjordanie est au bord de l'explosion : expansion effrénée de la colonisation en violation du droit international, flambée des violences commises par les colons extrémistes à l'encontre des Palestiniens, actes de terreur dénoncés par les autorités israéliennes elles-mêmes."
Washington, par la voix de son ambassadeur en Israël, a critiqué les nouvelles sanctions britanniques, alors que deux ministres israéliens ont appelé à des mesures de représailles contre Londres.
Ed Miliband a qualifié l'occupation de la Cisjordanie d'illégale, ajoutant que Londres avait des raisons de penser qu'un nettoyage ethnique était en cours dans le territoire occupé.
Moins de deux mois après son entrée en fonction, le chef de la diplomatie britannique, avait déclaré la semaine dernière vouloir redéfinir la politique de Londres vis-à-vis d'Israël.
L'impact des restrictions annoncées sur des échanges commerciaux qui s'élèvent à six milliards de livres (6,98 milliards d'euros) devrait être minime, alors qu'on ignore à ce stade comment le Royaume-Uni différenciera les produits importés des colonies en Cisjordanie occupée de ceux d'Israël.
RÉACTIONS ISRAÉLIENNES
Le ministre israélien des Finances Bezalel Smotrich a appelé à l'expulsion de l'ambassadeur britannique alors que le ministre israélien de la Sécurité nationale Itamar Ben-Gvir a demandé au Premier ministre Benjamin Netanyahu de fermer le consulat britannique à Jérusalem-Est, accrédité auprès de l'Autorité palestinienne en Cisjordanie occupée.
Le président de l'Etat hébreu, Isaac Herzog, a accusé par ailleurs Londres d'interférer dans les prochaines élections législatives en Israël.
Les sondages montrent que la coalition de Benjamin Netanyahu pourrait perdre des sièges et sa majorité à la Knesset, à l'occasion des prochaines élections législatives du 27 octobre.
Le projet de colonie israélienne E1 en Cisjordanie occupée, accusé par plusieurs chancelleries occidentales de "(porter) atteinte à la continuité territoriale des territoires palestiniens", se trouve au coeur des discussions.
Ce projet met en péril la solution à deux Etats, a aussi déclaré Ed Miliband.
Bezalel Smotrich a annoncé mardi la création de 1.000 nouvelles habitations dans deux colonies israéliennes en Cisjordanie occupée.
Les Nations unies et la majorité de ses Etats membres, dont le Royaume-Uni, considèrent comme illégales les colonies israéliennes en Cisjordanie occupée, un territoire désigné comme sous occupation militaire.
Israël conteste cette position et invoque des liens historiques et bibliques avec cette région ainsi que sa sécurité.
En 2025, le Royaume-Uni, accompagné de la France et de plusieurs autres pays, a reconnu l'Etat de Palestine, dans le but de promouvoir la solution à deux Etats.
L'ambassadeur américain en Israël Mike Huckabee a accusé, au micro de la BBC, les sanctions de contribuer à "la discrimination contre le peuple Juif".
Il a averti qu'elles pourraient limiter les capacités commerciales entre Londres et Washington dans la mesure où certains Etats américains empêchent certaines entreprises boycottant Israël d'être éligibles pour décrocher des marchés publics, des achats ou des investissements publics.
Les relations entre Londres et l'Etat hébreu se sont tendues au fil des critiques émises par le gouvernement britannique à l'encontre de la guerre menée par Israël dans la bande de Gaza, de l'expansion des colonies en Cisjordanie occupée et des attaques de plus en plus nombreuses de colons israéliens sur des Palestiniens.
L'Espagne, l'Irlande et les Pays-Bas ont également mis en place des restrictions commerciales sur des biens issus de colonies israéliennes en Cisjordanie occupée, bien que toutes les mesures n'aient pas été appliquées.
Israël reste un important partenaire commercial du Royaume-Uni, a assuré Pat McFadden sur Sky News, écartant l'hypothèse d'un boycott total des biens israéliens.
Les produits issus des colonies israéliennes sont principalement des produits frais et du vin et ne comptent que pour une petite fraction du volume commercial de l'Etat hébreu.
Des diplomates étrangers indiquent qu'une interdiction d'importation pourrait être difficile à instaurer, de nombreux biens israéliens utilisant des produits issus de colonies sans qu'il soit possible de tracer leur origine.
(Reportage de Sarah Young à Londres et Alexander Cornwell à Tel Aviv; version française Zhifan Liu, édité par Benoit Van Overstraeten)