Dix ans après le crash d'Egyptair, la perspective d'un non-lieu indigne les familles information fournie par AFP 14/05/2026 à 15:08
Dix ans après le crash d'Egyptair en 2016, le parquet de Paris réclame un non-lieu général, au grand dam des familles des 66 victimes qui dénoncent une "justice bâclée" exonérant la compagnie de toute responsabilité.
Le vol MS 804, reliant Paris au Caire, s'est abîmé en mer Méditerranée le 19 mai 2016 entre la Crète et la côte nord de l'Egypte. Les 66 personnes à bord, dont 40 Egyptiens et 15 Français, ont péri.
Près d'une décennie plus tard, le 7 avril dernier, le parquet demande un non-lieu général, au motif que l'enquête n'a "pas permis de caractériser d'autres fautes que celles" des membres d'équipage, tous décédés, a indiqué une source proche du dossier à l'AFP.
Les juges d'instruction doivent désormais décider s'ils prononcent un non-lieu, ou acceptent les demandes des parties civiles. Elles souhaitent des investigations complémentaires et réclament toujours la mise en examen de la compagnie égyptienne, pour qu'elle s'explique par exemple sur la maintenance de l'appareil intervenue quelques jours avant.
- "Déni de justice" -
"Envisager un non-lieu aujourd'hui, c'est envisager un déni de justice, alors que les parties civiles ont plusieurs demandes en attente devant la chambre de l'instruction", réagit auprès de l'AFP Me Sébastien Busy, avocat de nombreuses familles et de la Fenvac, la principale association de victimes.
"L'instruction aurait peut-être dû par exemple s'inquiéter des consignes qui autorisaient à fumer dans le cockpit, à accepter des gens dans le cockpit, ainsi qu'à y diffuser de la musique en continu", souligne-t-il. "Il aurait été utile d'entendre la compagnie en France, comme nous l'avons demandé".
La famille de Clément Cormary Daeschner, l'une des victimes, demande "que la justice poursuive les investigations nécessaires afin que la vérité puisse être établie de manière complète, sérieuse et conforme aux données factuelles du dossier", fait savoir à l'AFP son avocat, Me Antoine Lachenaud.
Le parquet, dans son réquisitoire définitif daté du 7 avril dont l'AFP a eu connaissance, estime que l'accident résulte d'un incendie déclenché par la rencontre "d'une fuite d'oxygène provenant du boîtier de rangement du masque à oxygène du pilote" et d'une "source de chaleur inconnue" dans le cockpit.
L'incendie, violent et brutal, n'a laissé aucune chance à l'équipage ni aux passagers. Le parquet estime que cette fuite d'oxygène fatale est due à "l'engagement intempestif" d'un bouton d'urgence par le copilote.
Elle a de plus "eu lieu dans un contexte de fonds musical et d'une attitude de l'équipage considérée comme trop peu professionnelle par les différents experts et témoins" qui ont eu accès aux enregistreurs de vols, souligne-t-il.
- "Victimisation secondaire" -
Du côté des familles de victimes, règne "le sentiment d'une justice bâclée et d'être abandonnées", une décennie après la perte de leurs proches, selon un communiqué à l'occasion des dix ans de la catastrophe.
Le parquet se base sur des "conclusions tronquées incompatibles avec les données factuelles" de l'enregistreur de vol et en totale contradiction avec celles du Bureau d'enquêtes et d'analyses pour la sécurité de l'aviation civile (BEA), dénoncent-elles.
Le BEA, dans ses conclusions en 2023, n'excluait par exemple pas une "défaillance d'un composant", une partie du matériel ayant été changée quelques vols auparavant.
"La justice française n'est pas crédible dans ce dossier et semble faire obstacle à la vérité (...) Les familles de victimes sont indignées par le manque de sérieux de cette enquête", poursuivent-elles.
"Nous ne pouvons accepter qu'un non-lieu soit évoqué alors que toutes les investigations pouvant expliquer les raisons de l'accident n'ont pas été menées", soulignent-elles.
Elles dénoncent aussi une "victimisation secondaire", pour avoir enduré une décennie de procédure judiciaire, parfois chaotique. Une inhabituelle perquisition avait dû être diligentée au BEA pour récupérer des enregistrements sonores.
Les juges français se sont également heurtés à une difficile coopération avec les autorités égyptiennes.
Le Caire avait affirmé en décembre 2016 avoir découvert des traces d'explosifs sur des restes de victimes, suscitant le scepticisme côté français d'autant qu'aucune organisation n'avait revendiqué un attentat, et que les constatations techniques permettent d'écarter l'hypothèse d'une explosion.