"Double casquette" et déclarations choc : le candidat Lisnard met en ébullition l'Association des maires de France
information fournie par AFP 29/10/2026 à 19:37

Le maire de Cannes, David Lisnard, le 31 août 2026, à Cannes dans les Alpes-Maritimes ( AFP / Valery HACHE )

"Mélange des genres" et appels à la démission : le maire de Cannes David Lisnard, parti dans la course présidentielle à droite à coups de déclarations choc, agace très sérieusement des élus de l'Association des maires de France (AMF) où il brigue un nouveau mandat.

A touche-touche dans les sondages avec le patron des Républicains Bruno Retailleau, en deça des 10 %, David Lisnard bat campagne sous la bannière de son mouvement Nouvelle Énergie (NE). Parallèlement, il est toujours patron de l'AMF et candidat à sa succession lors du congrès des maires du 24 au 26 novembre.

Mais sa campagne présidentielle fait grincer.

Dernière protestation en date, une lettre ouverte d'une cinquantaine d'élus de la Creuse, de Corrèze et de Haute-Vienne, qui fustigent ses propos sur le plateau de Millevaches qui abriterait des "camps d'entraînements terroristes", déclarations faites après les violences du 17 octobre et l'incendie de la mairie de Limoges.

"À ce jour, l'existence de tels camps n'est étayée par aucun élément public", s'indignent notamment le maire PS de Meymac, Philippe Brugère, et Olivier Cagnon maire divers gauche de Felletin, qui lui demandent de "retirer" ses propos et de "démissionner". "Vous devez choisir entre la présidence de l'AMF" et la "campagne présidentielle", lancent-ils dans cette lettre rendue publique jeudi.

Pour la maire LR de Pontoise, Stéphanie Von Euw, soutien de M. Lisnard, toutes ces critiques prouvent simplement qu'il "est sur le ring des candidats à l'élection présidentielle, qu'il bouscule et qu'il dérange", assurant à l'AFP qu'il "veille à séparer une prise de position politique et personnelle et celle au nom de l'AMF".

A gauche, au centre et chez certains maires de droite, les saillies du candidat Lisnard passent mal, alors même qu'un accord transpartisan a été bouclé pour les élections aux instances de l'AMF.

Le patron des députés Modem Marc Fesneau est monté au créneau mercredi, en lui reprochant des positions "clivantes" et une "double casquette qui affaiblit l'AMF". "Une organisation représentant les communes et leurs élus ne doit pas devenir le prolongement d'une stratégie personnelle ou partisane", renchérissent les maires de Meymac et de Felletin.

"Ça tangue"

Le maire de Cannes avait déjà reçu un courrier de rappel à l'ordre la semaine dernière. Le vice-président PS de l'AMF, André Laignel, ainsi que le maire de Bourg-en-Bresse Jean-François Debat (PS) l'avaient intimé d'arrêter le "mélange des genres" et dénoncé des propos "inacceptables" sur le 17 octobre 1961.

Interrogé par une étudiante proche de LFI sur cette date, lorsque des dizaines d'Algériens furent tués et jetés dans la Seine par des policiers, il avait répondu : "Je m'en fous Madame, j'en ai rien à foutre, j'en ai rien à cirer, j'étais pas né". Il avait ensuite assuré avoir voulu que ce drame ne soit pas instrumentalisé pour justifier les scènes de chaos en marge des mobilisations.

"Ça tangue un peu", admet auprès de l'AFP le maire PS de Coulaines (Sarthe), Christophe Rouillon. "On tient à ce que l'AMF garde son unité". Autre élu de la Sarthe, le maire du Mans et ex-ministre, Stéphane Le Foll (PS), a annoncé sur X la couleur : il votera pour l'opposant de David Lisnard à l'AMF, le maire de Sceaux Philippe Laurent (UDI).

L'élection est "ouverte à cause de l'attitude du président sortant, trop excessif", estime ce centriste auprès de l'AFP, reprochant à son concurrent d'avoir préparé sa mise en orbite présidentielle "à partir de l'AMF". Après sa campagne, "il passera un accord avec Marine Le Pen et Ciotti", prédit-il. David Lisnard a récemment appelé l'ex-président de LR Eric Ciotti à le rejoindre et à se "séparer" de ses alliés du RN.

"David Lisnard n'est pas d'extrême droite, sinon nous n'aurions pas fait alliance avec lui", tempère Christophe Rouillon, mettant en avant l'accord transpartisan. "La balle est dans le camp de la droite, qui a proposé David Lisnard. Si l'accord tient au sein de la droite, il sera élu", pronostique le socialiste.