Des noms de rue à Netflix, le boycott canadien contre les USA s'affirme
information fournie par Reuters 02/09/2026 à 13:42

par Maria Cheng

Pendant plus de 20 ans, Diane Hosker a résidé sur la Trump Avenue dans le quartier verdoyant de l'ouest d'Ottawa, la capitale du Canada voisine de New York, qui pullule d'artères rendant hommage à sa grande soeur américaine : Central Park, Bloomingdale Street ou encore Gotham Private.

Mais la Canadienne n'a jamais apprécié le nom de cette rue qui a été baptisée en l'honneur du président américain à l'époque où le milliardaire n'était encore qu'un magnat de l'immobilier. Désormais, alors que les relations entre les deux puissances voisines ne cessent de se tendre, le conseil municipal veut renommer l'avenue Trump.

Les dernières provocations de l'actuel locataire de la Maison blanche - de l'imposition de nouveaux droits de douane au décret présidentiel renommant le lac Ontario en "lac Amérique" - ont fini d'écorcher les liens entre les deux ex-amis, provoquant une fièvre patriotique chez les Canadiens qui ont pourtant la réputation de ne pas faire de vagues.

Des habitants ont décidé de boycotter les produits américains et refusent de voyager aux Etats-Unis depuis le retour aux affaires du président Trump début 2025.

"(Trump) n’est que le roi du chaos et de la destruction, et rien de bon ne vient jamais de cet homme", souffle Diane Hosker à Reuters.

"Je n'aime pas la façon qu'il a de se moquer du Canada", ajoute-t-elle, confiant être gênée de dire qu'elle habite une rue baptisée du nom du président américain.

Riley Brockington, conseiller municipal d'Ottawa, a promis de renommer la Trump Avenue.

Certains émettent l'idée de nommer l'artère "TACO", pour "Trump Always Chickens Out", soit "Trump se dégonfle toujours", ou de la rebaptiser du nom de Barack Obama, le prédécesseur démocrate de Donald Trump.

"Les rues de la capitale du Canada sont baptisées du nom de personnes d'honneur et intègres qui travaillent en partenariat, en l'occurrence, avec le Canada", justifie Riley Brockington. "(Trump) ne remplit pas ces critères."

La Maison blanche n'a pas répondu à une demande de commentaire.

Selon une étude d'Abacus Data publiée la semaine dernière, plus de 70% de la population canadienne soutient la décision du Premier ministre Mark Carney de suspendre les négociations commerciales avec les Etats-Unis, malgré la menace de pertes d'emplois et des perspectives économiques incertaines.

Parallèlement, un sondage Reuters/Ipsos montre que 20% des Américains seulement soutiennent les droits de douane sur les biens canadiens, alors que la décision de renommer le lac Ontario est encore moins populaire.

Dans ce contexte, certains Américano-Canadiens se rapprochent de leurs racines canadiennes, comme Sara Seager.

Cette astrophysicienne a quitté le prestigieux MIT (Massachusetts) pour l'université de Toronto, séduite par le plan déployé par le gouvernement Carney pour attirer les "cerveaux" étrangers.

Quand elle a renouvelé son passeport, elle a exposé aux agents consulaires les raisons de son retour à la maison.

"J'ai expliqué que le Premier ministre Carney débloquait des milliards de dollars pour recruter des top talents du monde entier, mais surtout des Canadiens, pour aider le Canada à devenir un pays plus souverain (...) en matière de technologie, de commerce et de défense", déclare-t-elle. "La fierté canadienne qui se dégageait de cette rangée de guichets était émouvante."

GARDER LES DOLLARS AU CANADA

Ashley Chapman est directeur des opérations à Chapman's Ice Cream, une entreprise canadienne familiale qui s'est détournée des ingrédients américains pour fabriquer ses glaces après l'instauration de nouveaux droits de douane sur les biens canadiens par le président Trump. Il affirme vouloir réduire de 70% son utilisation d'ingrédients américains d'ici mi-2027.

"On a encore plusieurs années Trump devant nous et nous devons trouver un moyen de nous protéger", explique-t-il. Ces derniers mois, Ashley Chapman dit ne plus travailler avec ses sous-traitants américains et s'approvisionner en Australie ou au Chili pour ses amandes et cerises.

Ce dernier s'est également engagé à ne pas augmenter les prix de ses glaces le temps du conflit commercial, quitte à rogner sur ses marges.

"C'est un prix que je suis prêt à payer pour dire qu'on ne se laissera pas intimider et qu'on n'acceptera pas d'être traités ainsi par celui qui était notre plus proche allié et ami."

Dave Samojlenko, programmeur de 53 ans vivant à Ottawa, a annulé son abonnement à des plateformes américaines de streaming comme Netflix et assure ne plus vouloir se rendre aux Etats-Unis tant que Donald Trump occupera le Bureau ovale.

"Nous sommes une nation indépendante et nous devrions nous battre", dit-il. "Je n'ai pas voyagé (aux Etats-Unis) depuis que cette administration est au pouvoir et je n'irai pas tant qu'elle reste au pouvoir et même longtemps après."

Les séjours aux Etats-Unis ont décliné de 10% lors du premier trimestre par rapport à l'année précédente, selon des chiffres officiels. Les dépenses de voyages aux Etats-Unis ont pour leur part baissé de 13,6%.

Megan Woodward, voyagiste basée à Edmonton, confirme la tendance observée depuis la dernière salve de droits douaniers.

"Nous n'avons plus de réservations pour les Etats-Unis, et (les Canadiens) expriment très clairement où ils veulent dépenser leur argent. Si nous leur recommandons des vacances aux Etats-Unis, beaucoup refusent. Ils veulent garder leurs dollars au Canada ou sont très heureux de les dépenser en Europe."

(Reportage de Maria Cheng ; avec Nivedita Balu, version française Zhifan Liu, édité par Sophie Louet)