Deux décennies après, des proches des victimes du bombardement de Bouaké saisissent à nouveau la justice
information fournie par AFP 16/05/2026 à 16:26

Des soldats français dégagent les décombres du lycée Descartes de Bouaké, le 10 novembre 2004, qui leur servait de base, après un bombardement le 4 novembre 2004, en Côte d'Ivoire ( AFP / PHILIPPE DESMAZES )

Près de 22 ans après la mort de neuf militaires français dans le bombardement de leur position à Bouaké en Côte d'Ivoire, une nouvelle plainte a été déposée pour comprendre comment, et avec quelles complicités éventuelles, les pilotes ont pu échapper à la justice française.

Dix survivants et proches de victimes ont déposé plainte début mai, a indiqué samedi leur avocat Me Patrick Ramaël. Il reviendra au parquet de Paris de décider des suites à y donner.

Le 6 novembre 2004, un chasseur de l'armée ivoirienne ouvre le feu sur cette position de force de paix française, faisant 10 morts, dont 9 soldats français, et 38 blessés.

Après 17 ans d'une laborieuse instruction, un procès devant la cour d'assises de Paris condamne en 2021 à la prison à perpétuité un pilote mercenaire biélorusse, Yury Sushkin, et deux copilotes ivoiriens. Mais en leur absence, car ils restent introuvables, et sans parvenir à identifier les commanditaires.

La nouvelle plainte, déposée notamment pour entrave à la saisine de la justice et recel de malfaiteurs, vise ceux qui ont pu permettre leur exfiltration.

Le procès d'assises avait déjà révélé la réticence des responsables français à faire avancer l'enquête, notamment lors de l'arrestation, dix jours après le bombardement, de huit mercenaires biélorusses, dont Yury Sushkin, au Togo.

Le pays les met à la disposition de la France en suggérant un lien avec le raid de Bouaké, mais à Paris, les ministères et la DGSE donnent tous la même instruction: ne rien faire. Le Togo relâche les mercenaires, et Sushkin disparaît - ce que la cour d'assises déplore dans son arrêt.

Interrogés comme témoins, les ministres de l'époque Dominique de Villepin (Intérieur) et Michel Barnier (Affaires étrangères) et les conseillers de l'Elysée s'étaient renvoyé la balle, affirmant ne pas avoir été mis au courant, ou que ce n'était pas à eux de s'en occuper.

Michèle-Alliot Marie (Défense) a admis avoir été informée, mais assuré que son cabinet lui avait dit qu'il était juridiquement impossible d'arrêter les Biélorusses, ce qu'un conseiller avait démenti.

Les plaignants souhaitent notamment que la justice se penche sur le rôle de Robert Montoya, ancien gendarme de l'Elysée installé au Togo, marchand d'armes et figure de la "Françafrique", qu'ils accusent d'avoir "organisé l'exfiltration".

Ils souhaitent aussi qu'une enquête identifie les "hauts fonctionnaires civils" français impliqués. "Contrairement aux promesses du président Chirac, la France a oublié ces victimes. On ne peut pas, vis-à-vis des familles et des survivants, laisser ces crimes impunis", a commenté auprès de l'AFP Me Patrick Ramaël.