Des représentants de Damas et du Hezbollah ont eu une réunion secrète en Turquie-sources
information fournie par Reuters 01/10/2026 à 20:13

(Actualisé avec démentis de la présidence turque et du gouvernement syrien §3-4)

par Feras Dalatey, Laila Bassam et Timour Azhari

Des représentants du gouvernement syrien et du Hezbollah ont pris part en Turquie à des discussions directes destinées à tenter d'apaiser leurs tensions, a-t-on appris de six sources informées, la première réunion connue entre Damas et le mouvement armé libanais, ennemis de longue date.

Au moins une rencontre s'est tenue en secret en septembre, ont déclaré à Reuters les sources - parmi lesquelles figurent deux représentants syriens, un représentant américain et une source sécuritaire libanaise de haut rang proche du Hezbollah.

Réagissant à la publication de cette dépêche, le service de communication de la présidence turque a démenti l'information rapportée par Reuters, la décrivant dans un communiqué comme "complètement sans fondement".

Via son compte en langue anglaise sur le réseau social X, le gouvernement syrien a également nié la tenue de cette réunion, dénonçant une "fausse information".

Les tensions entre Damas et le Hezbollah se sont amplifiées depuis la chute de Bachar al-Assad en décembre 2024, alors que le mouvement chiite aligné sur l'Iran a envoyé pendant des années des combattants en Syrie pour soutenir les forces gouvernementales de l'ancien président durant la guerre civile.

Le nouveau gouvernement syrien a accusé le Hezbollah de transférer des armes via la Syrie. Les Etats-Unis ont exhorté Damas à déployer des soldats au Liban, en parallèle à la vaste campagne militaire menée par Israël - qui occupe depuis mars dernier le sud du pays -, afin de lutter contre le groupe dont Washington veut le désarmement.

D'après les six sources, des émissaires du Hezbollah et des représentants du ministère syrien des Affaires étrangères et des services syriens du renseignement ont participé en septembre à une réunion proposée par les services de sécurité turcs, ceux-ci étant désireux d'opérer une désescalade.

Aucun commentaire n'a été obtenu dans l'immédiat auprès des ministères des Affaires étrangères à Damas et à Ankara. Le département d'Etat américain n'a pas répondu pour l'heure à une demande de commentaire. Le service de presse du Hezbollah a refusé d'effectuer un commentaire.

"GRANDS PROGRÈS SUR LES QUESTIONS SÉCURITAIRES"

La réunion a porté essentiellement sur les points de contentieux entre les deux camps, ont rapporté le représentant américain, les représentants syriens et la source libanaise, ajoutant que les discussions s'étaient bien passées.

Selon l'un des représentants syriens, Damas et le Hezbollah sont convenus qu'ils n'avaient aucune hostilité l'un envers l'autre, et les émissaires syriens ont assuré à leurs interlocuteurs que Damas n'interviendrait pas militairement au Liban pour désarmer le Hezbollah.

En retour, a poursuivi ce représentant, Damas a demandé au mouvement armé de contribuer à stopper les tentatives transfrontalières de contrebande et à démanteler ses 'cellules dormantes' en Syrie, en particulier dans le sud du pays.

Les autorités syriennes ont dit mardi avoir arrêté une cellule du Hezbollah qui se préparait à lancer des roquettes dans le sud de la Syrie. Le Hezbollah a rejeté mercredi ces accusations, déclarant n'avoir "aucune présence quelconque sur le territoire syrien, ni aucune activité sécuritaire ou militaire là-bas".

Durant la réunion, les représentants du Hezbollah n'ont pas répondu directement à la demande de Damas de stopper les contrebandes d'armes et de démanteler les cellules en Syrie, a dit le représentant syrien. Ils ont toutefois promis de ne pas interférer dans les affaires internes de la Syrie, a-t-il ajouté.

La source libanaise, directement informée de la teneur des discussions et des conclusions de celles-ci, a rapporté que les deux camps ont "effectué de grands progrès sur les questions sécuritaires". "Le Hezbollah veut protéger son flanc", a-t-elle déclaré également, en référence à une potentielle offensive syrienne au Liban contre le groupe.

ANKARA À LA MANOEUVRE, TÉHÉRAN ABSENT ET DÉÇU

Aucun accord définitif n'a été trouvé et aucune annonce officielle n'a été prévue, ont déclaré le représentant syrien et la source sécuritaire libanaise.

Selon cette source libanaise, les contacts entre les deux camps ont été initiés il y a environ deux mois par l'intermédiaire de la Turquie.

Reuters n'a pas été en mesure de confirmer le lieu ni la durée de la réunion de septembre. On ne sait pas si et quand d'autres réunions ont été organisées précédemment ou depuis.

Le gouvernement syrien et le Hezbollah avaient signalé par le passé qu'ils étaient tous deux disposés à nouer un dialogue.

En juillet dernier, le ministre syrien des Affaires étrangères, Assaad al-Chaibani, a déclaré que Damas était ouvert à l'idée de rencontrer le Hezbollah. Un mois plus tard, le chef du mouvement libanais, Naïm Qassem, a dit lors d'une allocution télévisée n'avoir aucune objection à une rencontre entre le Hezbollah et les responsables syriens.

Pour sa part, la Turquie veut jouer un rôle de premier plan dans la reconstruction et la stabilisation de la Syrie. Le président Recep Tayyip Erdogan est désireux de placer Ankara au centre du dialogue régional, avec l'objectif de favoriser les échanges et de renforcer la stabilité de la région.

D'après trois des sources, c'est Ankara, allié majeur du président syrien Ahmed al-Charaa, qui a poussé en faveur d'une réunion entre Damas et le Hezbollah, s'impliquant directement dans les démarches.

Toutefois, le principal soutien du Hezbollah, l'Iran, n'était pas représenté à la réunion.

Le Hezbollah a informé Téhéran qu'il allait prendre part à cette réunion avec Damas, a déclaré la source libanaise, ajoutant que Téhéran a exprimé sa déception de ne pas pouvoir être impliqué directement dans les discussions et qu'Ahmed al-Charaa refusait pour l'heure tout contact direct avec l'Iran.

La déception de Téhéran a été la principale raison pour laquelle aucun accord n'a été scellé lors de la réunion et qu'aucune annonce officielle n'a été effectuée à propos de celle-ci, a ajouté cette source.

Aucun commentaire n'a été obtenu dans l'immédiat auprès de la mission permanente de l'Iran à Genève.

(Feras Dalatey, Laila Bassam et Timour Azhari, avec la contribution de Tuvan Gumrukcu, Daren Butler et Olivia Le Poidevin; version française Jean Terzian, édité par Zhifan Liu)