Des peines de deux à trois ans de prison pour des faits de corruption en détention information fournie par AFP 10/01/2026 à 01:29
Le tribunal correctionnel d'Aix-en-Provence a condamné à des peines de prison ferme, de deux à trois ans, dans la nuit de vendredi à samedi, quatre personnes travaillant en prison et un détenu qui avaient fait entrer en détention des stupéfiants, des parfums ou des cigarettes.
Une cinquième personne travaillant aussi dans la prison a, elle, été relaxée. Ce groupe de prévenus, dont une surveillante, était jugé pour corruption passive et participation à une association de malfaiteurs, et le détenu pour corruption active.
Un signalement anonyme puis des écoutes avaient révélé les échanges entre personnels au sujet de "weed", de "salade" ou de "bouteilles", qu'il s'agissait de "faire entrer" dans l'enceinte pénitentiaire.
La surveillante Julie L. a été condamnée à trois ans de prison dont un an avec sursis, et devra rester en détention, où elle est déjà depuis deux mois.
Du fait de son statut de personne dépositaire de l'autorité publique, c'est contre elle que le procureur avait eu les mots les plus durs, Emmanuel Merlin estimant qu'elle avait "choisi de basculer du côté des voyous".
La jeune femme de 24 ans, cheveux longs et raides, et vêtue d'un grand pull gris, avait expliqué un peu plus tôt à la barre avoir fait passer un parfum dans son sac de travail à la demande d'un coprévenu, Mohamed S., technicien pour la Gepsa, une société spécialiste de la maintenance en milieu carcéral, avec qui elle était en couple, "parce que je l'aimais".
Ensuite, avait-elle reconnu, elle avait eu "des soucis financiers": "la banque ne voulait pas m'accorder de crédit et j'en ai parlé aux mauvaises personnes".
Un détenu, Sid Ahmed B., lui propose "1.000 euros contre du shit", et elle accepte, se rend sur un parking de Marignane (au nord de Marseille) pour récupérer la marchandise et l'argent et cache dans sa brassière quatre morceaux "comme des savons" de résine de cannabis.
- "Dans la fosse aux lions" -
Mohamed S., 24 ans, un temps en couple avec Julie L., assure lui avoir été "jeté dans la fosse aux lions" à son arrivée à la prison d'Aix-Luynes.
"Je ne savais pas comment ça fonctionnait", a raconté le technicien de maintenance à la barre. "Dès que je suis arrivé, j'étais énormément sollicité. J'ai fini par céder pour avoir la paix". Il reconnaît seulement avoir fait passer parfums et cigarettes, même si des stupéfiants ont été retrouvés chez lui bien emballés lors de la perquisition. Il a été condamné à trois ans de prison.
Son oncle, Kamel S., à la tête d'une entreprise de BTP et qui avait reconnu avoir acheté des cigarettes électroniques après des menaces, a écopé de deux ans.
Un autre technicien de Gepsa, Laurent B., considéré comme "la cheville ouvrière" de ce trafic selon le procureur, à la tête de "cette bande qui fricotait", a été condamné à trois ans de prison.
Le détenu Sid Ahmed B., auxiliaire de justice à Aix-Luynes et désigné par les enquêteurs comme un des intermédiaires dans ce trafic entre détenus et personnels intervenant dans la prison, déjà condamné à 20 ans dans une affaire criminelle, a été condamné à trois ans de prison également.
Son avocat Me Jacquemin a indiqué à l'AFP sa volonté de faire appel.
Emmanuel Merlin a fustigé "une énième affaire de corruption en prison, et en particulier à Luynes", deuxième établissement pénitentiaire de France par sa taille.
En mai, une surveillante de Luynes soupçonnée d'être impliquée dans un vaste réseau de trafic de stupéfiants entre la France et l'Espagne avait été mise en examen et placée en détention provisoire.
Fin janvier, une autre surveillante sera jugée à Aix-en-Provence pour corruption.