Dette publique : vers un nouvel abaissement de la note de la France ? Fitch se prononce vendredi
information fournie par Boursorama avec Media Services 04/03/2026 à 11:56

( AFP / ANGELA WEISS )

Fitch a abaissé d'un cran la note française à l'automne dernier, soulignant "le faible bilan" du pays en matière de réduction du déficit public et de respect des règles budgétaires de l'UE.

Verdict : vendredi. Ce jour-là, Fitch ouvre le bal des notations de printemps en annonçant si elle modifie la note de la France, qu'elle avait été la première des trois grandes agences à abaisser en septembre. Fitch Ratings note actuellement la France A+, considérant ainsi sa dette comme "de qualité moyenne supérieure". Et la plupart des économistes pensent qu'elle continuera à le faire.

En abaissant d'un cran la note française, l'agence avait souligné "le faible bilan" du pays en matière de réduction du déficit public et de respect des règles budgétaires de l'UE. Elle s'inquiétait à l'époque "de la fragmentation et de la polarisation croissantes de la vie politique française". Mais elle relevait aussi que l'économie du pays était "vaste et diversifiée", avec un revenu par habitant et des indicateurs de qualité de la gouvernance "nettement supérieurs à la médiane des pays" classés A.

Fitch observait alors qu'une évolution du ratio de la dette par rapport au produit intérieur brut (PIB) allant dans le sens "d'une trajectoire descendante à moyen terme", soit par assainissement budgétaire soit par croissance plus soutenue qu'anticipé, pourrait lui faire améliorer sa note. A l'inverse, elle l'abaisserait encore, ou passerait au moins la perspective de stable à négative, si ce ratio "augmentait durablement à moyen terme".

Un système financier "en excellente santé"

Six mois plus tard, les deux scénarios d'amélioration ne se sont pas vraiment matérialisés, même si la croissance de 2025 a été un peu meilleure que prévu par Fitch, 0,9% au lieu de 0,7%. Le Premier ministre de centre droit Sébastien Lecornu n'est parvenu à faire adopter un budget "de compromis", avec l'appui des socialistes, qu'en février. Ce fut au prix d'une réduction moindre qu'espéré du déficit public, mais réduction tout de même : il devrait avoisiner cette année 5% du PIB, après 5,4% en 2025. Le gouvernement avait initialement prévu 4,7%, avant de faire des concessions importantes à la gauche, dont la suspension de la réforme des retraites.

"Je dirais à 75% que Fitch va maintenir un statu quo, et à 25% qu'elle pourrait abaisser la perspective de stable à négative", analyse pour l'AFP l'économiste Eric Dor, professeur à l'école de commerce parisienne IESEG. Il observe que l'écart de taux d'intérêt (le "spread") entre les dettes à dix ans française et allemande – laquelle, avec la note maximum de AAA, sert de référence en zone euro – est plutôt stable. Cela montre que, pour les marchés, la France, dotée d'un système financier "en excellente santé", est finalement "une bonne signature", analyse l'économiste.

Deux autres grandes agences de notation doivent se prononcer dans les semaines suivantes

La guerre au Moyen-Orient, si elle devait durer, pourrait fortement peser sur la croissance mondiale, par l'effet inflationniste des difficultés d'acheminement du pétrole et du gaz. Fitch ne prendra sans doute pas encore ce risque en considération dans sa notation vendredi. Et, par rapport à d'autres pays, la France est relativement protégée par son abondante énergie nucléaire, remarque Eric Dor.

Anthony Morlet-Lavidalie, de l'institut économique Rexecode, a même "beaucoup de mal à imaginer, dans le contexte international actuel, que les agences de notation aient envie de créer davantage de tension" en abaissant la note française, même si bien sûr "elles ont les mains libres pour le faire". Pour lui, Fitch pourrait faire valoir la légère baisse du déficit enregistrée en 2025, et celle prévue pour 2026, pour maintenir un statu quo.

Les deux autres grandes agences de notation doivent se prononcer sur la note française dans les semaines suivantes : Moody's le 10 avril puis S&P Global Ratings le 29 mai. Cette dernière a également abaissé la note française à A+ à l'automne, avec aussi une perspective stable. Moody's la classe toujours Aa3, c'est-à-dire en bas de la catégorie "qualité haute ou bonne", mais avec perspective négative. C'est-à-dire que son prochain mouvement pourrait être de l'abaisser à A1, l'équivalent de A+ chez S&P et Fitch.