Deux minutes de nuit en plein jour : une partie de l'Europe va vivre une éclipse solaire totale
information fournie par AFP 12/08/2026 à 16:25

A Almelo, aux Pays Bas, le 11 août 2026 ( ANP / Vincent Jannink )

Des millions d'Européens et de passionnés du monde entier contempleront mercredi le ciel avec émerveillement à l'occasion d'une rare éclipse solaire totale qui plongera très brièvement le nord de l'Espagne dans l'obscurité en plein jour.

"C'est la première fois et c'est la dernière fois, l'unique fois que je vais voir une éclipse", confie à l'AFP Yenny Guevara, une Péruvienne de 50 ans installée en France, rencontrée à Burgos, au nord de Madrid.

Ce phénomène astronomique, le premier du genre en Europe depuis 2006, commencera en Russie autour de 17H00 GMT, puis se déplacera le long de l'hémisphère Nord, jusqu'au Groenland et au continent américain.

En Islande, située sur cette trajectoire, des milliers de personnes devaient se rassembler pour y assister, parmi lesquelles le célèbre vulgarisateur scientifique et astronome Saevar Helgi Bragason.

"J'attendais ce jour depuis plus de dix ans", depuis l'éclipse solaire partielle survenue sur cette île le 20 mars 2015, a-t-il confié à l'AFP quelques heures seulement avant ce qu'il qualifie de "plus grand spectacle de la nature, d'une beauté saisissante".

Mais ce qui devrait être "la nuit la plus courte, la plus soudaine, la plus belle, la plus unique et, espérons-le, la plus mémorable de notre vie" risque d'être gâché par des prévisions météorologiques défavorables, se lamente dans le même temps Saevar Helgi Bragason.

"Une expérience absolument transcendante"

"J'ai entendu dire que c'était une expérience absolument transcendante et éthérée de voir tous les animaux, tous les oiseaux et tout le monde se taire soudainement. Et pour une habitante de Manhattan, c'est quelque chose de plus en plus difficile à imaginer de nos jours", explique de son côté Rosemary, une écrivaine américaine de 50 ans qui n'a pas souhaité donner son nom de famille.

Carte explicative de l'éclipse solaire totale du 12 août 2026 ( AFP / Sherine ELSAYARY )

Elle s'est spécialement déplacée de New York pour se rendre dans un village de pêcheurs situé près de la capitale islandaise Reykjavik, d'où elle observera l'éclipse.

En plus d'une partie de l'Islande, l'éclipse sera surtout totale dans une bande traversant l'Espagne, d'Oviedo à Palma de Majorque en passant par Burgos, avant de disparaître vers 18H30 GMT.

Près de 25.000 policiers et gendarmes sont mobilisés pour assurer le bon déroulement de la soirée sur le territoire espagnol, a à cet égard annoncé mercredi le ministre de l'Intérieur Fernando Grande-Marlaska.

Et, malgré quelques ralentissements, notamment près de Madrid et de Barcelone, la circulation automobile demeurait relativement "fluide" dans l'après-midi, a déclaré à l'AFP la direction générale du trafic routier (DGT).

Au-delà de cette bande en Espagne, l'éclipse sera seulement partielle, ce qui sera le cas pour la France mais aussi pour le Canada, le nord de l'Afrique de l'Ouest et des Etats-Unis.

"Prendre conscience de notre taille infime"

"Tout le monde voudrait être ici, c'est comme un cadeau pour nous", se réjouit Mario Alejos, 44 ans. Ce professeur qui vit à Burgos se souvient très bien de la précédente éclipse qu'il avait vue "à sept ou huit ans, chez moi avec mes parents" et il a hâte de revivre ce moment en famille dans la soirée.

Le spectacle sera cependant fugace : la durée de la couverture complète du soleil par la Lune sera d'un peu moins de deux minutes en Espagne.

Dans son ensemble, il sera toutefois beaucoup plus long, environ deux heures. Car il va débuter par une éclipse partielle, avant l'éclipse totale donc, puis de nouveau une éclipse partielle.

Le phénomène doit permettre aux scientifiques d'étudier l'atmosphère du soleil et sa couche la plus externe, dans l'espoir de percer les secrets des vents solaires et du champ magnétique de notre étoile.

C'est comme "un Noël qui n'arrive qu'une fois tous les 100 ans", a commenté Diana Morant, la ministre espagnole de la Science. "Il s'agit d'un événement scientifique, d'un phénomène exceptionnel, qui doit nous aider à prendre conscience de notre taille infime mais aussi de l'impact que nous avons sur (la) Terre".

L'alignement parfait du soleil et de la Lune plonge le monde dans une inquiétante obscurité violacée, les températures flanchent. Désorientés, les animaux adoptent un comportement inhabituel.

Vague de chaleur

Ces derniers jours, un engouement considérable s'est emparé de l'Espagne à l'approche de l'événement, les retardataires ayant du mal par endroits à se procurer les fameuses lunettes de protection certifiées.

"Je cherche depuis vendredi, mais je n'en trouve nulle part", se désole Mabel, une Barcelonaise, auprès de l'AFP.

Le ciel sera "peu nuageux sur la majeure partie de la péninsule" ibérique, a confirmé mercredi Ruben del Campo, le porte-parole des services météorologiques espagnols (Aemet), hormis dans le nord-ouest, où des "nuages bas" pourront gêner les observations.

L'Espagne, la deuxième destination touristique mondiale, s'attend aussi à ce que l'éclipse donne un coup de pouce à son économie, en pleine période estivale, en particulier dans les régions rurales du nord qui subissent depuis des décennies les effets du déclin démographique.

Près de 450.000 touristes supplémentaires sont en effet attendus dans les zones clés concernées par ce phénomène, d'après le ministère de l'Economie.

Mais la perspective d'un afflux important de touristes étrangers suscite également l'inquiétude des autorités, peu habituées, qui appellent à la prudence.

En pleine vague de chaleur, les températures devraient dépasser les 35°C dans la majeure partie de l'Espagne et celles-ci pourraient grimper au‑dessus de 40°C dans certaines zones du nord‑est, faisant peser un risque sur la santé de ceux qui resteront plusieurs heures en plein air.

L'Aemet a par ailleurs évoqué un risque d'incendie "très élevé" ou "extrême", au cœur d'un été marqué par des feux de forêt dévastateurs, un danger amplifié selon les experts par la présence annoncée de centaines de milliers de personnes dans des zones très arides et encombrant les petites routes de campagne avec leurs véhicules.