Dix ans après, hommage niçois, français et mondial aux victimes du 14-Juillet information fournie par AFP 14/07/2026 à 23:33
Emmanuel Macron a présidé mardi un hommage solennel aux victimes et aux héros de l'attentat du 14 Juillet 2016 sur la Promenade des Anglais à Nice, pour lesquels un moment de recueillement a été observé en mondovision au début de la demi-finale des Bleus au Mondial.
Ce soir-là, le Tunisien Mohamed Lahouaiej-Bouhlel a fait 86 morts et plus de 400 blessés en fonçant sur près de deux kilomètres au volant d'un camion de 19 tonnes dans la foule qui venait d'assister au feu d'artifice, avant d'être abattu par la police.
Mardi soir, près de 20.000 personnes ont assisté au même endroit à un spectacle de 2016 drones qui a décliné les mots liberté, égalité et fraternité, au son de la chanson "Les feux d'artifice" de Calogero. Puis 86 faisceaux bleus ont été braqués vers le ciel, pendant qu'étaient égrénés les noms des victimes.
La plus jeune avait deux ans, la plus âgée 79 ans, une trentaine étaient musulmans, près de la moitié étrangers.
Leurs noms avaient déjà résonné en fin d'après-midi au début de la cérémonie solennelle sur la place Masséna, coeur vibrant du carnaval chaque hiver, pendant que 43 Niçois d'une dizaine d'années et 43 adultes intervenus le soir du drame -- policiers, pompiers, secouristes, médecins, agents municipaux... -- déposaient un rameau d'olivier sur 86 chaises bleues emblématiques de la Promenade des Anglais, chacune gravée du nom d'une victime.
"Nous n'avons oublié aucun nom, aucun visage, aucune histoire", a martelé M. Macron, tout en rendant hommage à tous ceux intervenus pour les aider: "Ils furent dans le chaos de la barbarie les dignes enfants de la fraternité française".
Ses prédécesseurs François Hollande et Nicolas Sarkozy, de nombreux ministres et anciens ministres, ou encore François Molins, ancien procureur de Paris et figure de la réponse aux attentats jihadistes de cette période, étaient présents.
Au premier rang aussi, le prince Albert II de Monaco, mais également, dans un carré séparé, Marine Le Pen et Jordan Bardella, que M. Macron n'est pas allé saluer.
Dans la matinée, la présence remarquée -- et applaudie par le public -- de Mme Le Pen, alliée du maire de Nice Eric Ciotti (UDR) à un défilé républicain avait provoqué la polémique. "La mémoire et le deuil appellent le silence et le respect, pas une opération de communication ourdie comme un jalon vers l'Elysée", a ainsi lancé le quotidien Nice-Matin dans un éditorial.
Le discours du maire a d'ailleurs été très combattif: "Voilà ce que l'islamisme a jeté sur nous. Chez nous. Il y a dix ans, cette idéologie haïssant la liberté des Français et leur mode de vie avait fait preuve de l'unique puissance dont elle dispose, dont elle est capable. La mort. (...) La mort pour ceux qui ne se soumettent pas".
Vérité en marche
Les représentants des victimes ont pour leur part évoqué la difficulté de se reconstruire, et les questions qui restent en suspens, en particulier sur les failles de la sécurité le soir du drame, qui font toujours l'objet d'une information judiciaire.
"La résilience n'est pas l'oubli, on ne tourne jamais la page lorsqu'on a perdu un enfant, un parent, un ami, ou une part de soi-même", a déclaré Patrick Prigent, président de Life for Nice.
"La dernière vérité n'est pas encore dite mais est enfin en marche", s'est réjoui Stéphane Erbs, co-président de Promenade des Anges, qui a perdu son épouse dans l'attentat.
"Le procès de première instance, puis d'appel (des complices du terroriste, NDRL), ont commencé à établir les responsabilités et ce travail de vérité et de justice se poursuivra avec calme, méthode et exigence", a promis M. Macron.
"Dix ans après, la République est à vos côtés, elle se souvient, accompagne, protège et combat", a-t-il insisté.
Plus largement, le monde a aussi marqué ce souvenir mardi, avec un moment de recueillement avant le coup d'envoi de la demi-finale France-Espagne de la Coupe du monde de football à Arlington, près de Dallas. Dans le silence, les écrans géants du stade ont diffusé le logo emblématique d'un coeur dessiné avec les noms des victimes.
De quoi peut-être apaiser un peu l'amertume de nombreuses victimes qui traînent depuis 10 ans la désagréable impression que leurs souffrances émeuvent beaucoup moins que celles des victimes des attentats parisiens de 2015.
A Nice même, les terrasses étaient pleines, les rues commerçantes animées et la "Prom" a connu une journée d'été classique entre joggeurs, promeneurs et farniente. Jusqu'à ce que la musique méditative diffusée dans la soirée -- et la défaite des Bleus -- ne viennent assombrir l'humeur.