Des travaux des JO aux chantiers africains, le tunnelier français Bessac creuse son sillon information fournie par AFP 17/06/2026 à 08:41
Face à la concurrence allemande et asiatique, Bessac, unique constructeur de tunneliers français, creuse des tunnels de métro mais aussi des canalisations qui ont permis de rendre la Seine baignable aux JO de Paris et de lutter contre les inondations en Afrique.
Après des mois d'incertitude, les triathlètes des Jeux Olympiques plongent en mondovision dans une Seine aux eaux enfin accessibles. Paris-2024 le doit en partie à "Sequana", un tunnelier créé par Bessac.
"On a creusé une galerie de plus de deux mètres de diamètre sur environ 600 m sous la Seine", se souvient Marie Jourdan, directrice des services techniques de l'entreprise.
Raccordé à un gigantesque bassin situé sous la gare d'Austerlitz, cathédrale souterraine de 50.000 m3, le tunnel a permis de stocker le trop plein des pluies d'orage pour éviter qu'elles ne se déversent dans le fleuve.
L'entreprise au chiffre d'affaires d'environ 150 millions d'euros et aux quelque 400 salariés s'est notamment spécialisée dans les tunneliers de format petit ou moyen (micro-tunneliers de 50 cm à 3 m de diamètre pilotés depuis la surface, et machines pouvant aller jusqu'à 6,5 m de diamètre) quand Herrenknecht, géant allemand du secteur qui participe au chantier du Grand Paris Express, s'est plutôt tourné vers les grandes tailles face aux concurrents chinois ou japonais.
"Sequana" qui tire son nom d'une déesse gauloise associée à la Seine, fait partie du parc d'une quarantaine de machines dont dispose Bessac, entreprise d'abord familiale née dans le Tarn, puis passée dans le giron de mastodontes du BTP: Soletanche en 1995 puis Vinci en 2007.
Ces vers de terre d'acier, plus ou moins volumineux et qui portent tous traditionnellement un prénom féminin, trônent au bord du canal latéral de la Garonne, à Saint-Jory, le site de l'entreprise dans la banlieue toulousaine.
38 pays
"Là c'est un tunnelier qui rentre du Canada et qui repart en Allemagne", ici "notre machine +donneuse d'organes+, détaille en parcourant le parc Quentin Bernard, responsable de production du site, en pointant du doigt un engin "petit" format puis un anneau de plus de cinq mètres de diamètre dont les pièces sont réutilisées.
L'entreprise, née il y a un peu plus de 50 ans, est intervenue dans 38 pays depuis qu'elle s'est lancée à l'international en 1995 sur un chantier de tunnels destinés à raccorder les câblages de l'est et de l'ouest de Berlin, après la chute du Mur.
Bessac, seul constructeur français de tunneliers est à la fois concepteur et opérateur. "Nous sommes les seuls à avoir cette double casquette, à savoir maîtriser la construction de matériel et son utilisation", se félicite Bernard Théron, ancien PDG de Bessac, aujourd'hui vice-président de Soletanche-Bachy.
Micro-tunneliers
Les micro-tunneliers sont "réutilisables très facilement parce qu'ils sont adaptées en gabarit routier, ça coûte assez peu cher de les transporter et les coûts de maintenance sont relativement faibles", explique Mme Jourdan.
Bessac peut utiliser des tunneliers de "petit" gabarit pour intervenir sur des terrains sensibles, comme en zone urbaine, pour moderniser les réseaux d'eau usée de la Sillicon Valley par exemple, ou participer à des opérations plus lourdes, comme le Grand Paris Express, la construction du métro de Singapour ou celui de Toulouse.
Aujourd'hui, son expertise dans le domaine de l'assainissement et de la gestion des eaux l'entraîne vers le marché africain, avec notamment un gros projet à Abidjan, la ville la plus peuplée de Côte d'Ivoire, touchée par des inondations récurrentes.
"On va réaliser le plus grand ouvrage de drainage fluvial d'Afrique", souligne Dominique Mazzieri, président de Bessac, avec un tunnelier en préparation à Saint-Joly de 6,60 m de diamètre pour creuser un tunnel de 4 km.
L'entreprise vient d'achever dans le golfe de Gascogne la construction de trois tunnels sous-marins de plusieurs centaines de mètres destinés à une nouvelle liaison électrique entre France et Espagne (projet Inelfe).