Donald Trump peut-il acheter le Groenland ?
information fournie par Reuters 23/01/2026 à 12:19

par Patricia Zengerle

Le président américain Donald Trump a déclaré à de nombreuses reprises qu'il souhaitait s'emparer du Groenland, territoire autonome rattaché au royaume du Danemark.

Evoquant différentes options pour parvenir à ses fins, dont un possible recours à la force finalement délaissé, le président américain a suggéré d'acheter le Groenland au Danemark, bien que Copenhague ait insisté sur le fait que l'île n'était pas à vendre.

Mercredi, Donald Trump a affirmé qu'il avait conclu un accord, dont les contours demeurent flous, avec l'Otan pour assurer un "accès total" des États-Unis au Groenland.

Tout achat probable du territoire par les Etats-Unis se heurterait à plusieurs limites.

COMBIEN COÛTERAIT LE GROENLAND ?

En l'absence de marché pour l'achat et la vente de pays, il est impossible de donner un prix au Groenland.

Otto Svendsen, expert de l'Arctique au sein du groupe de réflexion Center for Strategic and International Studies, a toutefois estimé qu'il n'était pas déraisonnable de penser que le coût total de l'acquisition du Groenland avoisinerait les 1.000 milliards de dollars (environ 850 milliards d'euros).

Selon Otto Svendsen, ce coût inclurait le prix d'acquisition de la plus grande île du monde, ainsi que d'éventuels paiements forfaitaires aux habitants du territoire. Il comprendrait également des transferts budgétaires pour maintenir l'État-providence de l'île, des investissements dans l'infrastructure et la défense.

Les investisseurs s'interrogent ainsi sur le bien-fondé d'un tel achat, alors que les États-Unis accusent un déficit de 38.000 milliards de dollars.

Donald Trump est par ailleurs critiqué pour trop dépenser à l'étranger au lieu d'aider les citoyens américains.

"Et si, au lieu d'offrir le Groenland aux Américains, nous leur offrions des soins de santé ?", a interpellé mercredi le représentant démocrate de Pennsylvanie Brendan Boyle.

UN PRÉSIDENT PEUT-IL AJOUTER UNILATÉRALEMENT UN TERRITOIRE AUX ÉTATS-UNIS ?

Toute extension du territoire américain nécessite l'approbation du Congrès.

Les précédentes acquisitions de terres, comme celle des îles Vierges américaines en 1917 - achetées au Danemark - ont été effectuées par voie de traité.

Les deux tiers du Sénat, soit 67 sénateurs, doivent approuver tout traité, conformément à la Constitution américaine. Donald Trump devrait ainsi convaincre au moins 14 membres du groupe parlementaire démocrate d'approuver un accord, même s'il bénéficiait du soutien de tous les républicains.

Le soutien du parti à l'éléphant au projet de Donald Trump est loin d'être absolu.

"Le respect de la souveraineté du peuple du Groenland ne devrait pas être négociable", a déclaré la sénatrice républicaine Lisa Murkowski de l'Alaska, coprésidente du groupe sénatorial sur l'Arctique, dans un communiqué.

La possibilité d'un "accord de libre association" avec les États-Unis est également discutée. Ce processus, qui prévoirait une aide financière en échange d'une présence sécuritaire, ferait du Groenland un territoire non incorporé des Etats-Unis, à l'instar de Guam ou de Porto Rico.

Ces territoires sont sous le contrôle du gouvernement fédéral mais leurs résidents ne disposent pas d'élus au Congrès.

La Constitution américaine confère au Congrès, et non au président, le contrôle de ces terres fédérales.

TRUMP PEUT-IL DÉPENSER SEUL DES CENTAINES DE MILLIARDS DE DOLLARS ?

La Constitution des États-Unis accorde au Congrès, et non au président, le contrôle des dépenses.

Les républicains de Donald Trump, qui disposent d'une faible majorité à la Chambre des représentants et au Sénat, ont soutenu le milliardaire lorsqu'il a repoussé les limites de son pouvoir en matière de dépenses. Par exemple, lorsque Donald Trump a réduit les effectifs et fermé des agences financées par le Congrès et alloué des ressources au changement de nom du ministère de la Défense sans l'approbation du Congrès.

Il serait cependant difficile pour Donald Trump de trouver et de dépenser un montant comparable à l'ensemble du budget militaire américain sans obtenir l'aval du Congrès.

DANS QUELLE MESURE LES ÉTATS-UNIS ONT-ILS BESOIN DU GROENLAND ?

Donald Trump et ses partisans ont insisté sur le fait que les États-Unis avaient besoin du Groenland pour repousser les menaces des intérêts russes et chinois dans l'Arctique.

Déjà présente sur l'île de 57.000 habitants avec une base militaire, l'administration américaine souhaite également obtenir un meilleur accès aux terres rares et aux ressources minérales essentielles du Groenland, qui sont largement inexploitées.

L'extraction du pétrole et du gaz naturel est interdite au Groenland pour des raisons environnementales, tandis que le développement de l'exploitation minière est entravé par la bureaucratie et l'opposition des populations autochtones.

Lors d'un récent discours au Sénat, le sénateur républicain du Kentucky, Mitch McConnell, a souligné l'importance de l'alliance de l'Otan et des liens militaires entre les États-Unis et le Danemark.

"Il n'y a pas d'ambiguïté à ce sujet. Ce sont les liens étroits avec nos alliés les plus septentrionaux qui permettent à l'Amérique d'étendre son rayon d'action dans l'Arctique", a-t-il déclaré.

"Je n'ai pas encore entendu de la part de cette administration une seule chose dont nous avons besoin de la part du Groenland et que ce peuple souverain n'est pas déjà prêt à nous accorder", a-t-il déclaré.

(Rédigé par Patricia Zengerle ; version française Etienne Breban ; édité par Blandine Hénault)